Science, histoire et société
Et si les lois de la nature n’en étaient pas vraiment ? L’univers erratique de Yona Friedman propose une vision révolutionnaire : et si le désordre était la seule vraie constante de notre monde ?
1996 : un physicien trompe une revue prestigieuse avec un article absurde. L’affaire Sokal décrypte ce canular qui a enflammé le monde intellectuel, révélant les tensions entre science et philosophie.
Qu'est-ce que le cinéma ? Quel sera son avenir ? En quoi la technologie change-t-elle l'art ? Cette question qui se pose aujourd'hui face au numérique, le critique André Bazin et le philosophe Walter Benjamin l'avaient déjà posée au cinéma analogique. Si révolution il y a dans les fonctions de l'art, celle-ci ne se situe pas dans le passage de l'image analogique à l'image numérique, mais dans le passage de l'outil à la machine automatique. Comment faire de l'art avec des techniques automatiques ? La réponse est déjà inscrite dans l'histoire du cinéma. Mais, à partir d'elle, le cinéma se divise et s'est toujours divisé en deux lignes parallèles. Ou bien l'automatisme de l'appareil sert à animer des images qui existent avant lui, la photographie analogique ou l'image de synthèse. C'est la ligne Edison-Lucas qui passe aussi bien par Méliès que par Griffith. Ou bien, dans la lignée de Marey et de Lumière, le cinéma se sert de l'automatisme comme d'un instrument de perception du mouvement à l'origine même des images. « L'art avec des images de ne rien représenter » (Bresson) est celui qui « nous rend un logos à l'état naissant » (Merleau-Ponty). Il n'y a pas une histoire du cinéma soumise au développement des techniques de l'image. Il y eut toujours deux cinémas, le classique et le moderne.
Le travail scientifique est-il menacé dans l'une de ses fonctions vitales : sa propre information ? Une masse toujours plus énorme de connaissances circule aujourd'hui, notamment grâce à l'internet. Mais les moyens d'en repérer les données et de les atteindre, ou seulement d'en avoir connaissance lorsqu'on en a besoin, ne suivent pas : ils restent gravement déficitaires au niveau même des techniques offertes à cette fin. Est-on encore fondé à se vanter de connaissance exacte, dès lors que l'on n'est plus capable de savoir avec exactitude où se trouvent ces connaissances ? L'ouvrage tente d'apprécier l'effet de cet état de choses sur l'idée nouvelle que nous nous faisons aujourd'hui du savoir. Il s'interroge en profondeur sur ses causes. Certaines apparaissent dès le début de l'application de l'ordinateur au traitement des données (les systèmes d'indexation ; les fameuses bases de données). Mais la conjoncture en exagère et en exaspère les lacunes. Les sciences dures, qui ont été les premières à se convertir aux nouvelles technologies de la diffusion électronique, sont celles qui en subissent aussi le plus gravement le déficit résiduel. Ne s'agit-il que d'une mauvaise passe, d'un seuil technologique à franchir - après quoi tout rentrera dans l'ordre ? Nombre de signes indiquent que nous sommes à la veille d'innovations majeures destinées à répondre aux nouvelles donnes de la recherche de l'information. L'ouvrage en étudie en détail un exemple actuel : celui des techniques de l'information retrieval en dimension multimédia. Au-delà des techniques cependant, c'est toute une nouvelle culture scientifique qui reste à réinventer.
L'auteur reprend dans ce livre la question posée par l'Esquisse pour une psychologie scientifique de S. Freud. Compte tenu de l'essor des neurosciences, certains repères psychanalytiques pourraient ne pas être d'ordre spéculatif, mais avoir une base neurologique. L'auteur parie pour l'ouverture de la psychanalyse à d'autres disciplines, et la possibilité d'un nouveau questionnement de la castration. À cette fin, l'élaboration lacanienne est largement mise à contribution. Dans la première partie de l'ouvrage, l'auteur procède à une analyse comparative de certains textes fondateurs (le cycle thébain, fragments de la Genèse, compte-rendu des symptômes de l'Homme aux loups et de l'Homme aux rats). L'homogénéité de certains traits suggère une structure commune. La deuxième partie s'organise autour d'une série de pathologies, telles que le phénomène neurologique du membre fantôme, la maladie de Parkinson et la névrose obsessionnelle. L'auteur tente ainsi de passer du signifiant à son substrat, et de voir si l'appareil psychique n'est pas fonction de certains invariants dont on pourrait aujourd'hui déceler les ancrages biologiques.
983-1993 : le dixième anniversaire de l'isolement du virus du Sida se trouve placé sous le signe de la polémique. Polémique sur les responsabilités de la contamination, par milliers, de receveurs de produits sanguins en 1985. Polémique sur la découverte du virus en 1983-1984. Polémique sur la distribution des royalties du test de dépistage. L'objet de la première est dramatique. Celui de la deuxième est dérisoire. Quant à la troisième, elle frise le sordide. Mais ces trois polémiques sont-elles vraiment distinctes ? Ce livre place les inimaginables décisions de l'année 1985 dans le seul contexte qui permette de les comprendre : celui des rivalités franco-américaines. L'histoire des débuts de la recherche sur le Sida fait, en particulier en France, l'objet d'une version « officielle » simpliste. On a oublié les paris, l'enthousiasme, les erreurs et les intuitions fécondes de la poignée de médecins et de chercheurs qui, des deux côtés de l'Atlantique, ont identifié le virus meurtrier. Ce livre présente les résultats précis et documentés d'une grande enquête. Pour la première fois, se trouvent restitués dans toute leur richesse les travaux menés dans les services hospitaliers parisiens, où la recherche du virus a commencé, dans les laboratoires de l'Institut Pasteur et des Instituts nationaux de la santé aux États-Unis. L'auteur montre comment les intérêts économiques se sont emparés de la recherche, pour construire une affaire, l'affaire « Gallo-Montagnier », et comment la première maladie médiatique de tous les temps est devenue terrain de manoeuvres politiques. Par décence envers les malades, par respect du public, par justice envers les médecins et chercheurs, une telle mise au point s'imposait.
Voici un livre singulier, dont l'intérêt déborde de beaucoup l'objectif déclaré. Ses maîtres d'oeuvre avaient décidé de procéder à un recensement systématique de toutes les traductions des ouvrages de Gaston Bachelard. Ils ont demandé, de surcroît, que les résultats de cette enquête bibliographique soient accompagnés d'une analyse du contexte philosophique et culturel qui, dans chaque cas, a pu décider du choix de tel ou tel titre, qui a pu déterminer l'accueil réservé à ces textes et orienter les effets qu'ils ont produits. Immense travail, à la mesure du retentissement de la pensée bachelardienne, qui a touché au fil de quelques décennies une quarantaine de pays, dont seize ont été ici retenus - du Japon aux pays arabes en passant par les États-Unis et la Russie. On aurait pu craindre de n'obtenir, au bout du compte, qu'un document informatif, précieux sans aucun doute pour les spécialistes, mais dénué par lui-même de portée philosophique. Il n'en va pas du tout ainsi. Et le bénéfice du rigoureux parti pris méthodique adopté se révèle vraiment surprenant. [...] Ce livre, non content de nous éclairer sur les deux versants - épistémologique et poétique - de l'oeuvre de Bachelard, nous offre un tableau vivant de la philosophie mondiale et de son histoire au XXe siècle. Au prisme de Bachelard, c'est en effet tout le spectre de cette philosophie qui se dessine et s'anime. Dominique Lecourt