Ce que la vie signifie pour moi
On n'est pas sérieux quand on a douze, puis treize ans. On tombe amoureux. Raide dingue. Isabelle Samain. Son nom est un refrain, sa beauté, une chanson d'amour. On la guette. On se pâme. On fantasme. On la désire. On rêve de la toucher... Qui ça, on ? Le confident de C'est aujourd'hui que je vous aime, se nomme " les hommes ", alias tous les garçons, alias François Morel. On n'est pas sérieux quand on a douze, puis treize ans. On tombe amoureux. Furieusement amoureux. Raide dingue. Isabelle Samain. Isabelle Samain. Isabelle Samain. Son nom est un refrain, sa beauté, une chanson d'amour. On la guette à l'angle de la rue Alexandre-Vialatte et de l'avenue de la République. On se pâme. On fantasme. On la désire. On rêve de la toucher, de l'embrasser... de passer à l'acte (sexuel). Qui ça, on ? Ici, pas de nous (trop banal), encore moins de je (trop pédant). Le confident de C'est aujourd'hui que je vous aime, par pudeur et par plaisir, se nomme " les hommes ", alias tous les garçons, alias François Morel. Malicieux et tendre (comme à son habitude), l'artiste raconte les amours débutantes, celles balbutiantes et gau-ches, désespérées et hilarantes. Il raconte les premiers émois (de véritables tortures), les illusions perdues (et retrouvées), les désordres (amoureux) et le corps qui bouillonne (tout feu tout flamme). Quand l'innocence se fait la malle, c'est dur de tourner le dos à l'enfance, de franchir l'adolescence, et de passer de l'autre côté du miroir, là où les adultes aiment (et baisent, eux). À personne, personne, les hommes ne laisseront dire que c'est le plus bel âge de la vie. Oui, mais voilà, la vie va les surprendre...
Aussi attentive à la marche du monde qu'attirée par les petites choses de la vie, Arlette Farge n'a pas hésité un instant à s'exposer: dire ce que la vie signifie pour elle. Arlette Farge a le goût des autres, gens du passé, gens du présent. Aussi attentive à la marche du monde qu'attirée par les petites choses de la vie, cette irréductible fonceuse n'a pas hésité un instant à s'exposer: dire ce que la vie signifie pour elle. L'exploratrice des archives, toujours soucieuse du réel, fait ici acte d'imaginaire tout en nous offrant un de ses grands plaisirs: écrire des lettres, des vraies, avec un crayon et du papier. Prendre le temps de songer à une personne, lui faire part d'un rien joyeux, d'une émotion, d'une pensée, et d'une main vive, pétillante, chaleureuse, dessiner des phrases qui donnent sens et plaisir. Enfin, choisir un joli timbre et se rendre à la poste. C'est sa façon de faire lien, de prendre soin. Il me faut te dire est un recueil de lettres adressées à des personnes fictives - ou presque - un ami, un collègue, un petit-fils, un pauvre gars sorti tout droit de son XVIIIe siècle. Chez Arlette Farge, tout est source d'étonnement, d'émotion: paysage, film, bruits de la ville, couleurs, lectures; tout mène à l'humain, geste, parole; tout mène au partage. S'approprier les mots d'Arlette Farge, c'est lire notre propre vie ; c'est bien là tout son talent?: nous faire croire d'emblée qu'elle s'adresse à chacun d'entre nous. Née en 1941 à Charleville (Ardennes), l'historienne Arlette Farge vit à Paris. Directrice de recherches émérite au CNRS, elle a publié une trentaine d'ouvrages. En mai 2016, l'ensemble de son ouvre a été récompensé par le prix international Dan David (l'équivalent de la médaille Fields pour les mathématiciens). Arlette Farge s'est inventé un métier, une mission - explorer les archives de police et de justice et mettre à jour des existences oubliées : " Écrire l'histoire des plus déshérités au xviiie siècle est une passion, celle de donner vie et sens aux plus méconnus du siècle des Lumières, qui autrefois, ont vécu, aimé, désiré et souffert, tandis que la grande histoire traditionnelle tarde à les sortir de l'ombre au profit des grands événements sociaux et politiques. " Spécialiste par ailleurs de l'histoire des femmes, Arlette Farge poursuit des travaux de recherche sur la transmission de l'histoire. Elle collabore aux côtés d'Emmanuel Laurentin à La Fabrique de l'histoire sur France Culture.
