Les Cahiers de la NRF
Dans ces admirables lettres d'amitié intellectuelle adressées par Joe Bousquet (1897-1950) à Jean Cassou (1897-1986) passe la vie exceptionnelle et dramatique du poète alité. Blessé de guerre en 1918, condamné à ne plus quitter sa chambre de Carcassonne, Bousquet constitue sans relâche une oeuvre d'une originalité poétique profonde, lisant et partageant sans cesse, s'entourant d'amis fidèles, de Jean Mistler à Paul Éluard. Figure importante des lettres, de l'art et de la Résistance, le futur conservateur en chef du musée d'Art moderne Jean Cassou, fidèle parmi les fidèles, lui est une oreille attentive et éclairée, son soutien essentiel. Entre 1930 et 1950, Cassou relaie à Paris les recherches éditoriales - souvent contrariées - de son ami ' Joe ' et devient le témoin du paysage mental fascinant de l'auteur de Traduit du silence. Vingt ans après la disparition de Joe Bousquet, Jean Cassou a donné une préface à l'édition de 25 de ces lettres, confiées aux Éditions Rougerie. Le volume présent, préparé par Dominique Bara et Hubert Chiffoleau, comporte 82 lettres inédites supplémentaires qu'il souhaitait voir paraître après sa mort.
Dans ces admirables lettres d'amitié intellectuelle adressées par Joe Bousquet (1897-1950) à Jean Cassou (1897-1986) passe la vie exceptionnelle et dramatique du poète alité. Blessé de guerre en 1918, condamné à ne plus quitter sa chambre de Carcassonne, Bousquet constitue sans relâche une oeuvre d'une originalité poétique profonde, lisant et partageant sans cesse, s'entourant d'amis fidèles, de Jean Mistler à Paul Éluard. Figure importante des lettres, de l'art et de la Résistance, le futur conservateur en chef du musée d'Art moderne Jean Cassou, fidèle parmi les fidèles, lui est une oreille attentive et éclairée, son soutien essentiel. Entre 1930 et 1950, Cassou relaie à Paris les recherches éditoriales - souvent contrariées - de son ami ' Joe ' et devient le témoin du paysage mental fascinant de l'auteur de Traduit du silence. Vingt ans après la disparition de Joe Bousquet, Jean Cassou a donné une préface à l'édition de 25 de ces lettres, confiées aux Éditions Rougerie. Le volume présent, préparé par Dominique Bara et Hubert Chiffoleau, comporte 82 lettres inédites supplémentaires qu'il souhaitait voir paraître après sa mort.
La peinture a très tôt retenu l'attention de Raymond Queneau, dès sa jeunesse où le dessin l'occupe. Avec le temps, l'auteur de Zazie dans le métro et des Exercices de style a pu tirer ses propres conclusions : "J'ai connu des peintres et des ventes publiques, des marchands de tableaux et des musées, des encadreurs, et je me suis fait ma petite opinion." À l'instar de ses propres dessins, Queneau témoigne d'un regard libre qui a su s'émanciper de la constellation surréaliste. Le poète élabore progressivement une théorie du signe et de l'écriture ainsi qu'une dialectique du regard chez les peintres. Mais il nous convie aussi à nous rendre dans les expositions, ces fêtes du voir, en toute simplicité : "Allez-y voir." À travers ces exercices d'admiration, on retrouve ainsi la personnalité et le style de Raymond Queneau, son acuité, son esprit anti-sérieux, parfois "pataphysique", et son goût pour le singulier. Cet ensemble inédit formant un véritable "musée Raymond Queneau" met à l'honneur Joan Miró et Jean Dubuffet mais aussi, entre autres, Mario Prassinos, Enrico Baj, Maurice Henry, Élie Lascaux, Jean Hélion ou encore Pablo Picasso.
La peinture a très tôt retenu l'attention de Raymond Queneau, dès sa jeunesse où le dessin l'occupe. Avec le temps, l'auteur de Zazie dans le métro et des Exercices de style a pu tirer ses propres conclusions : "J'ai connu des peintres et des ventes publiques, des marchands de tableaux et des musées, des encadreurs, et je me suis fait ma petite opinion." À l'instar de ses propres dessins, Queneau témoigne d'un regard libre qui a su s'émanciper de la constellation surréaliste. Le poète élabore progressivement une théorie du signe et de l'écriture ainsi qu'une dialectique du regard chez les peintres. Mais il nous convie aussi à nous rendre dans les expositions, ces fêtes du voir, en toute simplicité : "Allez-y voir." À travers ces exercices d'admiration, on retrouve ainsi la personnalité et le style de Raymond Queneau, son acuité, son esprit anti-sérieux, parfois "pataphysique", et son goût pour le singulier. Cet ensemble inédit formant un véritable "musée Raymond Queneau" met à l'honneur Joan Miró et Jean Dubuffet mais aussi, entre autres, Mario Prassinos, Enrico Baj, Maurice Henry, Élie Lascaux, Jean Hélion ou encore Pablo Picasso.
L'histoire de l'amitié qui a uni André Gide et le peintre belge néo-impressionniste Théo Van Rysselberghe ne peut se raconter sans qu'on évoque la femme de ce dernier, Maria Van Rysselberghe. C'est par le charme de ce couple que Gide a été conquis. Si Maria a acquis auprès de l'écrivain une place privilégiée, c'est bien Théo, par son talent et son esprit d'ouverture à l'égard des autres créateurs, qui a constitué pour Gide un passeur idéal vers le monde de l'art : le peintre n'a-t-il pas reconnu en lui une figure tutélaire du monde littéraire et artistique, en le plaçant dès 1903 au centre de son grand tableau-manifeste Une lecture ? Cette correspondance, témoignage d'une intimité, renforcée par la proximité entre Gide et Élisabeth Van Rysselberghe - la fille de Théo -, qui devait finalement provoquer la rupture entre les deux hommes, rend compte de leurs réflexions sur l'oeuvre à accomplir selon l'idéal propre à "l'esprit NRF" : la recherche patiente de la qualité, sans compromis ni compromissions.
