Domaine français- Les contemporains
Et si Hôtel Waldheim était le chef-d'œuvre de François Vallejo ? Claire Julliard, Bibliobs Ce roman était présent dans les deux premières listes du Prix Goncourt 2018. À l'entendre, j'étais très fort, à seize ans, pour tout effacer, et ça continue. Pourtant, à force de déblatérer sans réfléchir, j'ai commencé à lui prouver et à me prouver que je me suis fourré dans de drôles de situations. Si quelqu'un m'avait dit hier : tu t'es comporté comme le pire voyeur, pour surprendre un couple dans son lit, je ne l'aurais pas cru. C'est revenu tout seul, devant cette fille dans son fauteuil. Je sentais son souffle sur ma peau, incroyable ce qu'elle m'insuffle. Presque malgré moi, j'ai reconstitué la scène oubliée. Et d'autres. Elle va finir par me convaincre que je lui cache quelque chose. Que je me cache quelque chose ? Comme l'impression de rencontrer un inconnu qui s'appellerait Jeff Valdera. Et dans le genre inconnu, elle se pose là aussi, avec ses questions insistantes... Lors de ses séjours avec sa tante à Davos, à l'hôtel Waldheim, l'adolescent Jeff Valdera n'aurait-il été qu'un pion sur un échiquier où s'affrontaient l'Est et l'Ouest au temps de la guerre froide ?
Céline Lapertot se confronte à son passé. De ce combat nécessaire avec elle-même et ses souvenirs est né ce texte qui n'est pas un livre comme les autres. Ce qui est monstrueux est normal n'est pas une autofiction, c'est un récit autobiographique, un long cri plein de rage. Ce qui est monstrueux est normal, c'est une phrase qu'elle écrira souvent, l'enfant devenue grande, sans savoir que cette litanie constituera le fil rouge d'un récit. Oui, ce qui est monstrueux est normal, pour un être jeune dont l'œil s'habitue aux fissures dans les murs blancs et aux odeurs d'urine dans les couloirs d'immeubles. Il vaut mieux en rire qu'en pleurer, dit l'adage populaire, à peine conscient de son héritage. Rire de l'homme qui nous élève, chercher tout au fond de soi le respect qu'on lui doit, mais rire – un rictus qu'on n'effacera jamais – pour oublier qu'on voudrait lui balancer un bon coup de pied dans la nuque.
"Savamment orchestré, Niels mêle la fiction à l'imaginaire collectif pour une plongée en apnée dans l'une des périodes les plus troubles du roman national français." Laëtitia Favro, Le Journal du dimanche "- Tes allers-retours entre la vie et la mort tu vas les faire encore longtemps ? - Le temps qu'il faudra. Pourquoi ? Tu te fais du souci pour moi ? - Tu es juive, n'est-ce pas ? C'est insensé, tu sais ce qu'ils te feront s'ils te prennent ? - Je n'ai pas peur. À Copenhague, je suis chez moi. Ce sont eux les envahisseurs." Danemark 1943, Niels Rasmussen rencontre Sarah à la rousse chevelure. Il rejoint alors la Résistance et devient le saboteur de génie qui remodèle la ville occupée à coups d'explosifs. Quand le conflit mondial s'achève, Sarah attend un enfant et les héros sont prêts à recueillir leurs lauriers. Pourtant, une page du Parisien Libéré glissée dans un courrier anonyme va infléchir le destin. Dans la rubrique "Épuration" Niels lit : "C'est le 7 mai que le dramaturge Jean-François Canonnier, actuellement détenu à Fresnes, passera devant la Cour de justice de la Seine. Il sera défendu par maître Bianchi." Éperdu d'incompréhension et pour sauver son "frère de coeur", il entreprend une odyssée qui fera vaciller toutes ses certitudes quant à l'héroïsme, la lâcheté, la Résistance et la collaboration. Roman d'aventures, enquête introspective, Niels fait fi des genres littéraires et nous soumet à la question : Et vous, qu'auriez-vous fait ? Ce roman a reçu le Prix Infiniment Quiberon et le Prix Goncourt du Lycée Français de Chicago.