Comme Jack London, l'emblème de la collection, l'écrivain et cinéaste Gérard Mordillat est né dans la classe ouvrière. Ce qui pour lui signifie tout : ce qu'il est, ce qu'il pense, ce qu'il fait. Comme Jack London, l'emblème de notre collection, Gérard Mordillat est né dans la classe ouvrière. Ce qui pour lui signifie tout : ce qu'il est, ce qu'il pense, ce qu'il fait. Avec un enthousiasme décapant, l'auteur de Vive la sociale ! revendique son appartenance, nous invite à partager sa fierté d'être de ceux-là, du côté de ces femmes et de ces hommes trop souvent oubliés des médias ou de l'Histoire, les opprimés, les crève-la-dalle, les insurgés, les militants, les résistants. Qu'ils soient d'hier ou d'aujourd'hui, d'ailleurs ou d'ici, Gérard Mordillat leur rend grâce et se raconte dans un même élan. Il évoque l'esprit de la Commune et revit l'école buissonnière du côté de Belleville et de Ménilmontant ; il s'attendrit sur son frérot le prolo et son paternel qui lui laissa un super cadeau : exiger le droit à l'écriture, " une force que la classe ouvrière ne devait pas négliger " ni laisser aux nantis. Il nous parle de ses chemins de traverses, de son premier boulot dans une imprimerie, de ses rencontres déterminantes, de la découverte de la poésie et de la cinémathèque ; et puis de sa passion du vélo, le bitume comme une feuille blanche à conquérir. Sans étiquette politique sinon celle d'homme libre, l'écrivain et cinéaste réinvente avec force et humour ce qu'être de gauche signifie : avoir le goût des autres, du bien commun, du partage, de l'égalité, de la fraternité.
Avec comme à son habitude une bonne dose d'humour, et en tournant radicalement le dos à la nostalgie, François Place raconte les enchantements de ses jeunes années qui ont fait de lui un homme doué pour l'amitié. Tout petit déjà, François Place dessinait. Des récits de batailles, petits personnages en marche dans d'immenses paysages. En Corrèze, lors des vacances d'été dans la ferme de ses grands-parents, il trompe l'ennui qui (il l'avoue) parfois lui tombe dessus en s'attaquant aux vaches si impassibles, mais pas aux cochons, ils remuent trop. Sa mémé, inquiète, agacée même, disait de lui : " On n'a pas idée d'être autant dans la lune. " Presque un extraterrestre le petit François... ou une graine d'artiste. Quelques années et albums plus tard, dont Les Derniers Géants, désormais légendaire, François Place a toujours ce regard émerveillé sur le monde. Un regard bienveillant, accueillant, amoureux. Dans La 2 CV, la nuit, l'artiste délaisse ses aquarelles, ses géographies fabuleuses, ses voyages au-delà du réel, le temps de jouer avec l'écriture et ses souvenirs de gamin de banlieue parachuté à la campagne. Là où il a forgé son imaginaire d'illustrateur et de conteur. Là où il a appris le pouvoir des mots et du silence. Dire ce que la vie signifie pour lui, c'est raconter le petit monde grouillant de la ferme, les tontons, les tatas, tous de forts caractères ; les animaux ; les engins agricoles ; l'arrivée de la modernité ; les jeux ; les ripailles ; et la tendresse. C'est aussi nous emmener en voyage au coeur de son univers d'artiste.
Avec une tendresse infinie, Hubert Mingarelli prend par la main son narrateur, l'accompagne sous la tempête, le malmène, le protège, lui éclaire le chemin hasardeux de l'écriture. La tempête est là, sur le port. Celui-ci ou un autre, qu'importe. D'ici ou d'ailleurs, les solitudes sur les quais déambulent de la même manière, s'évitent, se frottent, se quittent. Ont-elles jamais existé qu'elles sont déjà des ombres, des fantômes. Il y a ceux qui renoncent, ceux qui s'accrochent. Le narrateur d'Hubert Mingarelli est de cette trempe-là. Ici, il n'est pas venu défier les éléments, la nuit et l'océan qui se confondent, la pluie qui tombe avec rage, rince tout ce qu'elle peut, les docks, les corps, les âmes. Il est là pour écrire, mettre des mots sur une histoire, affronter la sienne peut-être, faire face, trouver une issue, un sens. Cette nuit de tous les déluges, il va mettre au monde un personnage de roman, celui que l'auteur porte en lui, à qui il se doit de donner vie. Coûte que coûte. C'est le prix de l'écriture - errance, acharnement et pour finir, une naissance. Avec une tendresse infinie, Hubert Mingarelli prend par la main son narrateur, l'accompagne sous la tempête, le malmène, le protège, lui éclaire le chemin hasardeux de l'écriture. À coups de silences et de foudres, de phrases suspendues comme hors du temps, hors du monde, Hubert Mingarelli se livre, se délivre. Il dit ce que la vie signifie pour lui : une lutte, une main tendue à toutes les histoires qui font les hommes.
