La mémoire du siècle
Mars 1921, Petrograd. Les marins de Cronstadt, héros de la Révolution russe, se soulèvent contre le pouvoir bolchevique.
13 août 1961 : en une nuit, un mur scinde Berlin en deux. Anne-Marie Le Gloannec analyse la crise qui a figé la guerre froide dans le béton et changé le destin de millions d’Allemands. Un essai clair et percutant sur un tournant de l’Histoire.
1945 : Roosevelt, Staline et Churchill scellent à Yalta une alliance qui ne survivra pas à la paix. En deux ans, le monde bascule dans la méfiance, la course aux armements et la division.
17 juin 1972, Washington : cinq hommes sont arrêtés au siège du Parti démocrate. Ce qui semble un simple cambriolage révèle bientôt une affaire d’État impliquant la Maison Blanche.
Dans l'ensemble de la 2e guerre mondiale la Libération de Paris est, militairement, un petit événement ; faibles furent les forces engagées, mince l'intérêt stratégique ; on a même mis en doute l'utilité de l'insurrection parisienne ; on s'est demandé si, en immobilisant les forces alliées, ne fût-ce que pendant quelques jours, on n'avait pas retardé la défaite de la Wehrmacht. Mais l'optique change totalement si on se situe sur le plan de la France ou, mieux encore, de l'Europe occidentale. Paris est la seule capitale occupée qui, en se soulevant, ait provoqué et aidé sa propre libération. Or, les moyens en hommes et en armes étaient faibles et grand le risque que la ville fût détruite. À l'arrière-plan des combats des « journées glorieuses » restituées dans le climat d'effervescence générale du Paris de l'été 44, Henri Michel ne dissimule certes pas les profondes divisions qui séparaient les résistants parisiens et la méfiance mutuelle qui en résultait. Il montre comment le prestige, et l'habileté, du général de Gaulle lui permirent, en définitive, d'imposer sa personne, ses hommes, et ses vues, en réalisant autour de lui la plus large union nationale que la France ait jamais connue dans son histoire. À bien des égards, la Libération de Paris marqua ainsi l'an premier d'une renaissance française, encore lourde d'incertitude et d'inconnu. Ce qu'étaient les plans et les projets des alliés concernant Paris, pourquoi la ville ne fut pas détruite, quelles formes et quelle ampleur prit « l'épuration » à la libération, autant de questions encore passionnément discutées sur lesquelles l'auteur apporte des éléments nouveaux.
Février 1948 : la Tchécoslovaquie bascule dans le camp communiste sans un coup de feu. Prague, le rideau de fer s’est abattu plonge au cœur de ce tournant historique, entre manipulations politiques et tensions internationales.
Septembre 1970, la guerre civile jordano-palestinienne éclate. L'image du front de solidarité arabe s'écroule. Olivier Carré, spécialiste du monde arabe et des mouvements palestiniens en particulier, montre combien était (et reste) inévitable la contradiction entre les États arabes - Jordanie en tête - et la Résistance palestinienne ; la divergence d'intérêt entre Nasser, engagé dans une négociation avec Israël à travers la mission Rodgers, et les mouvements révolutionnaires hostiles à toute solution négociée qui, de toute façon, n'aurait pas satisfait leurs espérances ; l'opposition entre les impératifs de Hussein de restaurer l'ordre en Jordanie et la poussée palestinienne désordonnée mais menaçante pour le trône hachémite. Les Palestiniens croyaient « pouvoir faire du Proche-Orient un enfer... » Les événements sont ici minutieusement décrits dans le contexte diplomatique et psychologique arabe, comme sont analysées les relations par la presse locale et étrangère. Au-delà des réactions indignées - tant arabes qu'occidentales, l'auteur montre la réalité des forces en présence et les enjeux politiques et stratégiques internationaux sur l'échiquier proche-oriental.
De 1917 à 1921, en Ukraine méridionale, un jeune militant anarchiste, Nestor Makhno, lève une insurrection et conduit une guerre de partisans. C'est un soulèvement de paysans pauvres, inspiré par la tradition cosaque, mais libre de tout préjugé nationaliste, religieux ou raciste. Le mouvement s'est fixé pour but l'instauration d'un communisme libertaire, utopie généreuse devenue concevable dans le chaos politique que connaît alors l'Ukraine, déchirée par des forces contraires et où nul pouvoir ne parvient à s'installer. L'illusion apparaît avec les « Thèses d'avril » de Lénine, mais l'espoir d'un terrain de conciliation entre anarchistes et bolcheviks sur le principe des Soviets et des assemblées populaires est rapidement dissipé par les événements. L'un des premiers, Makhno, dénonce l'imposture d'un parti totalitaire qui feint de s'appuyer sur une base populaire pour mieux imposer sa dictature. Il devient, dès lors, l'homme à abattre. Les bolcheviks s'y emploient, rompant à deux reprises une alliance avec les makhnovistes, les écrasant impitoyablement et poursuivant Makhno au-delà de sa mort pour en réduire l'importance historique et le présenter sous les traits d'un bandit anarchiste, fanatique et cruel. Il importait de sortir Makhno de la pénombre qui l'enveloppe, de le restituer à son environnement historique, infiniment complexe dans ses méandres, et de l'éclairer tel qu'il fût : un grand stratège et un compagnon fraternel, fils de la terre d'Ukraine, avatar des légendaires Cosaques Zaporogues et, en même temps, simple ouvrier agricole tentant de faire pousser l'anarchisme, en le greffant sur la steppe en ces jours de printemps des peuples où soufflait le vent de l'épopée.