Mémorial de la Shoah
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Au printemps 1941, commence pour Alice Ferrières une aventure à la fois extraordinaire et « banale » qui ne prendra fin qu'à l'automne 1944. Alice Ferrières (1909-1988), issue d'une famille protestante des Cévennes, est professeur de mathématiques au collège de jeunes filles de Murat, dans le Cantal. Scandalisée par le second Statut des Juifs, elle décide d'apporter son aide aux victimes de l'antisémitisme de Vichy. Alice envoie tout d'abord lettres et colis à des professeurs juifs français victimes du Statut, souvent des Alsaciens, puis à des Juifs étrangers assignés à résidence ou internés dans les camps de Gurs, Noé, Rivesaltes, La Guiche. De véritables amitiés se nouent, que la déportation vers Auschwitz est parfois venue briser net. Le 6 janvier 1943, son soutien aux Juifs prend une tout autre dimension. Arrivent à Murat les premiers enfants ou adolescents qu'il s'agit de cacher dans les collèges de la ville ou dans des familles paysannes des environs. Alice travaille dès lors en étroite collaboration avec les jeunes assistants des oeuvres juives de secours et de résistance. Sa maison ne désemplit plus, il s'y tient même des cours de religion et de sionisme... Mémorialiste scrupuleuse - mais inconsciente, une chance pour nous -, Alice a conservé toutes les lettres que ses « protégés » lui ont adressées, ainsi que les copies de des réponses. Elle a également tenu, en 1943 et 1944, un journal dans lequel sont consignées toutes ses activités et rencontres, heure par heure. Les historiens ont parlé de la « banalité du bien » : on peut ici évoquer sa quotidienneté, accessible pour la première fois à travers un rarissime ensemble de notes et de correspondances croisées.
Au cours des années 30, le durcissement constant de l'Allemagne hitlérienne envers ses concitoyens juifs contraint bientôt ces derniers à l'émigration. En juillet 1938, à l'initiative du président américain Franklin D. Roosevelt, se tient à Évian, en France, une conférence internationale destinée à trouver un refuge à des dizaines de milliers d'exilés, juifs pour la plupart. Sous l'égide de la SDN et de l'Office Nansen, elle réunit une trentaine d'États, essentiellement européens et sud-américains. L'auteur décrit l'évolution de la crise des réfugiés après la Première Guerre mondiale et les tentatives pour répondre à ce phénomène nouveau à l'échelle internationale, notamment à travers le travail de la SDN et de l'Office Nansen. Quelles solutions proposer ? Quel refuge offrir à ces exilés ? Les États sont-ils prêts à les accueillir, quitte à braver une partie de l'opinion publique ? Dans un contexte marqué par le nationalisme et un climat grandissant de méfiance, quel effort peut-on demander aux démocraties occidentales ? Et comment concilier un discours d'ouverture et d'accueil alors que, à partir de l'été 1936, du fait de la révolte arabe, la Grande-Bretagne va progressivement fermer les portes de la Palestine à l'immigration juive ? La Conférence d'Évian fut un échec. Quatre mois avant la Nuit de Cristal, elle entérinait aux yeux de Berlin l'abandon des Juifs par les démocraties, un signal que le Reich hitlérien saura entendre en durcissant la persécution antijuive sans craindre de plus amples réactions.