L'histoire de l'amitié qui a uni André Gide et le peintre belge néo-impressionniste Théo Van Rysselberghe ne peut se raconter sans qu'on évoque la femme de ce dernier, Maria Van Rysselberghe. C'est par le charme de ce couple que Gide a été conquis. Si Maria a acquis auprès de l'écrivain une place privilégiée, c'est bien Théo, par son talent et son esprit d'ouverture à l'égard des autres créateurs, qui a constitué pour Gide un passeur idéal vers le monde de l'art : le peintre n'a-t-il pas reconnu en lui une figure tutélaire du monde littéraire et artistique, en le plaçant dès 1903 au centre de son grand tableau-manifeste Une lecture ? Cette correspondance, témoignage d'une intimité, renforcée par la proximité entre Gide et Élisabeth Van Rysselberghe - la fille de Théo -, qui devait finalement provoquer la rupture entre les deux hommes, rend compte de leurs réflexions sur l'oeuvre à accomplir selon l'idéal propre à "l'esprit NRF" : la recherche patiente de la qualité, sans compromis ni compromissions.
En août 1924 s'éteignait en Angleterre un géant de la littérature mondiale, Joseph Conrad, né Korzeniowski en Pologne occupée, écrivain de langue anglaise et francophone. Publié pour la première fois en France en 1912 au Mercure de France, avec L'Agent secret, il était devenu un auteur majeur des Éditions Gallimard grâce à la traduction de Typhon par André Gide en 1918, suivie de la publication de La Folie Almayer en 1919, ou encore de Lord Jim en 1921. À sa mort, La Nouvelle Revue française ne manqua pas de consacrer un numéro rendant hommage à sa puissance évocatrice et à sa faculté de sonder la psyché humaine. On y trouvait les signatures de ses admirateurs,André Gide, bien sûr, mais aussi Paul Valéry, André Maurois ou Joseph Kessel. Le présent volume rassemble les principales contributions à cet hommage de 1924, les souvenirs de son proche ami le Prix NobelJohn Galsworthy, ceux de son traducteur G. Jean-Aubry, les études d'Edmond Jaloux et de Ramon Fernandez. On trouvera également des citations de Conrad qui éclairent son oeuvre ainsi qu'un choix de lettres écrites en français par celui qui fut marin à Marseille et grand francophile.
En août 1924 s'éteignait en Angleterre un géant de la littérature mondiale, Joseph Conrad, né Korzeniowski en Pologne occupée, écrivain de langue anglaise et francophone. Publié pour la première fois en France en 1912 au Mercure de France, avec L'Agent secret, il était devenu un auteur majeur des Éditions Gallimard grâce à la traduction de Typhon par André Gide en 1918, suivie de la publication de La Folie Almayer en 1919, ou encore de Lord Jim en 1921. À sa mort, La Nouvelle Revue française ne manqua pas de consacrer un numéro rendant hommage à sa puissance évocatrice et à sa faculté de sonder la psyché humaine. On y trouvait les signatures de ses admirateurs,André Gide, bien sûr, mais aussi Paul Valéry, André Maurois ou Joseph Kessel. Le présent volume rassemble les principales contributions à cet hommage de 1924, les souvenirs de son proche ami le Prix NobelJohn Galsworthy, ceux de son traducteur G. Jean-Aubry, les études d'Edmond Jaloux et de Ramon Fernandez. On trouvera également des citations de Conrad qui éclairent son oeuvre ainsi qu'un choix de lettres écrites en français par celui qui fut marin à Marseille et grand francophile.
En août 1925, moins d'un an après la parution du Manifeste du Surréalisme, Pierre Drieu la Rochelle publie "La Véritable erreur des surréalistes" dans La Nouvelle revue française. C'est la première des trois lettres ouvertes que Drieu adresse au groupe d'avant-garde dont il est le témoin attentif depuis 1916, et sa rencontre décisive avec Louis Aragon. En sa compagnie, le futur auteur de Gilles et du Feu follet participe à l'aventure Dada à Paris, à celle de la revue Littérature, et à la naissance du surréalisme. Ses Trois lettres aux surréalistes révèlent qu'il a failli tout miser sur le mouvement d'André Breton, au coeur de ses "Années folles" qui furent des années de crise. Mais vingt ans avant son suicide, une première déception l'attendait : la "petite bande" qui avait pris une position littéraire radicale préparait son ralliement au communisme. En 1927, les faits lui ayant donné raison, Drieu compose deux autres lettres magistrales pour sa revue polémique, Les Derniers jours. Entre argumentation et méditation, pamphlet et supplication, les Trois lettres établissent, pour la première fois, les préoccupations qui seront au coeur de son oeuvre et de sa vie : la question de la solitude et de l'amitié, celle de la pensée et de l'action. Elles affirment la véritable quête idéaliste de Pierre Drieu la Rochelle, celle d'une esthétique littéraire permettant "d'agir à fond" dans son époque. Une quête qui s'affrontera aux dilemmes de l'Histoire.
En août 1925, moins d'un an après la parution du Manifeste du Surréalisme, Pierre Drieu la Rochelle publie "La Véritable erreur des surréalistes" dans La Nouvelle revue française. C'est la première des trois lettres ouvertes que Drieu adresse au groupe d'avant-garde dont il est le témoin attentif depuis 1916, et sa rencontre décisive avec Louis Aragon. En sa compagnie, le futur auteur de Gilles et du Feu follet participe à l'aventure Dada à Paris, à celle de la revue Littérature, et à la naissance du surréalisme. Ses Trois lettres aux surréalistes révèlent qu'il a failli tout miser sur le mouvement d'André Breton, au coeur de ses "Années folles" qui furent des années de crise. Mais vingt ans avant son suicide, une première déception l'attendait : la "petite bande" qui avait pris une position littéraire radicale préparait son ralliement au communisme. En 1927, les faits lui ayant donné raison, Drieu compose deux autres lettres magistrales pour sa revue polémique, Les Derniers jours. Entre argumentation et méditation, pamphlet et supplication, les Trois lettres établissent, pour la première fois, les préoccupations qui seront au coeur de son oeuvre et de sa vie : la question de la solitude et de l'amitié, celle de la pensée et de l'action. Elles affirment la véritable quête idéaliste de Pierre Drieu la Rochelle, celle d'une esthétique littéraire permettant "d'agir à fond" dans son époque. Une quête qui s'affrontera aux dilemmes de l'Histoire.