Sur les traces d'un Jack London épris de justice, Edmond Baudoin évoque la chance, son frère, l'art, le portrait, la danse, les arbres... en se moquant des frontières et afin de dompter les embuches. Edmond Baudoin a la curiosité des ailleurs - proches et lointains -, il a le désir des rencontres et du partage. Il va au-devant des femmes et des hommes jetés sur les routes, fuyant guerres et misères, il lit sur les visages la fatigue et l'espoir, et dessine noir sur blanc, d'un trait puissant, la vie qui résiste. Au gré de ses ouvrages - plus d'une centaine à ce jour -, il interroge le monde, va à son chevet, lui porte secours, le dorlote avec une immense tendresse et inocule à ses histoires dessinées ses convictions : fraternité, liberté. " Naître, c'est s'engager " affirme-t-il. Refuser d'agir est " une insulte à la vie " clame-t-il. Alors, pour notre collection, sur les traces d'un Jack London épris de justice, l'autodidacte évoque la chance, son frère, l'art, le portrait, la danse, les arbres... en se moquant des frontières et afin de dompter les embuches.
Se poser des questions... Nous le faisons, toutes et tous. En sourdine. Presque en secret. Parfois, nous préférons tourner la page, trop compliqué, douloureux. Parfois, non. Sara dont la plupart des ouvrages confiés à notre imaginaire sont muets, sans paroles, relève pour notre collection, un défi : écrire, plus épatant encore, s'auto-interviewer. Se poser des questions... Nous le faisons, toutes et tous. En sourdine. Presque en secret. Parfois, nous préférons tourner la page, trop compliqué, douloureux. Parfois, non. Sara dont la plupart des ouvrages confiés à notre imaginaire sont muets, sans paroles, relève pour notre collection, un défi : écrire, plus épatant encore, s'auto-interviewer. L'artiste en révolte contre les mots, qui les tient à distance, toujours prompte à les décortiquer, à explorer leur sens masqué, s'engage à plaisir dans une recherche de ce que la vie signifie pour elle. Elle se regarde dans un miroir et s'aperçoit avec horreur qu'il est déformant, que la neutralité n'existe pas, que ses questions et ses réponses se renvoient la balle de la vérité. Alors elle interroge le travail de création, l'art et son histoire, le langage, les images du monde. Sara déroule son cheminement, se bouscule, s'apostro- phe. Piques et escarmouches. Détermination et dérision. Elle établit un dialogue entre elle et elle, in fine entre elle et nous. Et l'artiste nous tend ce miroir où se reflètent nos doutes, nos contradictions, nos désirs.
