Matière à pensée
Dans une démarche généalogique rigoureuse mais accessible, l'auteur repense la spécificité de la grâce chrétienne en relation avec le don cérémoniel des cultures traditionnelles. Il tient également compte des modalités de la reconnaissance dans les sociétés contemporaines. À partir d'une lecture croisée des travaux de Marcel Hénaff et de Louis-Marie Chauvet, il pose un regard réflexif sur les conditions modernes du lien social. Il fait également entendre les résonances actuelles de l'alliance chrétienne et de la grâce, particulièrement en ce qui concerne l'avènement du sujet, le lien ecclésial, la vie sacramentaire et la participation des Églises à la société civile.
Nous vivons dans des sociétés largement laïques et sécularisées ; pourtant, la présence des groupes religieux dans l'espace urbain dessine une géographie inédite et fait émerger, aussi bien chez les chercheurs que chez les élus et les fonctionnaires, de nouveaux questionnements. Comment une ville devient-elle inclusive et peut-elle favoriser les expressions des spiritualités diverses? Et que doivent faire ces groupes pour se mettre au service d'une telle ville? Pour comprendre les enjeux qui découlent de ces questions, le présent ouvrage adopte une perspective pragmatique qui pose le phénomène de la foi dans le quotidien des populations concernées, notamment celles de Montréal, de Paris et de Vancouver. Et tout comme le fait religieux en vient à transformer une ville, celle-ci, en devenant une sorte de laboratoire, agit à son tour sur celui-là.
Malgré l'abondance des travaux féministes et théologiques produits au Québec depuis plus de quarante ans, il n'existait toujours pas, avant ce livre, de synthèse sur le féminisme en regard de la spiritualité. Il était plus que temps de rassembler dans un ouvrage ses principales théoriciennes : voilà une lacune comblée. L'autrice fait ici un retour sur les idées fortes élaborées durant ses quelque trente années d'enseignement et de recherche dans le domaine. « Le personnel est politique... et théorique », dit le slogan féministe dont elle s'est inspirée. Sa démarche, qu'elle qualifie d'existentielle, l'a amenée à relire l'histoire de sa vie, ses engagements et ses postures théoriques pour poser des questions essentielles. Quelles intersections construire entre le féminisme et la spiritualité ? Comment vivre dans ce temps de transformations des relations ? Comment des féministes chrétiennes québécoises ont-elles relu le christianisme et parlé de la Dieue, de Christa, de la trinité et de Marie ? Comment se vivent les solidarités interspirituelles ? Et comment déconstruire le patriarcat néoconservateur religieux ? En parlant de l'ultime à travers l'intime, l'autrice dans cet ouvrage fondamental pose les jalons de la transformation du féminisme dans le domaine du religieux et du spirituel.
Les hijras, souvent appelés « transgenres » par les Occidentaux, constituent une communauté distincte dont les fondements identitaires transcendent les seuls aspects liés à l'orientation sexuelle. Ce « troisième sexe » est présenté avec beaucoup de finesse dans ce livre qui examine, entre autres choses, les structures familiales, la perception du vieillissement, les questions liées aux droits de la personne et les rituels de toutes sortes - de la naissance à la mort en passant par l'intégration à la communauté, le mariage ou la castration. Prenant appui sur des études de terrain et des entretiens, on y décrit un monde complexe et étonnant de gens qui vivent en marge de la société tout en luttant pour la légitimité d'un statut qui leur permettrait d'en faire pleinement partie. Trois récits témoignent particulièrement des pratiques quotidiennes des hijras et de leur philosophie et apportent ainsi à cette étude l'éclairage précieux d'une expérience directe.
Cet ouvrage présente la biographie la plus complète en français d'un penseur majeur mais méconnu de l'histoire des sciences. Il retrace le parcours de Ruder Josip Boskovi´c et situe son oeuvre dans le contexte intellectuel du XVIIIe siècle, marqué notamment par les échanges avec la France et l'Angleterre. Figure notable de son époque, ce jésuite croate né à Dubrovnik est considéré comme l'un des premiers savants modernes à formuler une théorie complète de la matière, de l'infiniment petit à l'infiniment grand. Son système éclaire la mécanique et la physique et propose un cadre de réflexion sur le rapport entre l'esprit et le corps, fournissant ainsi les arguments rationnels qui permettent de concevoir l'existence d'un Être créateur. Avec lui, la recherche scientifique s'inscrit au coeur de l'expérience humaine et trace une voie nouvelle vers la connaissance de Dieu par l'exploration des réalités matérielles. Le savant religieux dessine ainsi de nouvelles perspectives à la croisée de la science, de la philosophie et de la spiritualité.