"Mon roman est un portrait d'artiste mais également un portrait de femme. À travers le personnage d'Ariane Claessens, j'ai travaillé à ma propre définition de la grâce, un mélange paradoxal de force et de fragilité. Ariane en est l'incarnation. Je l'ai voulue la plus humaine possible, c'est-à-dire pleine de contradictions." Alexis Ragougneau Un jour, dans mille ans, un archéologue explorera ton refuge. Il comprendra que l'ouvrage militaire a été acute; recyclé en ermitage. Et s'il lui vient l'idée de gratter sous la peinture ou la chaux, il exhumera des fresques colorées intitulées La Vie de David Claessens en sept tableaux. Je les connais par coeur, ils sont gravés à tout jamais dans ma médiocre mémoire, je peux vous les décrire, si vous voulez faire travailler votre imaginaire : L'enfant prodige choisit sa voie. Il suscite espoirs et ambitions. Le fils trébuche, s'éloigne, ressasse. Dans son exil, l'enfant devient un homme. Le fils prodigue, tentant de regagner son foyer, s'égare. Blessé, il dépérit dans sa prison de béton. Mais à la différence des tapisseries de New York, ton histoire est en cours ; il nous reste quelques tableaux à écrire, toi et moi, et je ne désespère pas de te faire sortir un jour du bunker. La clé de ton enclos, de ta cellule 77, c'est moi qui l'ai, David. Moi, Ariane, ta soeur.
Au commencement, il y a la honte. [...] Et puis un jour, boum ! La vérité. N'appartenir, ou quand la colère se fait salvatrice et pleine d'humour. Né d'un père mauritanien, diplomate et musulman et d'une mère française, assistante sociale, professeure, athée et féministe, Karim Miské est une bizarrerie aux yeux de ses contemporains : une tête d'Arabe avec des manières de Blanc . Sans cesse ballotté entre toutes ses identités, il fera le choix de n'en accepter aucune. Mais son miroir et les regards ne lui feront jamais oublier qu'il est le bâtard, le paria. Perdu entre plusieurs mondes – religieux, ethniques, culturels, politiques –, entre plusieurs pays – la France, la Mauritanie et même l'Albanie d'Enver Hoxha –, il découvre la littérature et décide qu'elle sera son refuge. Pour lui, le seul antidote possible se trouve dans la voix des autres, Arendt, Sartre, Orwell, Manchette, Patti Smith ou encore Johnny Rotten. Cocasse, enlevé, généreux, provocateur et nécessaire, N'appartenir est un cri de liberté, à la fois récit d'un parcours atypique et radioscopie de la complexité de l'humain. C'est un miroir tendu à celui qui refuse les mensonges sur lesquels toutes les sociétés se sont construites.
Ses romans sont un long cri de fureur proféré avec une tranquille, presque douce obstination, celle d'une Antigone revenue d'entre les morts ; jamais elle ne cédera. Elle Cette sensation de fin du monde, quand tu as dix ans et que tu comprends, du haut de ton mètre vingt, qu'il va falloir abandonner la sécheresse de ton ocre si tu ne veux pas crever. Je serais restée des millénaires, agenouillée contre ma terre, si je n'avais pas eu une telle soif. Maman a caressé la peau de mon cou, toute fripée et desséchée, elle m'a vue vieille avant d'avoir atteint l'âge d'être une femme. Elle a fixé les étoiles et, silencieusement, elle a pris la main de papa. On n'a pas besoin de discuter pendant des heures quand on sait qu'est venu le moment de tout quitter. J'étais celle à laquelle on tient tant qu'on est prêt à mourir sur les chemins de l'abîme. J'étais celle pour laquelle un agriculteur et une institutrice sont prêts à passer pour d'infâmes profiteurs, qui prennent tout et ne donnent rien, pourvu que la peau de mon cou soit hydratée. J'ai entendu quand maman a dit On boira toute l'humiliation, ce n'est pas grave. On vivra. Il a fallu que je meure à des milliers de kilomètres de chez moi.