"En 1945, le jeune Philippe Jaccottet signe une critique élogieuse du recueil Verdures de la nuit, de son compatriote suisse Maurice Chappaz. S'ouvre un dialogue complice et fraternel qui va durer près de soixante ans, entre deux poètes que tout semble opposer. Chappaz le "catholique païen" est l'homme des hymnes à la vie et à la nature ; Jaccottet, à la rigueur toute protestante, est traversé de doutes et de chants tourmentés. L'un profondément enraciné dans le Valais, grand marcheur et nomade dans l'âme, se passionne pour les contes africains, le bouddhisme, la Bible, l'Orient... tandis que Jaccottet, plus sédentaire mais "sans racines", voyage dans les livres qu'il admire et traduit les plus grands auteurs européens. Volontiers militant et polémique, Chappaz défend un Valais ancestral menacé de disparition et s'alarme des premières destructions de l'environnement, tandis que Jaccottet rend compte inlassablement des oeuvres de son temps. Tous deux admirent profondément le poète Gustave Roud et posent, dans son sillage, la question toujours exigeante du rapport entre la poésie et l'existence, "poursuivant les mêmes fuyants signes avec une même obstination". Tous deux encore traduisent les grandes voix de l'Antiquité, l'un Homère, l'autre Théocrite et Virgile. Avec un enthousiasme lucide et toujours mesuré, Jaccottet porte l'oeuvre de Chappaz vers les lecteurs français en passeur infatigable. Chappaz, par sa vitalité exubérante et généreuse, communique à Jaccottet une force rassurante. Cette amitié de toute une vie, sans failles, nous rappelle que les dissemblances intimes comme la distance géographique, loin de toujours séparer, peuvent nourrir des liens vivants." J.-F. T.
"En 1945, le jeune Philippe Jaccottet signe une critique élogieuse du recueil Verdures de la nuit, de son compatriote suisse Maurice Chappaz. S'ouvre un dialogue complice et fraternel qui va durer près de soixante ans, entre deux poètes que tout semble opposer. Chappaz le "catholique païen" est l'homme des hymnes à la vie et à la nature ; Jaccottet, à la rigueur toute protestante, est traversé de doutes et de chants tourmentés. L'un profondément enraciné dans le Valais, grand marcheur et nomade dans l'âme, se passionne pour les contes africains, le bouddhisme, la Bible, l'Orient... tandis que Jaccottet, plus sédentaire mais "sans racines", voyage dans les livres qu'il admire et traduit les plus grands auteurs européens. Volontiers militant et polémique, Chappaz défend un Valais ancestral menacé de disparition et s'alarme des premières destructions de l'environnement, tandis que Jaccottet rend compte inlassablement des oeuvres de son temps. Tous deux admirent profondément le poète Gustave Roud et posent, dans son sillage, la question toujours exigeante du rapport entre la poésie et l'existence, "poursuivant les mêmes fuyants signes avec une même obstination". Tous deux encore traduisent les grandes voix de l'Antiquité, l'un Homère, l'autre Théocrite et Virgile. Avec un enthousiasme lucide et toujours mesuré, Jaccottet porte l'oeuvre de Chappaz vers les lecteurs français en passeur infatigable. Chappaz, par sa vitalité exubérante et généreuse, communique à Jaccottet une force rassurante. Cette amitié de toute une vie, sans failles, nous rappelle que les dissemblances intimes comme la distance géographique, loin de toujours séparer, peuvent nourrir des liens vivants." J.-F. T.
Éditeur de Samuel Beckett et de J.M.G. Le Clézio, Georges Lambrichs fut l'un des grands animateurs de la vie littéraire de la seconde partie du XXe siècle. Né en Belgique en 1917, entré en contact avec La NRF dès les années 1930, il devient en 1942 le correspondant à Bruxelles de la revue littéraire clandestine Messages. Proche de Vercors, il officie comme lecteur aux Éditions de Minuit à la Libération, avant d'en prendre la direction littéraire. Auprès de Jérôme Lindon, il édite Samuel Beckett, Georges Bataille, Maurice Blanchot, Marguerite Duras, Alain Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute et Michel Butor. C'est le temps du ' nouveau roman ', mais c'est aussi celui d'un lien très fort entre la NRF et Minuit, soutenu par l'amitié avec Jean Paulhan. Entré aux Éditions Gallimard en 1959, Georges Lambrichs y orchestre l'émergence d'une nouvelle génération d'écrivains et de critiques. Pleinement dévoué à la littérature de création, il accueille dans la collection ' Le Chemin ' et sa revue attenante, Les Cahiers du Chemin, Georges Perros, Jean Starobinski, Michel Chaillou, Jacques Réda, Henri Meschonnic, Pierre Guyotat, Gérard Macé, Jean-Marie Laclavetine et, dès 1962, J.M.G. Le Clézio. Le Chemin continue retrace un parcours éditorial d'exception.
