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Qui est Gouache ? Un homme dégoûté de tout, à qui une situation étrange redonne l'envie de vivre et qui croit, enfin, dominer son destin ? Ou un leurre, un appât ? Car est-il réellement Gouache, ou cherche-t-il avec acharnement à devenir ce personnage ? Mais il y a d'autres personnages : un homme, peut-être un geôlier, qui se sent menacé, un médecin infatué de lui-même et de son art, une femme qui vend ses charmes... Que se passe-t-il dans cette grande bâtisse où les bruits intérieurs sont étouffés ? Quelle intrigue lie tous ces gens entre eux, et qui étreint leur existence ?
Ces ni héros ni rien - l'inusable Kohut, ce piètre fil d'Ariane, et ses amis, Marylène, Mouscon ou Valini - déboulent dans la nuit, bouche grande ouverte, boivent, mangent et parlent. À force de creuser la banalité de leur existence, ils finissent par ne jamais rien trouver, ou des couches de quotidien enfouies sous d'autres, etc. C'est comme ça qu'ils vivent, dès le jour finissant, jusqu'à l'aube. Rien avant, rien après, leur vie est un trou immense, ce qui reste, à la lumière électrique des bars et des appartements de fortune, bric et broc réunis. Des déplacements, rien de sûr ni de permanent, les ni héros ni rien ne meurent même pas. Ils reviennent plutôt, aussi étrangers que familiers, alors qu'ils étaient perdus on ne sait où. Peu importe puisqu'ils sont là, avec leur histoire immédiate, leurs phrases passe-partout, leur absence de définition. Ce sont des aléas, et leur nom trace un maigre contour à leur identité. « L'anthropologue », titre aussi ironique que les personnages qu'il charrie, est le premier roman de Christophe Marchand-Kiss. Débutant en plein jour, à la recherche d'un amour impossible, il finit en pleine nuit, dans la violence et un discours dérisoires. Roman des bribes, bribes de roman, il tire sa cohérence de ruptures et de manques. Car, on le sait, le monde est un vaste désordre que l'on ne cesse de vouloir structurer.
Combien de gens, qui m'étaient familiers, ont disparu à jamais ? - Par où va-t-on quand on meurt ?... - Par le petit chemin... Tu vois, celui qui passe derrière les chênes-lièges... - Celui où y'a des vipères, Monsieur ?... L'étranger qui passe près de l'enfant ne répond pas. Sa gandoura blanche est faite de vapeur, le son de ses mots est léger, léger... - Dites, Monsieur, c'est par là qu'il est passé mon Papa ?... Par le chemin des chênes-lièges ?... L'enfant parle tout seul. Il joue avec une vieille boîte de sauce tomate. Il trace des signes que le vent disperse ; le sable est un tableau. Il est habillé d'un short taché de poussière et de cambouis. Il porte un tricot de peau, une casquette. Près de lui : un vélo. Dans sa poche : un harmonica. Il sort l'instrument chromé, souffle quelques notes au hasard, puis le replace dans sa poche. Le voilà maintenant qui tente de monter sur le vélo. Depuis quelques heures, le vélo et l'harmonica sont à lui. Ces objets lui appartiennent, car ici presque tout le monde est mort. « ... Un texte splendide : comment un corps de dix ans rencontre l'Histoire, regarde la mort s'abattre sur son père, ses amis d'école, ses voisins... On ne peut pas ne pas penser à Albert Cohen apprenant, à dix ans, sur le vieux port de Marseille, "