Cécile Coulon brosse le portrait saisissant d'une vie bâclée. Anthime, surnommé le Pélican parce que, semblable à l'oiseau, il s'arrache le cœur pour l'offrir à son public, est un héros de tragédie mais aussi notre semblable à tous. Son errance, servie par l'écriture survoltée d'une romancière désormais confirmée, est un pur morceau de bravoure. L'Express Courir toujours plus vite, plus loin, à en user son corps, sa jeunesse, ses rêves... Anthime est un gamin comme les autres quand il découvre, avec sa sœur, la bourgade sans caractère où ses parents emménagent. Jusqu'au jour où il se démarque par sa rapidité à la course et devient le Pélican, une sorte de mythe dans la région. Seulement l'adulation, la notoriété et le succès se fracassent sans rémission quand ses tendons d'adolescent mal entraîné le trahissent en plein élan. Il doit abandonner la course, faire le sacrifice de ses ambitions et de son amour pour Béatrice. Foudroyé par la trahison de son corps insolent, l'homme qu'il devient s'englue dans la médiocrité : il épouse Joanna, timorée et sans charme, s'ankylose dans une profession ennuyeuse... Et c'est d'un type bedonnant et sinistre que se moquent, vingt ans plus tard, ses anciens camarades. L'humiliation embrase sa colère et gifle cruellement son orgueil. Le Pélican pourra-t-il encore déployer ses ailes et se forger un destin digne de sa légende ? Une écriture survoltée taille et grave comme une pierre dure, la violence, la souffrance et la rage qui hantent le personnage du Cœur du Pélican.
Le Roi n'a pas sommeil est un récit âpre et tendu par une écriture incisive qui sait percer le mystère des âmes et leur nature sauvage. Le Monde des Livres Ce que personne n'a jamais su, ce mystère dont on ne parlait pas le dimanche après le match, cette sensation que les vieilles tentaient de décortiquer le soir, enfouies sous les draps, cette horreur planquée derrière chaque phrase, chaque geste, couverte par les capsules de soda, tâchée par la moutarde des hot-dogs vendus avant les concerts ; cette peur insupportable, étouffée par les familles, les chauffeurs de bus et les prostituées, ce que personne n'a pu savoir, c'est ce que Thomas avait ressenti quand le flic aux cheveux gras lui avait passé les bracelets, en serrant si fort son poignet que le sang avait giclé sur la manche de sa chemise. Tout est là : le mutisme, le poids des regards, l'irrémédiable du destin d'un enfant sage, devenu trop taciturne et ombrageux. Thomas Hogan aura pourtant tout fait pour exorciser ses démons – les mêmes qui torturaient déjà son père. Quand a-t-il basculé ? Lorsque Paul l'a trahi pour rejoindre la bande de Calvin ? Lorsqu'il a découvert le Blue Budd, le poker et l'alcool de poire ? Lorsque Donna l'a entraîné naïvement derrière la scierie maudite ? La sobriété du style de Cécile Coulon – où explosent soudain les métaphores – magnifie l'âpreté des jours, communique une sensation de paix, de beauté indomptable, d'indicible mélancolie. Ce roman a été couronné Prix Mauvais Genres - France Culture Le Nouvel Observateur.
De quelle couleur surgira la voile ? An Linh n'existe pas. On ne peut arpenter ses rizières, parcourir ses collines, sentir sa brise à l'aube et se recueillir dans ses cimetières face à l'océan. Rien de ce qui suit n'est réel. La correspondance que vous allez lire aurait pu se tenir il y a deux cents ans. Endormis depuis de longues années, Isey, Thanh et leurs compagnons se réveillent. L'un après l'autre, ils se lèvent pour entrer sur une scène imaginaire encore plongée dans la nuit. Ils s'apprêtent, revêtent des tuniques colorées, soulignent leur regard d'un trait de khôl, prennent une plume et des feuilles de papier pour jouer leur partie. Le paysage s'éclaire : ils vont ouvrir le bal... Puisse le Ciel donner vie à leurs lettres, clarté à leurs voix – et leur accorder la grâce de vous rencontrer. Ainsi commence le nouveau livre d'Hoai Huong Nguyen, un roman épistolaire vibrant où l'amour imprègne chaque page et chaque haïku. Face à l'éloignement et à la mort, la puissance de cet amour – ici pluriel – sera la lumière qui guidera pas à pas les personnages jusqu'à leur renaissance finale. De quelle couleur surgira la voile ?