Dans son Essai sur l'origine des persécutions, Poliakov étudie les principaux groupes humains qui ont, comme les Juifs, joué le rôle de bouc émissaire dans l'histoire de l'Europe, en tant que fauteurs d'épidémies, de guerres, de révolutions et autres désastres. Les jésuites et la papauté pendant la Révolution anglaise, la cour et les aristocrates, les francs-maçons et les philosophes lors de la Révolution française, et les Juifs lors de la Seconde Guerre mondiale. Le tome II, Du joug mongol à la victoire de Lénine, aborde le cas de la révolution d'Octobre. Il remonte aux origines de l'histoire russe, marquée par une rupture entre le peuple et le pouvoir civil et religieux, et analyse la manière dont cette coupure a pu favoriser au cours des siècles l'idée que le « complot » expliquait tous les conflits. Cette idée connaît son apogée avec d'une part le « complot impérialiste » dénoncé par Lénine et, d'autre part, la « conspiration juive », responsable aux yeux des Blancs de la victoire bolchevique. Le premier tome de La Causalité diabolique est paru aux éditions Calmann-Lévy en 1980, le second en 1985. Aujourd'hui, nous rééditons en un seul volume ce grand classique, agrémenté d'une préface de l'historien Pierre-André Taguieff
Entre 1918 et 1922, au coeur du tumulte de la guerre civile qui suit les révolutions de 1917, ont lieu les plus grands massacres prégénocidaires de l'histoire juive. Dans des conditions atroces, 100 000 à 150 000 Juifs y perdent la vie, 200 000 sont blessés. Peut-on encore qualifier ces tueries de pogroms, tant ce massacre de masse semble à l'échelle de la guerre totale qui vient de dévaster l'Europe ? Annoncés dès l'automne 1914 par l'éloignement des zones de combat des populations considérées comme potentiellement « traîtresses », ce bain de sang toucha 2 000 localités situées principalement en Ukraine dans l'ancienne « zone de résidence ». Les tueries furent surtout perpétrées par les troupes blanches, cosaques et ukrainiennes, mais aussi par l'armée polonaise en 1920, voire par des unités de l'Armée rouge. Elles eurent rarement pour motif principal le pillage. C'est bien d'extermination qu'il s'agissait. Dans le chaos général de la révolution, les Juifs seuls étaient visés au nom de leur identité supposée. Et leurs voisins chrétiens, paysans ou artisans locaux, loin de chercher à les protéger, exacerbèrent au contraire les violences dans une contagion jouissive, enivrés par la promesse d'un monde sans entrave et sans loi. Cette entreprise de « purification ethnique » dont fut victime la communauté juive et qui annonce le génocide à l'Est a laissé peu de traces dans la mémoire collective : les archives ont massivement disparu. Surtout, l'ombre portée de la Shoah a occulté les traumatismes antérieurs. Aujourd'hui, toutefois, une nouvelle génération d'historiens russes exhume cette histoire. En témoigne ce Livre des pogroms, publié à Moscou en 2006, qui rassemble des milliers de témoignages recueillis dès mai 1919 auprès des survivants et des réfugiés, ainsi que par les rapports d'enquêtes diligentés par les organismes d'aide aux victimes. Un ouvrage d'une valeur historique exceptionnelle.Ouvrage publié avec le c oncours du Centre national du livre.
« Un jour, à Bielany, j'ai rencontré dans le tram un camarade de classe d'avant-guerre. Il m'a attrapé par le bras et s'est écrié : "Je le connais, c'est un Juif !" J'ai frappé sur sa main pour lui faire lâcher prise et je suis descendu du tram. C'est vraiment dramatique car, pendant l'Occupation, [...] quand je sortais dans la rue, je craignais plus de rencontrer un szmalcownik polonais qu'un Allemand. »Entre 1939 et la destruction planifiée du ghetto de Varsovie en mai 1943, toute une population de maîtres chanteurs, de délateurs, d'escrocs et d'antisémites patentés ont pris pour nouvelle activité professionnelle la traque des Juifs qui s'aventuraient hors de la « zone d'épidémie » (1939-novembre 1940) puis après novembre 1940 hors du ghetto. Les fugitifs étaient remis à la Gestapo contre récompense. Mais, le plus souvent, ils faisaient l'objet d'un chantage qui les contraignait à payer le silence de leurs délateurs, et ce jusqu'à épuisement de leurs ressources.C'est à cette humanité-là, à ces szmalcownicy, que l'ouvrage de Grabowski, qui s'appuie en grande partie sur les lettres de dénonciation, donne à voir. Grabowski est témoin de l'émergence en Pologne d'une nouvelle génération d'historiens polonais prêts à mettre en lumière tous les aspects, y compris les plus sordides, des longues et complexes relations judéo-polonaises, avant et pendant la Shoah.