LA NOUVELLE COLLECTION LANGAGES
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Si les bibliothèques, les librairies ou encore les cabinets de livres précieux constituent à première vue des lieux de savoir sanctuarisés, étrangers à la violence, de nombreux textes de littérature policière font au contraire le choix d'en exploiter le potentiel mortifère et menaçant. Du fameux livre empoisonné du Roman de la rose au faux livre vengeur de Tiré à part, les récits de « bibliocrimes » regorgent d'ouvrages pour lesquels et par lesquels on tue. Ce sont précisément ces affinités entre le récit d'enquête et le motif du livre appréhendé dans toute sa matérialité que le présent essai se propose d'explorer, à travers un corpus d'une douzaine d'oeuvres fédérées par des dispositifs narratifs et poétiques communs. Marine Le Bail est maîtresse de conférences en littérature française du XIXe siècle à l'université Toulouse-Jean Jaurès. Après avoir consacré sa thèse aux écrivains bibliophiles du XIXe siècle (L'Amour des livres la plume à la main, PUR, 2021), elle travaille aujourd'hui plus largement sur l'histoire culturelle du livre et de ses usages. Elle codirige notamment le projet de recherche transdisciplinaire « Biblioclasmes », consacré aux destructions de livres à travers les âges.
Daniel de Roulet a rassemblé des portraits de vingt-trois écrivains, femmes et hommes, qui comptent pour lui. Il ne les aborde pas en critique littéraire, mais évoque des vies dans lesquelles l'écriture a joué un rôle décisif si ce n'est exclusif. Ces portraits très documentés dérivent souvent d'une anecdote, à partir de laquelle s'ancre une admiration, se pose une question inédite sur l'oeuvre. Ils sont présentés dans l'ordre chronologique des dates de naissance de leurs auteurs. Clandestins ils le sont parce qu'il s'agit de portraits non autorisés, écrits sans se prévaloir d'aucune autorité. Les auteurs présentés ne sont pas eux-mêmes des clandestins bien que certains d'entre eux, tel Cendrars, aient feint de ne pas connaître le tarif du voyage. Depuis vingt-cinq ans, Daniel de Roulet (né à Genève en 1944) a publié une trentaine de livres dont une douzaine sont traduits en allemand. Il est l'auteur d'un cycle de dix romans qui retracent l'épopée du nucléaire d'Hiroshima à Fukushima. Parmi ses dernières parutions : Dix petites anarchistes, Libretto, 2019; La Suisse de travers, Héros-Limite, 2020; L'Oiselier, La Baconnière, 2021. Également dans la Nouvelle collection Langages, Écrire la mondialité est paru à la Baconnière en 2013.
Le roman réaliste est le roman-feuilleton de la société démocratique engendrée par la Révolution française. Lui-même genre démocratique, il fait entendre le pluralisme des discours libéraux, socialistes, chrétiens, monarchistes... Cette prose est politique : elle ne représente pas le réel, elle questionne les discours de son temps sur le réel. À travers le destin des personnages, depuis le jeune homme cherchant sa place jusqu'aux comparses figurant les invisibles de la société, la fiction réaliste pointe les pathologies d'une démocratie qui n'arrive pas à faire cohabiter la liberté, l'égalité et la fraternité. Balzac, Stendhal, Flaubert, Hugo, Zola portent ces interrogations dans des récits qui débordent leurs opinions d'individus en une pensée romanesque qui résonne fortement aujourd'hui. Philippe Hamon est professeur émérite et ancien vice-président d'Université de Paris III; Il est spécialiste de la théorie littéraire et auteur d'essais sur la poétique du récit, sur l'esthétique, la stylistique et le contexte culturel et inter-sémiotique de l'écriture réaliste et naturaliste au dix-neuvième siècle. Ses articles sur la description, le personnage, le réalisme ("un discours contraint") ont marqué les études littéraires, tout comme ses livres (Texte et idéologie).