Prix des Libraires 2017 La talentueuse Cécile Coulon frappe encore avec ces Trois saisons d'orage [...] La précision de son regard, injectée dans ses descriptions de liens ténus, explose au détour de bien des scènes inattendues, confirmant virtuosité narrative et capacité à saisir l'universalité dans les détails. La Croix Les Fontaines. Une pierre cassée au milieu d'un pays qui s'en fiche. Un morceau du monde qui dérive, porté par les vents et les orages. Une île au milieu d'une terre abrupte. Je connais les histoires de ce village, mais une seule les rassemble toutes. Elle doit être entendue. L'histoire d'André, de son fils Benedict, de sa petite-fille, Bérangère. Une famille de médecins. Celle de Maxime, de son fils Valère, et de ses vaches. Une famille de paysans. Et au milieu, une maison. Ou ce qu'il en reste. Trois générations confrontées à la folie de l'Histoire, au fol orgueil des hommes ayant oublié la permanence hiératique de la nature. Passionnée par la littérature, le cinéma et la musique - sa thèse de Lettres Modernes est consacrée au Sport et à la littérature -, Cécile Coulon, âgée de 26 ans, vit à Clermont-Ferrand. Après quatre romans parus aux Éditions Viviane Hamy, dont Le Roi n'a pas sommeil - Prix Mauvais Genres France Culture / Le Nouvel Observateur 2012 -, elle est considérée comme l'une des voix les plus prometteuses de sa génération. Ce roman a reçu le Prix des Libraires 2017.
Le temps file, et la romancière brode, tout est écrit au présent, beau tissu. Libération À quatorze ans, Madelaine quitte l'orphelinat avec un métier : couturière. Éblouie par la fluidité des matières et l'explosion des couleurs, déjà experte dans l'art de la coupe, elle crée ses premières robes. Puis, à Paris, les clientes repèrent ses créations. Ses modèles ont un succès fou, l'atelier déborde de commandes. Désormais, la maison portera son nom : Madelaine Delisle . Le siècle défile, inventions, restrictions, destructions... L'après-guerre offre Tadeusz, et son fol amour de la vie, à Madelaine. Lucie naîtra. La jeune femme dessine quantité de modèles pour sa fille... Mais les vieux démons rôdent : pourquoi ne parvient-elle pas à toucher sa fille, à lui parler, à l'aimer ?... Le couple se délite, Madelaine s'isole... Roman d'initiation, du désir de donner et de la nécessité du choix, Le Temps d'une chute est une fresque du XXe siècle filtrée au pochoir de la Mode.
Satire d'une société où le culte du divertissement détruit la liberté et condamne la culture, Le Rire du grand blessé revisite avec brio un thème devenu un classique. L'écriture, tour à tour sèche comme une trique ou gorgée de sève et de feu, est admirablement maîtrisée. Le Monde des Livres PAYS : INCONNU RÉGIME : TOTALITAIRE ENNEMI PUBLIC N°1 : LA LITTÉRATURE NUMÉRO : 1075 / PARTICULARITÉ : ANALPHABÈTE Seuls circulent les livres officiels. Le choix n'existe plus. Le Grand , à la tête du Service National, a mis au point les Manifestations À Haut Risque , lectures publiques qui ont lieu dans les stades afin de rassembler un maximum de consommateurs. Peuvent alors s'y déchaîner les passions des citoyens dociles. Des Agents de sécurité – impérativement analphabètes – sont engagés pour veiller au déroulement du spectacle et maîtriser les débordements qui troublent l'ordre public. 1075, compétiteur exceptionnel, issu de nulle part et incapable de déchiffrer la moindre lettre, est parfait dans ce rôle. Il devint le meilleur numéro ; riche, craint et respecté. Jusqu'au jour où un molosse – monstre loué pour pallier les défaillances des Agents – le mord. À l'hôpital, où on le dorlote pourtant comme un bébé, sa vision bascule. Le Rire du grand blessé est l'histoire féroce, jubilatoire, d'une société qui porte aux nues la Culture du Divertissement.
