Lilly Marcou
Lilly Marcou
Récit du dernier acte d'une épopée qui commença en 1917 avec la Révolution d'octobre, ce livre raconte la fin d'un rêve et la disparition d'un mythe : celui de la révolution mondiale et de l'avènement d'une cité idéale : la patrie des travailleurs. Le « socialisme réel » des pays de l'Est européen et de l'Asie, l'« orientation » vers le même socialisme de certains pays d'Afrique, la recherche d'une « troisième voie » par certains partis communistes occidentaux, devaient déboucher sur une configuration nouvelle du communisme mondial ; mouvement monolithique dans les années vingt et trente, celui-ci apparaît de nos jours comme le plus morcelé et le plus divisé. Des sources de première main et des témoignages directs des principaux dirigeants communistes à travers le monde ont permis à Lilly Marcou d'en brosser cette histoire méconnue et parfois inconnue.
1945 : Roosevelt, Staline et Churchill scellent à Yalta une alliance qui ne survivra pas à la paix. En deux ans, le monde bascule dans la méfiance, la course aux armements et la division.
Jeune bolchevik, poète, journaliste, romancier, essayiste, mémorialiste, Ilya Ehrenbourg (1891-1967) est un des grands témoins de son temps. Observateur de la révolution d'Octobre, puis de la montée des fascismes en Europe, il est en Espagne lors de la guerre civile, en France lors de l'entrée des Allemands dans Paris, en première ligne lors de la Seconde Guerre mondiale. S'il succombe, parfois, aux mirages du stalinisme, il prend conscience de ses excès et de ses crimes. Humaniste avant tout, évoluant constamment entre les deux mondes, Russe à Paris et Français à Moscou, il est un missionnaire de la culture et fait découvrir en URSS les valeurs de l'Occident. Dès sa jeunesse, il est l'ami de Max Jacob, Diego Rivera, Modigliani, Picasso ; il deviendra également l'intime de nombreuses autres personnalités. L'itinéraire d'Ehrenbourg reflète les contradictions de son siècle et les dilemmes de toute une génération qui engendrera la nôtre.
Le Kominform n'a-t-il été qu'un instrument de la politique stalinienne à l'heure de la guerre froide ? L'analyse de sa contribution spécifique à l'affaire yougoslave, au Mouvement de la paix, aux grands procès, le caractère ténu de son organisation, l'absence d'exécutif, la périodicité irrégulière de ses assemblées et, surtout, le poids considérable du PCUS et de ses représentants, montrent bien qu'il fut pour l'essentiel une organisation internationale mise au service de politiques staliniennes conjoncturelles. Cependant, par sa capacité à homogénéiser les lignes politiques des partis qui le constituent, par l'autorité de ses décisions prises en charge collectivement, par l'influence qu'il exercera, malgré ses limites européennes, sur l'ensemble du mouvement communiste, il perpétue la conception de l'Internationale léniniste.
" L'homme Staline a été éclipsé par sa figure mythique, dont l'ombre portée écrase toute la perspective du xxe siècle. Je tâche dans ce livre de raconter le parcours privé de cet homme, de cerner au plus près l'énigme de sa personnalité à partir d'archives inédites, de rencontres avec les survivants de la lignée familiale et du cercle de ses intimes. Les faits historiques ne sont rappelés que lorsqu'ils sont nécessaires à l'intelligibilité de l'itinéraire de l'individu, ou lorsqu'ils permettent de découvrir, nuancer ou transformer des interprétations que l'on croyait définitives. En plongeant dans la masse des documents soviétiques rendus accessibles aux chercheurs occidentaux, j'ai tenté de remettre en question un savoir trop cimenté pour capter le nouveau, éclaircir les zones d'ombre, faire la part entre la rumeur et la réalité, dénouer certaines controverses et révéler des aspects méconnus ou inconnus. Il est certes rassurant de se dire que l'être sous le régime duquel se sont commises tant d'horreurs ne peut être qu'un monstre. Mais cette satanisation de Staline est une paresse de l'esprit, comme l'avait été hier sa divinisation : en le faisant exister en chair et en os, humain, trop humain, on ne le rend que plus vulnérable au jugement de l'Histoire. "