Canonisée en 20212, à l'heure du projet de réconciliation entre la société, les Églises et les peuples autochtones du Canada, Kateri Tekahkwitha (1656-1680) est célébrée par les uns comme une figure d'unité entre les Premières Nations et la société allochtone, et par les autres comme la victime du colonialisme et de la mission chrétienne. Ce livre examine le processus colonial au coeur de la mission en Iroquoisie et expose la créativité des Iroquois catholiques dans leur invention d'un christianisme original. Kateri Tekahkwitha et les siens ne peuvent avoir été que profondément iroquois, tant par leur cosmologie que par leur réaction au fait colonial, qui ont très probablement orienté leur réception de la foi chrétienne au-delà de ce que les premiers hagiographes pouvaient en comprendre. Cependant, la tradition sur Kateri construit son récit comme un miroir où se mirent les hagiographes d'hier à aujourd'hui, avec leurs propres cultures, sensibilités, aspirations et préoccupations. Ce miroir accommodant, on propose de le dépasser ici, dans cet essai de théologie décoloniale et interculturelle. Si ce livre explore un thème historique, c'est à partir d'une question d'aujourd'hui : comment des allochtones pourraient-ils nouer avec un patrimoine spirituel autochtone un rapport respectueux de son altérité et des premières collectivités auxquelles il appartient, tout autant que porteur d'un chemin de décolonisation spirituelle ?
Les baby-boomers ont-ils jeté le religieux avec l'eau bénite ? Sont-ils vraiment athées ? Comment donnent-ils un sens aux grands événements du cycle de la vie ? Que cache l'invisibilité ou même le tabou du religieux au Québec après le déclin du catholicisme ? Bref : que reste-t-il de l'héritage du catholicisme auprès de la génération issue du baby-boom ? À partir de récits de vie recueillis auprès d'une centaine de Québécois nés catholiques dans les années 1950, les auteurs explorent la recherche de sens des expériences individuelles et collectives. En dépit de l'invisibilité du religieux sur la place publique, la plupart des personnes rencontrées affichent des croyances et des pratiques qui leur sont propres. Si ces dernières empruntent à divers registres religieux inspirés de la diversité culturelle, la mémoire et l'éducation catholiques restent présentes dans les récits comme dans les pratiques, parfois teintée du vocable de la spiritualité. Ce livre brosse un portrait de la modernité québécoise et de la sécularisation de la société en montrant notamment les débats identitaires qui animent l'imaginaire collectif et qui façonnent les consciences individuelles. Surtout, il vient combler un vide dans les écrits sur les comportements religieux au Québec.
Derrière l'image largement répandue d'un sionisme exclusivement juif se déploie une réalité bien plus vaste et souvent ignorée. Depuis le XIXe siècle, de nombreux chrétiens - principalement évangéliques - soutiennent activement la création puis la défense de l'État d'Israël. Leur engagement religieux, politique et financier a progressivement façonné un mouvement puissant connu sous le nom de sionisme chrétien. Cet ouvrage propose la première synthèse historique et politique en français consacrée à ce phénomène majeur et pourtant si peu étudié. En retraçant ses racines théologiques, son essor au XXe siècle et son influence croissante depuis les années 1970, il montre comment cette alliance singulière entre milieux évangéliques et dirigeants politiques s'est imposée comme l'un des ressorts durables de la politique étrangère américaine. En introduisant cette « tierce partie chrétienne » dans l'analyse du conflit israélo-palestinien, l'auteur renouvelle les grilles de lecture habituelles et met à distance le mythe du « lobby juif », trop souvent mobilisé dans les discours complotistes et antisémites. À l'heure de la montée en puissance des droites religieuses, il s'agit d'une lecture indispensable pour comprendre les dynamiques historiques et contemporaines d'un mouvement qui conditionne en profondeur les grands enjeux géopolitiques du XXIe siècle.
Fruit d'une collaboration internationale, cette étude critique de la Constitution conciliaire Sacrosanctum Concilium sur la réforme de la liturgie se veut une relecture de la question rituelle telle qu'elle s'est posée au sein de l'Église catholique depuis les cinquante dernières années. Interdisciplinaire, elle tient compte des différentes réalités socioculturelles ; chaque auteur se concentre sur une thématique majeure en proposant une lecture herméneutique du document à la lumière des enjeux actuels. Des questions fondamentales sous-tendent l'essai : les rites chrétiens se célèbrent-ils encore ? Dans quels contextes et quelles situations ? Plus de cinquante ans après Vatican II (et la Révolution tranquille au Québec), qu'en est-il du renouveau liturgique et de la place accordée aux femmes ? Pourquoi étudier les rites, notamment les rites chrétiens, et comment le faire ? Cet ouvrage à la fois érudit et accessible ouvre un grand nombre de perspectives sur la Constitution conciliaire et sur ce que signifie véritablement, profondément, la liturgie dans le monde moderne.