À la lecture de Méfiez-vous des enfants sages, on pourrait croire que l'auteure est la réincarnation de Carson McCullers, racontant les secrets de l'Amérique profonde. [...] Cécile Coulon a la manie du détail. Elle nous bluffe par la maturité et l'humilité de son écriture. Elle Je n'ai pas rêvé cette nuit-là. Mon chagrin grandissait dans mon sommeil. Je me souviens du réveil, avec l'impression de manque, et mes parents dans l'encadrement de la porte. J'ai pris mon pantalon qui traînait par terre. Dehors, il faisait déjà chaud, mais je ne suis pas allée à l'école. La maison d'Eddy était fermée. Je me suis assise sur les marches en me disant que Kristina ne serait jamais au courant, que Freak ne pourrait pas me dire ce qu'il en pense. J'ai arrêté de croire en Dieu, j'ai arrêté de croire qu'il y avait d'honnêtes gens sur terre, j'ai arrêté de sourire pour rien, et je me suis dit que je devais faire comme lui, que je devais mourir au moment où j'en aurais envie, et dire aux gens d'aller se faire mettre, une bonne fois pour toutes.
L'Insoumis est moins une biographie qu'une lecture de l'œuvre d'un témoin d'exception, dont l'historien journaliste donne à comprendre la vraie force, cette probité morale absolue qui en fait un contemporain si dérangeant encore. Le Monde Ses pages sur la Première Guerre, dans Clavel soldat et Clavel chez les Majors en 1919, sont parmi les plus lucides sur la peur et l'ennui, le dégoût du ''bourrage de crâne'' et des foules qui s'y plient. Dans les années suivantes, Werth sera confronté à la politique, aux tourmentes idéologiques et aux controverses intellectuelles. L'antimilitariste soldat sera aussi anticolonialiste, notamment dans son livre Cochinchine, pourfendant l'arrogance et la cruauté des sociétés civilisées à l'égard de celles qu'elles pillent et maintiennent sous le joug des armées et des colons. Il écrira contre le nazisme et le stalinisme dans les journaux, alertera sur l'inexorable descente collective vers les abîmes et, pendant quatre ans, entre 1940 et 1944, tiendra un journal qui deviendra Déposition, un des plus grands livres sur les années de l'Occupation, celles qui virent tant de renoncements, d'ignominies et de courage. À regarder tous les tableaux des peintres qu'il a connus et sur lesquels il a écrit, à sillonner les campagnes à bicyclette, bref, à lire tous ses livres et articles, on se dit que l'homme reste singulièrement notre contemporain [...], qui se refuse à accepter la modernité à tout prix, fût-elle parée des plus beaux atours culturels. Gilles Heuré
Plus nous avançons dans ce Groom de Vallejo, plus nous découvrons des raisons d'être admiratifs. Le Canard enchaîné Mais que pouvait-il bien faire au musée national d'Art moderne, aux heures de bureau ? se répétait-elle, tout au long de sa marche aveugle. Un homme assidu des expositions, Antoine ? Première nouvelle. Chez eux, Antoine Carmi est déjà là. - Tu rentres seulement ? C'est lui qui a parlé le premier, de dos toujours, sa voix semblait lointaine. Elle a hésité avant de mettre tout un poids d'interrogations dans la plus banale des questions : - Ça va bien ? - Pourquoi ça n'irait pas ? - Tu pourrais avoir besoin de te remettre. - Me remettre de quoi ? La bonne question, la plus simple des questions, Véra Carmi ne parvient pas à l'énoncer. Et cette incapacité emporte la spirale dans laquelle elle tombe, celle de l'histoire d'Antoine, de Mlle Rotheim et d'une série de tableaux de Soutine, où explose la tache rouge lumineuse des Groom. Ce roman a été couronné Prix des Libraires 2004 et Prix Culture et Bibliothèques pour Tous 2004.
Une maille à l'endroit, d'amour et de respect, une maille à l'envers, de terrifiante aversion, les trois personnages vont, au fil des pages, reconstituer le sombre, très sombre destin d'une extraordinaire figure de femme. Les Échos – Votre maman... identifiée... confirmation... Assis, le brigadier : le fils se marre. Va lui dire que tu te marres parce qu'il est minuscule et qu'il te parle d'une femme énorme, ta mère, passée sous un train. Il était bien plus surpris que moi. La R5 de Mme Angeloso a percuté le train qui transportait le dalaï-lama à travers l'Europe. La seule victime est la passagère de la voiture. On apprend la nouvelle en même temps qu'Angelino, le fils de Madame, M. Coquemar, un client de l'hôtel que Madame tenait à Dunkerque des années auparavant, et Danuta, une cousine polonaise de Madame. Et d'évoquer la figure épique et grandiose de cette femme qu'ils ont côtoyée, aimée, détestée... Élucideront-ils le mystère Angelosien ? Ce roman a reçu le Prix France Télévision 2001.