Éditeur de Samuel Beckett et de J.M.G. Le Clézio, Georges Lambrichs fut l'un des grands animateurs de la vie littéraire de la seconde partie du XXe siècle. Né en Belgique en 1917, entré en contact avec La NRF dès les années 1930, il devient en 1942 le correspondant à Bruxelles de la revue littéraire clandestine Messages. Proche de Vercors, il officie comme lecteur aux Éditions de Minuit à la Libération, avant d'en prendre la direction littéraire. Auprès de Jérôme Lindon, il édite Samuel Beckett, Georges Bataille, Maurice Blanchot, Marguerite Duras, Alain Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute et Michel Butor. C'est le temps du ' nouveau roman ', mais c'est aussi celui d'un lien très fort entre la NRF et Minuit, soutenu par l'amitié avec Jean Paulhan. Entré aux Éditions Gallimard en 1959, Georges Lambrichs y orchestre l'émergence d'une nouvelle génération d'écrivains et de critiques. Pleinement dévoué à la littérature de création, il accueille dans la collection ' Le Chemin ' et sa revue attenante, Les Cahiers du Chemin, Georges Perros, Jean Starobinski, Michel Chaillou, Jacques Réda, Henri Meschonnic, Pierre Guyotat, Gérard Macé, Jean-Marie Laclavetine et, dès 1962, J.M.G. Le Clézio. Le Chemin continue retrace un parcours éditorial d'exception.
Correspondre n'a jamais été mot aussi juste pour désigner l'activité épistolaire, tant les lettres de Gabriel Bounoure et d'André Suarès sont en adéquation totale quant à l'art d'écrire et l'intelligence du coeur. Qui est Gabriel Bounoure ? Un conseiller culturel en poste au Liban et en Syrie mais surtout le plus méconnu et le plus discret des grands critiques littéraires, notamment à la Nouvelle revue française. Paul Claudel a eu pour lui ce mot éloquent : « On écrirait volontiers un livre pour vous faire écrire une page. ». L'oeuvre d'André Suarès, maître trop secret de la littérature française, semble pâtir de sa prolixité et du caractère orageux de l'écrivain. Mais son Voyage du Condottière suffit, pour les amoureux du style, de l'art et de l'esprit, à le placer au centre de la bibliothèque de tout gentilhomme-lecteur. Cette correspondance inédite, enfin dévoilée, rend justice à l'un comme à l'autre. C'est une introduction à l'oeuvre complet de Suarès comme un manuel de critique littéraire, le témoignage d'une amitié profonde et sincère, le renversement généreux des rôles de maître et de disciple, un portrait et un autoportrait de Suarès, un lieu de méditations et l'expression chevaleresque de la quête spirituelle et poétique de deux âmes fortes. Entre 1913 et 1948, leurs échanges sont traversés par les échos de deux guerres mondiales (sublimes lettres du capitaine Bounoure), les difficultés morales, physiques et matérielles : et toujours la poésie s'éprouve comme le seul refuge et la seule consolation pour les temps obscurs.
Correspondre n'a jamais été mot aussi juste pour désigner l'activité épistolaire, tant les lettres de Gabriel Bounoure et d'André Suarès sont en adéquation totale quant à l'art d'écrire et l'intelligence du coeur. Qui est Gabriel Bounoure ? Un conseiller culturel en poste au Liban et en Syrie mais surtout le plus méconnu et le plus discret des grands critiques littéraires, notamment à la Nouvelle revue française. Paul Claudel a eu pour lui ce mot éloquent : « On écrirait volontiers un livre pour vous faire écrire une page. ». L'oeuvre d'André Suarès, maître trop secret de la littérature française, semble pâtir de sa prolixité et du caractère orageux de l'écrivain. Mais son Voyage du Condottière suffit, pour les amoureux du style, de l'art et de l'esprit, à le placer au centre de la bibliothèque de tout gentilhomme-lecteur. Cette correspondance inédite, enfin dévoilée, rend justice à l'un comme à l'autre. C'est une introduction à l'oeuvre complet de Suarès comme un manuel de critique littéraire, le témoignage d'une amitié profonde et sincère, le renversement généreux des rôles de maître et de disciple, un portrait et un autoportrait de Suarès, un lieu de méditations et l'expression chevaleresque de la quête spirituelle et poétique de deux âmes fortes. Entre 1913 et 1948, leurs échanges sont traversés par les échos de deux guerres mondiales (sublimes lettres du capitaine Bounoure), les difficultés morales, physiques et matérielles : et toujours la poésie s'éprouve comme le seul refuge et la seule consolation pour les temps obscurs.
Toute sa vie, André Suarès a nourri un immense amour pour la mer, ses ports et ses rivages, sa beauté et ses mystères. Ni le demi-siècle qu'il passa à Paris, ni son oeuvre abondante vouée aux plus nobles quêtes intellectuelles, esthétiques et spirituelles ne permettent cependant d'en prendre d'emblée conscience. On le sait natif de Marseille, mais auteur d'un hommage aussi tardif qu'ambigu à sa ville natale (Marsiho) ; on lui connaît un voyage breton au début du siècle, à l'origine d'un de ses premiers livres (Le Livre de I'Émeraude), resté toutefois moins célèbre que le Voyage du Condottière - ode à l'Italie et à ses trésors artistiques. La postérité a surtout retenu à vrai dire le portraitiste d'un grand nombre d'écrivains et d'artistes, l'essayiste prolifique courtisé par La Nouvelle Revue française et cent autres revues, le pamphlétaire anti-germaniste, prophète de la tragédie hitlérienne. N'oublions pas trop vite, dans les interstices d'une vie et d'une oeuvre animées par la passion de l'art et la recherche de la grandeur, le Provençal épris d'otium marin loin des mesquineries et de l'agitation de la vie littéraire parisienne, le fils adoptif des rivages de Cornouaille, le contemplateur sensuel des beautés méditerranéennes. Suarès s'est défini une fois pour toutes comme "homme de la mer avant tout". A. de R. Cette riche anthologie, complétée par des notices et des index, a été conçue par Antoine de Rosny, professeur de lettres classiques et membre du comité Suarès. Elle met en lumière une clef de lecture méconnue de l'oeuvre d'André Suarès (1868-1948), l'un des pionniers de La NRF, et constitue une merveilleuse invitation au voyage.