Savoir que l'on va mourir, savoir accompagner ceux qui vont mourir, savoir mourir en somme, avec humour et élégance, avec obstination et détermination : voilà ce que la vie signifie pour Franz Bartelt. " Mettez-moi à la poubelle ! Je vous dis de me mettre à la poubelle ! Comme ça, vous serez débarrassés ! À la pou belle?! Quand ça ne va plus, c'est direct à la poubelle ! Perdez pas votre temps ! " C'est long de mourir. C'est long de voir mourir. Surtout celle qui vous a donné le jour et l'amour du livre, des histoires qui racontent la vie. À 92 ans, le temps a perdu le Nord. La boussole est déréglée, on dit que c'est le grand âge, celui où l'on se souvient de choses dans le désordre, celui où on se souvient de rien parfois, celui où on réinvente souvent. Franz Bartelt, comme toujours entre dérision et tendresse, doutes et drôleries, écrit ce temps qui s'effiloche, cette mère qui fait semblant de continuer de lire encore, cette mère qui s'accroche et finit par s'en aller. Savoir que l'on va mourir, savoir accompagner ceux qui vont mourir, savoir mourir en somme, avec humour et élégance, avec obstination et détermination : voilà ce que la vie signifie pour Franz Bartelt. Né en 1949 dans l'Eure, Franz Bartelt vit dans les Ardennes, en voisin de Rimbaud. Très tôt, il tombe dans la littérature et les romans noirs - ses instituteurs pensaient le punir en l'obligeant à lire des romans. Il se met à l'écriture dès l'âge de 13 ans. À 19 ans, il entre à l'usine, mais en 1985, Franz Bartelt décide de se consacrer entièrement à l'écriture, le tout en un : romancier, poète, dramaturge, feuilletoniste et surtout nouvelliste. Toujours cocasse et tendre, il manie l'humour noir, cette autodérision qui est sa marque de fabrique, avec le savoir-faire d'un fin limier. Il remporte le Grand Prix de l'Humour noir en 2000 pour Le Jardin du bossu et le prix Goncourt de la Nouvelle en 2007 pour son recueil Le Bar des habitudes.
Sous-titres est l'évocation pudique d'une vie affamée de sens, modelée par le travail et le hasard. C'est le récit d'un jeune homme introverti, né d'un père pasteur dans une petite île au sud de Rotterdam, qui devient le photographe attitré des plus grandes stars du rock et de la musique punk, en Angleterre et aux États-Unis. Dans Sous-titres, Corbijn livre, modestement, presque timidement, la façon dont il met en scène et crée l'image de ceux qui sont devenus des légendes de la musique : David Bowie, Tom Waits, Nick Cave, Kate Bush, les groupes Joy Division, U2, Rolling Stones, Nirvana, Depeche Mode, etc. Sous-titres est l'évocation pudique d'une vie affamée de sens, modelée par le travail et le hasard. Corbijn y parle de ses deuils, de ses interrogations et de ses doutes, de ses admirations aussi. Et surtout de cette recherche de la vérité qui est sa marque.
Raconter ce que la vie signifie pour Jérôme Lafargue, c'est nous emmener en sa compagnie sur un chemin des Landes, entre forêt et océan, silence et rugissement. Voici l'histoire d'un jeune homme et d'une forêt. Ou bien, voici l'histoire d'un jeune homme et de son père. À moins que ce ne soit l'histoire d'un jeune homme avec lui-même, avec des envies de se libérer, des désirs de s'inventer. Dans Un souffle sauvage, Jérôme Lafargue, lui si à l'aise avec la fiction, le débridé et même le fantasque, ose pour la première fois se mettre en scène, dire " je ". Il fait le choix du récit, le choix de l'authenticité, de la conviction. Raconter ce que la vie signifie pour lui, c'est nous emmener en sa compagnie sur un chemin des Landes, entre forêt et océan, silence et rugissement. Ici, parmi les arbres, ses presque frères, il arpente son histoire, remonte le temps, cherche les racines, et prend son envol. Il dit les émotions, la solitude, le partage, l'indomptable beauté des espaces sauvages, une sorte de sérénité qu'il porte à fleur de mots. Il nous invite à cheminer dans son paysage littéraire, ses lectures et son travail d'écriture qui palpitent sans cesse en écho, et font de lui un écrivain. Un homme qui regarde le monde... et écrit des histoires.
Hiver 2014. Martine Laval contacte Dominique Sigaud. Lui demande : " Écris ce que la vie signifie pour toi. " Excla mations. Stupeur. Et rires. Dominique Sigaud lui répond quelque chose comme : " Ok, ta question tombe à pic. Puisque tu me le demandes. Je m'y colle. Bien obligée. Cadeau de l'amitié. " Regarder dans le rétroviseur, faire le point sur le présent. Tordre les clichés, aller à l'essence. Des labours plus qu'un labeur. Mais c'était déjà sans compter sur le réel, toujours prompt à faire se rencontrer la vie et l'écriture. La mort de la mère, peut-être d'une langue maternelle. Puis, le même jour, la révélation d'un cancer et l'annonce de la tuerie de Charlie-Hebdo. Dès lors le texte sur ce que la vie signifie pour elle, adopte le télescopage, nouveau moteur de l'écriture. Dominique Sigaud, dans une langue au plus près d'elle-même, de sa propre vérité, scande des " comptes à rebours ", rageurs, vivifiants, met en résonnance les conflits qu'elle s'est choisis. ou pas. Ceux d'hier, du Rwanda, du Liban, de l'Algérie, ceux d'aujourd'hui. Ceux d'une femme qui ne se résigne pas, qui fouraille l'écriture pour trouver sens. Écrire comme on va à la guerre, comme on défie la mort. C'est du Sigaud.