"Avec Ouest, François Vallejo signe peut-être son livre le plus abouti. Le plus terrible en tout cas. Fixant sans espoir de fuite chacun à son rêve, quand bien même son illusion aurait pâli. Un roman qui ébranle sans proposer de consolation, n'est-ce pas là l'une des forces vitales que seule la littérature procure ?" Le Monde Un soir, aux tréfonds des terres normandes, un garde-chasse se découvre un nouveau maître. Le vieux baron de l'Aubépine est mort. Un fils le remplace. Lambert était un serviteur à l'âme trop près de ses bois pour s'entendre avec l'Aubépine le Jeune, pétri de folies politiques, d'obsession des corps et de maladie rentrée. Et pourtant... Ouest, c'est l'histoire d'un huis clos où deux hommes se détruisent dans l'indifférence d'un paysage. La terre détrempée s'englue sur les chaussures, la pluie colle aux yeux, les odeurs de gibier flottent sans fin et les matins sont seigneurs des forêts. Ouest, c'est l'histoire d'une jeune fille à la peau de dentelle, d'ingénues fines et de demi-mondaines égarées. Dans le château des Perrières, le calvados sert l'oubli, et l'inquiétude, insidieuse, enténèbre les chairs. Prix du Livre Inter.
Écrit à ravir, avec simplicité et souplesse, Vacarme dans la salle de bal est un roman complexe et subtil malgré son aspect linéaire. D'une grande vivacité, il se termine par un final étourdissant. La Croix Nous pourrions nous ignorer, comme bien des voisins au monde, mais un petit rien établit un lien entre nous, un lien ténu et flou, intermittent, mais déjà plus lourd et plus douloureux à l'épiderme que des chaînes : dès que nous nous enfermons, lui dans sa taupinière, moi dans mon entresol, et que nous séparent seulement lui son plafond, moi mon parquet, ce petit rien entre nous, c'est son grand boucan. Ça barde tout de suite. Voici que du fond de la crypte sur laquelle je m'apprêtais à bâtir avec Célestine une cathédrale de paix vouée au recueillement voluptueux et à la musique de chambre, s'élève un sabbat de bal musette. Pour éviter de s'en faire un ennemi, le narrateur – médecin désabusé responsable de la santé de tous les marins du globe transitant par le port du Havre – a l'idée saugrenue de quémander le silence auprès de M. Émile afin d'écrire sa pseudo-thèse qui traite... du bal à travers les âges ! Mal lui en prend ! Anodin et loufoque, truffé de quiproquos, le récit aborde très subtilement les rives du conflit entre corps et esprit, entre l'un qui danse et l'autre qui ne fait que penser la danse, celles de la difficile communication entre les humains.
Une odyssée moderne et inattendue au pays de la réminiscence. Plusieurs années auparavant, j'avais suivi mon père sur un long trajet, vers Clermont-Ferrand. Parfois il me laissait tenir le volant sur les quatre voies vides du Sud-Ouest, de longs parcours, la lande entrecoupée seulement de scieries et de garages désolés, au loin. Je conduisais de la main gauche, ma mère ne savait pas que j'étais monté devant. C'était irresponsable de sa part, mais la transgression alliée à l'excitation de la route me donnait l'impression d'être adulte, pour quelques kilomètres. Mon père en profitait pour se rouler de fines cigarettes qu'il tenait entre le pouce, l'index et le majeur. Sa langue passait deux fois sur la mince bande de colle. Il venait d'une génération qui ne s'arrêtait pas toutes les deux heures pour faire des pauses et voyageait souvent de nuit. J'avais un jour vu le comparatif d'un crash-test entre deux voitures, l'une datant des années quatre-vingt-dix et l'autre actuelle. Mon frère et sa vieille Renault n'avaient eu aucune chance.