Toute sa vie, André Suarès a nourri un immense amour pour la mer, ses ports et ses rivages, sa beauté et ses mystères. Ni le demi-siècle qu'il passa à Paris, ni son oeuvre abondante vouée aux plus nobles quêtes intellectuelles, esthétiques et spirituelles ne permettent cependant d'en prendre d'emblée conscience. On le sait natif de Marseille, mais auteur d'un hommage aussi tardif qu'ambigu à sa ville natale (Marsiho) ; on lui connaît un voyage breton au début du siècle, à l'origine d'un de ses premiers livres (Le Livre de I'Émeraude), resté toutefois moins célèbre que le Voyage du Condottière - ode à l'Italie et à ses trésors artistiques. La postérité a surtout retenu à vrai dire le portraitiste d'un grand nombre d'écrivains et d'artistes, l'essayiste prolifique courtisé par La Nouvelle Revue française et cent autres revues, le pamphlétaire anti-germaniste, prophète de la tragédie hitlérienne. N'oublions pas trop vite, dans les interstices d'une vie et d'une oeuvre animées par la passion de l'art et la recherche de la grandeur, le Provençal épris d'otium marin loin des mesquineries et de l'agitation de la vie littéraire parisienne, le fils adoptif des rivages de Cornouaille, le contemplateur sensuel des beautés méditerranéennes. Suarès s'est défini une fois pour toutes comme "homme de la mer avant tout". A. de R. Cette riche anthologie, complétée par des notices et des index, a été conçue par Antoine de Rosny, professeur de lettres classiques et membre du comité Suarès. Elle met en lumière une clef de lecture méconnue de l'oeuvre d'André Suarès (1868-1948), l'un des pionniers de La NRF, et constitue une merveilleuse invitation au voyage.
Au mois de mars 1981, à Trouville, Jean Mascolo et Jérôme Beaujour filment Marguerite Duras sur le tournage d'Agatha, pour ce qui deviendra le documentaire Duras filme. Ces quatre jours resteront comme un moment de grâce : l'écrivain, face à la mer à l'hôtel des Roches Noires, manifeste devant tous un bonheur intense de créer. La présence de Yann Andréa, qui s'est brusquement installé chez elle ce fameux été 80, n'est pas étrangère au phénomène. Avec une liberté grande et joueuse, écrivant par la parole, Marguerite Duras improvise sur les thèmes du désir, de l'homosexualité, de l'inceste, de l'interdit et sur l'écriture, le cinéma, la modernité ou encore l'absence de Dieu. Joëlle Pagès-Pindon, qui retranscrit ici l'intégralité inédite des entretiens de Duras filme, nous propose d'assister à une véritable séance d'envoûtement. Cette plongée dans la création en cours de Marguerite Duras révèle la toute-puissance de l'écrit à travers le texte, l'image et la voix, ainsi que l'entrelacement du réel et du mythe. Dans une deuxième partie, un document inédit intitulé par l'écrivain Brouillons du Livre dit montre l'élaboration d'une technique de réécriture des entretiens de Duras filme. Édition établie, présentée et annotée par Joëlle Pagès-Pindon. Agrégée de lettres classiques, professeur de chaire supérieure et vice-présidente de l'Association Marguerite Duras, Joëlle Pagès-Pindon est auteur de Marguerite Duras. L'écriture illimitée (2012) et coéditrice des tomes III et IV des OEuvres complètes de Marguerite Duras dans la Bibliothèque de la Pléiade.
Au mois de mars 1981, à Trouville, Jean Mascolo et Jérôme Beaujour filment Marguerite Duras sur le tournage d'Agatha, pour ce qui deviendra le documentaire Duras filme. Ces quatre jours resteront comme un moment de grâce : l'écrivain, face à la mer à l'hôtel des Roches Noires, manifeste devant tous un bonheur intense de créer. La présence de Yann Andréa, qui s'est brusquement installé chez elle ce fameux été 80, n'est pas étrangère au phénomène. Avec une liberté grande et joueuse, écrivant par la parole, Marguerite Duras improvise sur les thèmes du désir, de l'homosexualité, de l'inceste, de l'interdit et sur l'écriture, le cinéma, la modernité ou encore l'absence de Dieu. Joëlle Pagès-Pindon, qui retranscrit ici l'intégralité inédite des entretiens de Duras filme, nous propose d'assister à une véritable séance d'envoûtement. Cette plongée dans la création en cours de Marguerite Duras révèle la toute-puissance de l'écrit à travers le texte, l'image et la voix, ainsi que l'entrelacement du réel et du mythe. Dans une deuxième partie, un document inédit intitulé par l'écrivain Brouillons du Livre dit montre l'élaboration d'une technique de réécriture des entretiens de Duras filme. Édition établie, présentée et annotée par Joëlle Pagès-Pindon. Agrégée de lettres classiques, professeur de chaire supérieure et vice-présidente de l'Association Marguerite Duras, Joëlle Pagès-Pindon est auteur de Marguerite Duras. L'écriture illimitée (2012) et coéditrice des tomes III et IV des OEuvres complètes de Marguerite Duras dans la Bibliothèque de la Pléiade.