Le récit Tout seul aborde la question, existentielle, de la transmission. Que reçoit-on des générations précédentes et que lègue-t-on à celles qui nous suivront ? Il n'est pas question d'argent ici, bien sûr, mais de biens autrement plus précieux, car immatériels. Psychologiques. Essentiels. Le récit Tout seul aborde la question, existentielle, de la transmission. Que reçoit-on des générations précédentes et que lègue-t-on à celles qui nous suivront ? Il n'est pas question d'argent ici, bien sûr, mais de biens autrement plus précieux, car immatériels. Psychologiques. Essentiels. Nicos Panayotopoulos, à travers sa propre histoire, dans laquelle intervient de façon décisive et, au sens propre, révélatrice, un secret de famille, s'interroge sur les rapports - tendus, distants, ombrageux - qu'il a eus avec son défunt père. Mais, par ses questionnements, par l'élaboration de son récit, l'auteur cherche surtout à préparer le terrain d'un futur rapprochement avec son fils (un garçon âgé de quelque dix ans), dont il vit séparé à la suite de la sentence d'un juge qui lui a été défavorable. Écriture fine, précise, profondeur humaine dépourvue de tout larmoiement : Tout seul touche, par le biais d'une malheureuse expérience personnelle, un sujet universel. Car si les ultimes pages du texte peuvent bel et bien être considérées, comme l'annonce le sous-titre, comme une " prophétie autobiographique ", la grande majorité du récit, elle, appartient au vécu de l'auteur et de sa famille. Nulle prophétie, en l'occurrence, mais des faits et des sentiments authentiques, avec pour cadre l'histoire récente de la Grèce. La rédemption viendra-t-elle, au bout du compte ? Qui sait... En tout cas, si elle devait arriver un jour, elle serait le fruit de ce mélange-là : sincérité, clairvoyance, courage. Un mélange que l'art de l'écriture, quand il est aussi bien maîtrisé, permet de toucher, du doigt et du coeur. Voilà qui donne de l'espoir...
Jirí Kylián raconte, simplement, ce qui le fait vivre : la danse, qui forme un tout avec la vie. Samuel Beckett, il y a longtemps, répondit à la question " Pourquoi écrivez-vous ? " par un sobre " Bon qu'à ça ". C'est ce que Jirí Kylián estime être, bon qu'à ça. Lui qui devint chorégraphe parce qu'il avait compris qu'il ne serait jamais aussi bon danseur que Rudolf Noureev et que le corps des autres exprimerait mieux que le sien ce qu'il avait besoin de dire. Dans Bon qu'à ça, il raconte, simplement, ce qui le fait vivre : la danse, qui forme un tout avec la vie. Il décrit son univers hanté par le temps et la disparition. Il évoque ses sources d'inspiration - parmi lesquelles sa compagne et les aborigènes. Il explique comment l'image prend de plus en plus de place dans son oeuvre - serait-elle une chance de ne pas mourir ? Récit d'un itinéraire marqué par la transcendance du corps et par le mouvement. Jirí Kylián est né à Prague en 1947, d'un père banquier et d'une mère danseuse. Il achève sa formation de danseur à Londres, où John Cranko l'engage au sein du Ballet de Stuttgart, qu'il rejoint en 1968 alors que le Printemps de Prague est écrasé dans le sang. À Stuttgart, il signe ses premières chorégraphies et rencontre Sabine Kupferberg, sa muse et sa compagne. En 1975, il est nommé directeur artistique du Nederlands Dans Theater, auquel il donnera rapidement une réputation internationale. Il y construit un théâtre avec Rem Koolhaas pour abriter les trois compagnies du NDT : danseurs au sommet, jeunes en formation, danseurs âgés. C'est avec cette dernière, le NDT III, qu'il mène ses expériences les plus audacieuses. Il a signé plus de cent chorégraphies à ce jour, jouées dans le monde entier. Il n'aime pas beaucoup voyager, et il vit à La Haye.