L'histoire sanglante d'un pays et d'un peuple a laissé, on le comprend, une marque indélébile dans cette conscience douloureuse. Le roman de Hoai Huong Nguyen sait la transformer, avec beaucoup de subtilité, en une réflexion sensible sur une vie à continuer par l'écriture. L'Humanité La veille du nouvel an 1954, l'oncle Chinh avait annoncé à sa femme sa décision de rejoindre l'armée populaire. Elle devait se réjouir d'entrer dans le camp de la Révolution – c'était l'éducation qu'il voulait pour son fils et sa fille : qu'ils se battent pour leur pays. Il était leur père, et rien ne lui interdisait de les emmener avec lui – il n'y avait nulle échappatoire. Le jour de leur départ, dans un mouvement de désespoir, Tuân avait crié en français : –; Vous êtes un monstre, laissez-moi au moins dire au revoir à ma cousine. Son oncle le considéra de son regard glacé et lui répondit en vietnamien : –; Mày là thằng việt gian . (Tu n'es qu'un traître à la patrie. Et il ajouta :) À cause de tes paroles, je la donnerai à un homme qui n'a pas été pourri par l'Occident, même si ce doit être un illettré. Si le choix de la langue des colonisateurs fait de Tuân un traître , il signe également son destin : son amour du français et de la poésie de Gérard de Nerval sera son refuge au cœur des atrocités qu'il va vivre dans un Vietnam exsangue, déchiré par la guerre et la partition. Ce roman est une navigation enchantée entre les verts paradis des amours enfantines et un présent douloureux, qui convoque les parfums les plus subtils de l'Orient et compose une ode bouleversante à la puissance vitale des mots. Prix CCGPF Cheminots du deuxième roman. Prix littéraire de La Renaissance Française 2018.
L'intrigue est, comme toujours chez Vallejo, enlevée et trépidante. L'écrivain manie le suspense aussi bien que la langue. Il fait festin de mots sans être précieux. [...] C'est l'extravagance désinvolte de Vallejo qui fait sa différence. Et le parfum de mystère présent dans tous ses livres qui les rend si attrayants. L'Obs À l'origine d'un roman, il y a toujours pour moi un croisement secret entre quelques détails de ma vie la plus intime, le goût du mythe le plus universel et la traversée du temps historique. Pour Un dangereux plaisir, où l'on mange et cuisine à tout va, l'affaire personnelle touche à l'enfance : j'ai été un de ces enfants pour qui la nourriture a longtemps été problématique ; une tarte aux fraises surgie dans la main d'une inconnue me révèle le plaisir de dévorer : la scène fondatrice se retrouve dans le livre, elle est vraie. Plus tard, une tante m'initie à l'art du fumet de poisson et fait de moi un amateur de préparations culinaires à la fois ordonnées et fantaisistes. François Vallejo En dépit de la nourriture que ses parents lui imposent et qu'il rejette avec constance, Élie Élian s'attarde à l'arrière du restaurant qui s'est ouvert dans son quartier. Les gestes qu'il observe, les effluves dont il se délecte sont une révélation : il sera chef-cuisinier. Son passage dans l'établissement de la veuve Maudor sera déterminant. Elle l'initie à l'amour fou et lui offre d'exercer son incroyable génie culinaire. Puis ses errances dans un Paris en proie aux émeutes le mèneront jusqu'au Trapèze, le restaurant où son destin de magicien des sens, des goûts et des saveurs s'accomplira. Ce roman a reçu le Prix de l'Académie Rabelais 2017.
Plutôt qu'un roman sur la guerre, et sur les guerrières, Des femmes qui dansent sous les bombes est ainsi une allégorie. Celle du refus absolu de toutes les dominations et de tous les abus de pouvoir Le Monde des Livres Savez-vous pourquoi l'on a accepté de nous livrer ainsi à vous, dans ce que nous avons de plus intime. C'est parce que vous avez marché avec nous. Vous avez couru à nos côtés, la caméra embarquée. Vous avez marché aux côtés de nos mères, lorsqu'elles vendaient nos haricots, nos œufs et notre lait. Vous avez partagé la sueur de nos mères. Vous les avez suivies tout le temps. Vous nous suivez partout, que nous nous battions, que nous vendions, que nous produisions. Vous avez constaté une chose : nous marchons. Nous marchons toujours. La marche est notre socle, le fondement de notre petite civilisation de femmes. Nous marchons pour vendre, nous courons pour fuir mais nous marchons encore pour tuer. Dans ce pays d'Afrique, la guerre civile fait rage et nul destin n'est tracé. Celui de Séraphine s'annonce heureux – elle épousera bientôt l'homme qu'elle aime –, mais il bascule lorsque des miliciens saccagent son village. Elle perd alors toute sa famille, et son innocence. Sauvée in extremis grâce à l'intervention d'une faction de l'armée régulière conduite par l'exceptionnelle Blandine, elle se joindra à sa troupe de Lionnes impavides , qui luttent dans l'espoir fou d'un retour à la paix. Il est impossible de lâcher ce roman – d'une pudeur et d'une justesse saisissantes –, hymne à l'héroïsme des êtres qui transforment leurs silences en un cri de courage et de fureur.