Ernst Haeckel (1834-1919), biologiste allemand aujourd'hui oublié sinon des chercheurs, fut pourtant de son vivant aussi célèbre que Darwin. Respecté et célébré dans les milieux savants internationaux comme spécialiste de la zoologie marine et théoricien de l'évolutionnisme, il est l'auteur des premiers "arbres généalogiques" des espèces, proposant une vision unitaire du monde vivant. Il est aussi l'inventeur du terme "écologie", dont il a établi les fondements. Sa "loi de la récapitulation" a influencé non seulement la biologie, mais la psychologie, la criminologie, la psychanalyse... Ses livres destinés au public profane, dont Histoire naturelle de la création et Les Énigmes de l'Univers, ont été des succès traduits en plusieurs langues. Ses planches magnifiques illustrant les "formes artistiques de la nature" ont inspiré les artistes et les architectes de l'Art nouveau. Mais le professeur de zoologie de l'Université d'Iéna était aussi un intellectuel et une figure publique de premier plan, un apôtre de la libre pensée, du rationalisme et du progrès. Son militantisme pour une "religion moniste" de la nature, panthéiste et antichrétienne, lui a valu une réputation sulfureuse. Le déclenchement de la Grande Guerre, que ce pacifiste a approuvé en signant l'"appel des professeurs", a fini par couper Haeckel de son réseau international. La réception complexe de son oeuvre enfin, allant de la gauche militante à certains représentants du national-socialisme, a contribué à son effacement. Sans occulter les ambiguïtés de son héritage, les actes ici réunis explorent les différents aspects de la réception de Haeckel en France en essayant de rendre justice au rôle historique capital du savant. Colloque organisé par Laura Bossi à l'occasion du 100e anniversaire de la mort d'Ernst Haeckel en septembre 2019 à la Fondation des Treilles. Introduction de Laura Bossi et Nicolas Wanlin. Textes de Nicolas Aumonier, Laura Bossi, Robert Calcagno, Philippe Comar, Pietro Corsi, Élise Dubreuil, Jacqueline Goy, Jacqueline Lalouette, Laurent Loison, Stéphane Schmitt, Mathilde Tahar, Nicolas Wanlin et Caterina Zanfi.
Ernst Haeckel (1834-1919), biologiste allemand aujourd'hui oublié sinon des chercheurs, fut pourtant de son vivant aussi célèbre que Darwin. Respecté et célébré dans les milieux savants internationaux comme spécialiste de la zoologie marine et théoricien de l'évolutionnisme, il est l'auteur des premiers "arbres généalogiques" des espèces, proposant une vision unitaire du monde vivant. Il est aussi l'inventeur du terme "écologie", dont il a établi les fondements. Sa "loi de la récapitulation" a influencé non seulement la biologie, mais la psychologie, la criminologie, la psychanalyse... Ses livres destinés au public profane, dont Histoire naturelle de la création et Les Énigmes de l'Univers, ont été des succès traduits en plusieurs langues. Ses planches magnifiques illustrant les "formes artistiques de la nature" ont inspiré les artistes et les architectes de l'Art nouveau. Mais le professeur de zoologie de l'Université d'Iéna était aussi un intellectuel et une figure publique de premier plan, un apôtre de la libre pensée, du rationalisme et du progrès. Son militantisme pour une "religion moniste" de la nature, panthéiste et antichrétienne, lui a valu une réputation sulfureuse. Le déclenchement de la Grande Guerre, que ce pacifiste a approuvé en signant l'"appel des professeurs", a fini par couper Haeckel de son réseau international. La réception complexe de son oeuvre enfin, allant de la gauche militante à certains représentants du national-socialisme, a contribué à son effacement. Sans occulter les ambiguïtés de son héritage, les actes ici réunis explorent les différents aspects de la réception de Haeckel en France en essayant de rendre justice au rôle historique capital du savant. Colloque organisé par Laura Bossi à l'occasion du 100e anniversaire de la mort d'Ernst Haeckel en septembre 2019 à la Fondation des Treilles. Introduction de Laura Bossi et Nicolas Wanlin. Textes de Nicolas Aumonier, Laura Bossi, Robert Calcagno, Philippe Comar, Pietro Corsi, Élise Dubreuil, Jacqueline Goy, Jacqueline Lalouette, Laurent Loison, Stéphane Schmitt, Mathilde Tahar, Nicolas Wanlin et Caterina Zanfi.
Ce volume met en lumière l'apprentissage intellectuel du jeune Drieu, puis retrace en filigrane son parcours et ses fonctions jusqu'à sa mort. Les carnets de l'étudiant, à Sciences Po et en voyage en Angleterre, apportent un éclairage nouveau sur Pierre Drieu la Rochelle : d'une étonnante maturité à 16 ans, réfléchissant à l'art, la littérature, la politique et la civilisation européenne. Il semble avoir déjà tout lu. Drieu évoque entre autres Barrès, Rousseau, Nietzsche, Disraeli, Schopenhauer, Amiel. Il médite dans des autoportraits à la troisième personne (« Il se rêvait nouveau B. Constant ») et, fasciné par les hommes d'action, se confie sur son caractère jugé trop timoré (il se surnomme « Coeur-de-lièvre »). Puis ce sont les carnets de caserne et de guerre aux Dardanelles, avec ses missions de sergent (défense d'un tirailleur sénégalais) mêlées aux réflexions sur la littérature. Plus tard, dans un carnet d'Argentine (1932), l'on suit ses déplacements et sa découverte des paysages, puis un carnet « Gilles » (38-39) nous plonge dans les coulisses de son grand roman. Enfin, les carnets de la guerre de 40 nous renseignent sur ses préoccupations quotidiennes (la gestion de La NRF, des noms de prisonniers à libérer, ses rendez-vous, etc.).
Ce volume met en lumière l'apprentissage intellectuel du jeune Drieu, puis retrace en filigrane son parcours et ses fonctions jusqu'à sa mort. Les carnets de l'étudiant, à Sciences Po et en voyage en Angleterre, apportent un éclairage nouveau sur Pierre Drieu la Rochelle : d'une étonnante maturité à 16 ans, réfléchissant à l'art, la littérature, la politique et la civilisation européenne. Il semble avoir déjà tout lu. Drieu évoque entre autres Barrès, Rousseau, Nietzsche, Disraeli, Schopenhauer, Amiel. Il médite dans des autoportraits à la troisième personne (« Il se rêvait nouveau B. Constant ») et, fasciné par les hommes d'action, se confie sur son caractère jugé trop timoré (il se surnomme « Coeur-de-lièvre »). Puis ce sont les carnets de caserne et de guerre aux Dardanelles, avec ses missions de sergent (défense d'un tirailleur sénégalais) mêlées aux réflexions sur la littérature. Plus tard, dans un carnet d'Argentine (1932), l'on suit ses déplacements et sa découverte des paysages, puis un carnet « Gilles » (38-39) nous plonge dans les coulisses de son grand roman. Enfin, les carnets de la guerre de 40 nous renseignent sur ses préoccupations quotidiennes (la gestion de La NRF, des noms de prisonniers à libérer, ses rendez-vous, etc.).
