PHILOSOPHIE IMAGINAIRE
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Quelle fut, au début du siècle, l'expérience commune de la grande ville en Europe ? Qu'éprouva-t-on, à Berlin, Paris ou Londres, face à l'accumulation des personnes, à la mobilité de masse, à l'accélération et l'intensification des circulations, à l'emprise toujours croissante des nouvelles textures du fer, du verre et du bitume, à la mécanisation et à l'électrification des réseaux techniques ? Et comment, à travers le filtre de ces expériences nouvelles, la modernisation tout entière fut-elle ressentie ? Trois oeuvres sont convoquées ici pour analyser ce qu'a pu constituer le choc des métropoles au début du XXe siècle: Georg Simmel, Siegfried Kracauer, Walter Benjamin.
En suivant pas à pas la biographie de Friedrich Nietzsche, Jean-Luc Bourgeois illustre le quotidien d'un homme hors du commun, avec des citations de l'oeuvre elle-même, tirées de la correspondance, des écrits posthumes et des livres publiés. C'est un Nietzsche par lui-même qui est donné à lire, enrichi par des commentaires de l'auteur, et par une description du contexte de ces événements biographiques, comme de celui dans lesquelles ils se déploient, documentés par les correspondances de tous ceux qui, de près ou de loin, ont côtoyé l'homme. On suit ainsi Nietzsche pas à pas, de la prime enfance à l'homme posthume, se laissant guider par l'extraordinaire vigueur de ses écrits (intimes ou publics) et redécouvrant un homme et une oeuvre dont les commentaires n'épuisent jamais la grandeur. Musicien, philosophe, écrivain, musicologue, et scénariste, Jean-Luc Bourgeois (1947) s'est intéressé à Nietzsche il y a plus de quarante ans et a réalisé - outre des travaux universitaires sur l'homme et l'oeuvre, un documentaire sur les écrits musicaux de Nietzsche. Il a publié récemment un livre aux éditions Van Dieren, La mesure des vents, sorte de voyage initiatique autour du chef d'orchestre Ernst Ansermet et de l'archipel des Acores, battu par les vents. Il vit et travaille à Lausanne.
Les textes rassemblés dans ce livre montrent comment la maison construite par le philosophe autrichien Ludwig Wittgenstein peut être vue comme un cas exemplaire à la fois pour l'histoire de l'architecture et pour l'histoire de la philosophie - rares sont les cas où il est possible d'évaluer les correspondances, dans l'oeuvre d'un même individu, entre le travail de la pensée et le travail de l'architecture. Qu'a pu représenter l'architecture pour Wittgenstein, qu'a-t-il pensé de ce type d'exercice et qui nous a été transmis à travers ses écrits ? Le modèle de l'architecture nous éclaire sur le sens et la portée des idées fondamentales de sa philosophie du langage, sur son intimité avec les pratiques de l'art, de l'ingénierie, de l'artisanat, sur l'interprétation ou la résistance du philosophe à la culture de son temps, sur sa manière d'aborder les problèmes des limites et des définitions. Wittgenstein disait qu'il est revenu à la philosophie en 1928 lorsqu'il s'était de nouveau senti capable de créer : le chantier qu'il a mené y est-il pour quelque chose ? Cette période de transition présente un intérêt particulier pour les études wittgensteiniennes pour ce qui est d'établir une rupture ou une forme de continuité entre ce qu'il est d'usage de distinguer comme le premier et le second Wittgenstein. Le chantier architectural qu'il maîtrise tant dans l'ensemble que dans ses moindres détails permet de constater l'émergence d'une question qui l'occupera de manière constante; la nécessité d'en arriver, face à un problème esthétique ou conceptuel, à une prise en considération de l'ensemble des usages, à une vision synoptique qui seule permet une représentation synthétique privilégiant une saisie inclusive plutôt qu'exclusive.
Les enjeux urbains de la pensée de Walter Benjamin se situent dans un entre-deux villes où s'est joué le sort d'une modernité contradictoire: Paris, capitale du XIXe siècle, et Berlin, capitale du XXe siècle. À la question: «Comment habiter le moderne?», Benjamin répond par une étonnante philosophie de l'architecture, entre exil et souvenir, transparence et opacité, flânerie et révolution, qui n'a pas encore été suffisamment inventoriée. C'est à cet inventaire que ce volume veut contribuer, constituant la ville comme «centre de gravité » de la pensée benjaminienne, vers lequel convergent ses autres architectures linguistiques, esthétiques ou politiques.
Quelle est la pertinence et quels sont les enjeux de certains aspects contemporains des pensées de l'histoire, depuis la grande rupture que constitue la théorie de l'histoire de Marx, jusqu'à nos `siècles des catastrophes', qui ont vu se succéder guerres mondiales, génocides, explosions nucléaires militaires et civiles, sans que la liste semble vouloir se clore ? Quelle place y prennent la recherche philosophique, l'eschatologie, ou le récit quand il s'agit de connaître l'histoire ? Et dans quelles mesure et limites les individus la font-elle, si tant est qu'elle soit «faisable », selon la formule de cet autre grand penseur de l'historicité, Reinhart Kosseleck ?