Cette courte correspondance inédite et inattendue entre Michel Leiris et Marcel Jouhandeau (94 lettres) s'étale de 1923 à 1977 ; l'essentiel des lettres occupant les années vingt et trente. Elle révèle une relation peu connue entre les deux grands écrivains.Les deux hommes se sont rencontrés en 1923 dans l'appartement d'André Masson où Max Jacob, qui donne des conseils poétiques au jeune Leiris (22 ans), emmène son ami Jouhandeau (35 ans). Dans la nuit du 26 au 27 mars 1924, épris d'alcool et de lyrisme, ils vivront une union « mystique » qui se traduira concrètement par une relation homosexuelle. Assez rapidement, Leiris comprend que Jouhandeau est amoureux de lui et replace leur relation en termes d'amitié. Leiris admire Monsieur Godeau intime qui vient de paraître en revue et envoie des poèmes que Jouhandeau juge trop influencés par Mallarmé. Jouhandeau se confie sur l'espérance, la foi et l'amour et revient sur le « merveilleux » de leur rencontre. Tandis que Jouhandeau vit une relation orageuse avec sa femme Élise dite Caryathis, Leiris trouve un emploi comme secrétaire à la revue Documents de Georges Bataille. En 1936, Jouhandeau se sent blessé par les extraits sibyllins de l'Age d'homme qui le concernent, mais quelques temps plus tard c'est Leiris qui rompt à cause de la profession de foi antisémite de Jouhandeau dans l' Action française. Ils renouent en 1937, « l'amitié sous la cendre » n'est pas morte, écrit Jouhandeau. En 1940, Leiris est mobilisé en Algérie et donne des nouvelles. Suite à une rupture plus grave avec la guerre, la correspondance s'interrompt jusqu'en 1966. Malgré tout, le souvenir et l'affection demeurent, les deux hommes échangent une dizaine de lettres entre 66 et 77. Édition établie par Denis Hollier et Louis YvertPréface de Denis Hollier.
Cette courte correspondance inédite et inattendue entre Michel Leiris et Marcel Jouhandeau (94 lettres) s'étale de 1923 à 1977 ; l'essentiel des lettres occupant les années vingt et trente. Elle révèle une relation peu connue entre les deux grands écrivains.Les deux hommes se sont rencontrés en 1923 dans l'appartement d'André Masson où Max Jacob, qui donne des conseils poétiques au jeune Leiris (22 ans), emmène son ami Jouhandeau (35 ans). Dans la nuit du 26 au 27 mars 1924, épris d'alcool et de lyrisme, ils vivront une union « mystique » qui se traduira concrètement par une relation homosexuelle. Assez rapidement, Leiris comprend que Jouhandeau est amoureux de lui et replace leur relation en termes d'amitié. Leiris admire Monsieur Godeau intime qui vient de paraître en revue et envoie des poèmes que Jouhandeau juge trop influencés par Mallarmé. Jouhandeau se confie sur l'espérance, la foi et l'amour et revient sur le « merveilleux » de leur rencontre. Tandis que Jouhandeau vit une relation orageuse avec sa femme Élise dite Caryathis, Leiris trouve un emploi comme secrétaire à la revue Documents de Georges Bataille. En 1936, Jouhandeau se sent blessé par les extraits sibyllins de l'Age d'homme qui le concernent, mais quelques temps plus tard c'est Leiris qui rompt à cause de la profession de foi antisémite de Jouhandeau dans l' Action française. Ils renouent en 1937, « l'amitié sous la cendre » n'est pas morte, écrit Jouhandeau. En 1940, Leiris est mobilisé en Algérie et donne des nouvelles. Suite à une rupture plus grave avec la guerre, la correspondance s'interrompt jusqu'en 1966. Malgré tout, le souvenir et l'affection demeurent, les deux hommes échangent une dizaine de lettres entre 66 et 77. Édition établie par Denis Hollier et Louis YvertPréface de Denis Hollier.
Giono ? "C'est un monde !" pourrait-on dire à la suite de l'auteur, pour pasticher ce qu'il dit dans Noé de personnages hors du commun et de "choses extraordinaires". Et, de fait, l'oeuvre de Giono est un monde en soi, avec son histoire et sa géographie propres, avec son humanité spécifique, avec son "système de références" à part. Voilà ce qu'entend explorer cet ouvrage, issu en grande partie du projet de colloque pour le cinquantenaire de la mort de Jean Giono (1895-1970), en 2020. Il réunit ainsi des chercheurs et des universitaires sous la direction de Denis Labouret (Sorbonne Université) et d'Alain Romestaing (Université Clermont Auvergne), autour de trois thèmes : "Microcosmes", "Mondes d'ailleurs", "Créer / recréer le monde". Ces études, qui convoquent oeuvres célèbres ou méconnues, révèlent l'immense diversité et la richesse de Jean Giono, "l'écrivain-monde". Pour ouvrir un tel ensemble, une porte d'entrée s'imposait : celle du Paraïs, la maison de Giono, que Sylvie Durbet-Giono, la fille de l'écrivain, présente comme ce petit monde intime où sont nés tous les mondes de l'invention littéraire. Et, à l'autre bout de l'ouvrage, on trouvera l'hommage de Pierre Michon au "monde perdu" de l'Arcadie gionienne, ce paradis de l'enfance et de la poésie évoqué dans Virgile.
Giono ? "C'est un monde !" pourrait-on dire à la suite de l'auteur, pour pasticher ce qu'il dit dans Noé de personnages hors du commun et de "choses extraordinaires". Et, de fait, l'oeuvre de Giono est un monde en soi, avec son histoire et sa géographie propres, avec son humanité spécifique, avec son "système de références" à part. Voilà ce qu'entend explorer cet ouvrage, issu en grande partie du projet de colloque pour le cinquantenaire de la mort de Jean Giono (1895-1970), en 2020. Il réunit ainsi des chercheurs et des universitaires sous la direction de Denis Labouret (Sorbonne Université) et d'Alain Romestaing (Université Clermont Auvergne), autour de trois thèmes : "Microcosmes", "Mondes d'ailleurs", "Créer / recréer le monde". Ces études, qui convoquent oeuvres célèbres ou méconnues, révèlent l'immense diversité et la richesse de Jean Giono, "l'écrivain-monde". Pour ouvrir un tel ensemble, une porte d'entrée s'imposait : celle du Paraïs, la maison de Giono, que Sylvie Durbet-Giono, la fille de l'écrivain, présente comme ce petit monde intime où sont nés tous les mondes de l'invention littéraire. Et, à l'autre bout de l'ouvrage, on trouvera l'hommage de Pierre Michon au "monde perdu" de l'Arcadie gionienne, ce paradis de l'enfance et de la poésie évoqué dans Virgile.
Cette édition présente pour la première fois les articles politiques signés par Maurice Blanchot dans l'entre-deux-guerres. Avant même d'adresser à Jean Paulhan son premier roman Thomas l'obscur (Gallimard, 1941), Blanchot était déjà l'auteur de plusieurs centaines d'articles destinés à des publications telles que La Revue Universelle, Le Journal des Débats, Le Rempart, Aux Écoutes, Combat et L'Insurgé. Véritable chronique des années trente, ces articles témoignent de la volonté de ressaisir dans l'actualité les moyens d'agir sur elle. Blanchot voudrait en finir avec la "France corrompue" et affirme, comme pour précipiter le destin des mouvements "non conformistes" de l'époque, que seule la révolution est urgente et "nécessaire". Ce volume offre aux Écrits politiques, 1953-1993 (Cahiers de La NRF, 2008), la contradiction de "l'autre Blanchot" (Michel Surya, Tel, 2015), dont le positionnement politique, pour être inverse, n'en est pas moins radical.
Cette édition présente pour la première fois les articles politiques signés par Maurice Blanchot dans l'entre-deux-guerres. Avant même d'adresser à Jean Paulhan son premier roman Thomas l'obscur (Gallimard, 1941), Blanchot était déjà l'auteur de plusieurs centaines d'articles destinés à des publications telles que La Revue Universelle, Le Journal des Débats, Le Rempart, Aux Écoutes, Combat et L'Insurgé. Véritable chronique des années trente, ces articles témoignent de la volonté de ressaisir dans l'actualité les moyens d'agir sur elle. Blanchot voudrait en finir avec la "France corrompue" et affirme, comme pour précipiter le destin des mouvements "non conformistes" de l'époque, que seule la révolution est urgente et "nécessaire". Ce volume offre aux Écrits politiques, 1953-1993 (Cahiers de La NRF, 2008), la contradiction de "l'autre Blanchot" (Michel Surya, Tel, 2015), dont le positionnement politique, pour être inverse, n'en est pas moins radical.
Édition de Lionel Follet. Des centaines de pages écrites presque en secret depuis mai 1923, déchirées et brûlées à la fin de 1927 : échec d'un projet ruiné d'avance par sa folle démesure ? Inachevé et mis à mort, ce roman des romans dont rêvait Aragon nous dérobe à jamais son architecture. Mais il revit en fragments éclatés, fascinante Babel où chaque personnage suscite un roman singulier : Blanche, Michel, Anne, Amanda, Firmin... et cette figure énigmatique, Irène, au coeur d'un texte qui dépasse de loin le roman 'érotique', dans la sublimation lyrique et la sinistre parodie, dans une interrogation sur les pouvoirs de l'écriture, et dans le désespoir d'aimer. Romans, poèmes, digressions, l'unité de l'ensemble est dans la splendeur de la phrase aragonienne, frémissante, équivoque, exaspérée, blasphématoire. Ces pages si longtemps occultées ont irrigué toute l'écriture ultérieure d'Aragon. Roman enfin, l'histoire de leur résurrection - jusqu'aux feuillets deux fois sauvés par Nancy Cunard, qui donnent à ce volume dix-neuf chapitres inédits et superbes.
"Les Carnets figurent au premier plan de l'oeuvre thomasienne, ayant nourri non seulement des livres, mais aussi les articles publiés dans La Nouvelle Revue française. Aux poèmes et aux récits s'ajoutent maintenant des pages écrites entre 1934 et 1951, découvertes il y a dix ans dans un grenier d'Asnières au cours d'une recherche entreprise dans le cadre universitaire. Ce sera au lecteur de décider s'il s'agit d'un abandon volontaire de l'auteur ou d'un simple oubli. Ce dossier serait-il, à partir d'une douloureuse expérience personnelle, ni plus ni moins qu'une tentative pour approfondir le mystère du rapport entre l'Homme et la Femme ? Face aux pièges de la condition humaine, on y trouve, tracées, les grandes lignes d'une stratégie de défense. Thomas s'interroge sur les règles du jeu et en arrive aux conclusions suivantes : d'abord que "c'est une erreur de voir dans une femme (ou un homme) un remède à la solitude" ; et ensuite que "le seul être dont on doive attendre quelque chose, c'est soi-même [...] on doit seulement souhaiter que les autres donnent l'occasion d'offrir ce qu'on a, soi, ce qu'on crée pour eux". Ce choix de l'écriture comme sacerdoce est ce qui fait du personnage de Thomas son intérêt si singulier. S'il a quitté ce monde il y a plus d'une décennie, sa voix n'en continue pas moins d'exercer une vraie séduction. Ces pages, inédites et poignantes, ne font qu'en confirmer la pertinence." Joanna Leary.