François Vallejo mène son récit avec une habileté démoniaque, entretenant un suspens qui va croissant. Cet amoureux du style, qu'il travaille avec la méticulosité d'un cueilleur de plantes médicinales, livre ici un roman magnifique. Télérama Un homme ne peut rester solitaire, il a besoin de tous les autres hommes. Une phrase unique n'a aucun sens, sans le voisinage de toutes les autres phrases. Une histoire ne saurait exister toute seule, elle n'est belle que si elle croise toutes les autres histoires. Fleur et Sang entrelace deux destins, deux époques dans une ronde effrénée. Né sous Louis XIV, Urbain Delatour fait son apprentissage auprès de son père, maître chirurgien-apothicaire, tout en s'interrogeant sur son manque d'ardeur à embrasser la profession familiale, quand il est foudroyé par la vision des seins et des cuisses d'Isabelle de Montchevreüil... Dans la France d'aujourd'hui, Étienne Delatour, l'éminent cardiologue, pétrissant les chairs, tranchant les poitrines, prêt à tout pour sauver ses patients, est, lui, fasciné par Irène Saint-Aubin l'intrigante. Mais la passion le mènera au bord du précipice. Quels liens mystérieux se tissent, par-delà le temps, entre ces deux vies d'exception ? Roman de l'amour, celui qui triomphe de la douleur et de la folie, Fleur et Sang réconcilie la technique sans âme avec les mains de l'homme en proie au doute et à ses désirs
Court, écrit dans un style limpide au service de l'intrigue, Ubiquité emporte, convainc et amuse. L'Express Le 20 juin la météo prévoyait enfin du beau temps, bien qu'assorti de températures assez basses pour la saison. C'est alors que les choses commencèrent vraiment pour Adam Volladier. Subitement, il se découvre un don d'ubiquité sociale : sans raison, une foule de gens reconnaissent en lui qui un dentiste clermontois, qui un oenologue, qui un acteur de série télévisée... Adam résiste - très peu - , puis se laisse glisser dans ces identités, émerveillé par les vies qu'on lui attribue, qui l'enivrent et qu'il endosse comme un costume ou une nouvelle veste. Mais peut-on poursuivre un pareil jeu lorsqu'il s'agit de prendre la place d'un amant ? Que faire lorsque Rita - une femme ravissante travaillant dans une galerie d'art - le prend pour Georges Fondel, l'homme dont elle est amoureuse ? Adam ne réfléchit pas : il sera Georges Fondel. Le choix, bien sûr, n'est pas sans risques. Le vrai Fondel est un escroc. Après avoir volé une toile célèbre au musée d'Orsay, il a disparu sans laisser de traces et ses complices le recherchent..
Roman bien mené, réflexion sensible sur l'art et sur la notion d'époque, Itinéraire d'un poète apache constitue une entrée en littérature à saluer. Le Monde des Livres Né d'une mère indienne – de la tribu Nez-Percés – et d'un père américain richissime héritier. Ainsi se présente Nicholas Stanley. Il dévore E.A. Poe, H.D. Thoreau, Stephen King, les comics. Il dessine, enivre sa solitude de musiques et de films. Rebelle sans cause, il croise Pearl Van Leu, l'artiste vietnamienne de dix ans son aînée, qui l'initie à la révolte, au grunge et au sexe. Leur envol vers la côte Est s'écrase dans les méandres de la drogue. Confronté à la spirale de l'autodestruction, Nick fuit vers le Grand Nord – le froid –, puis vers l'Amérique latine – le chaud –, où la vie, selon lui, s'apparente à celle, rude, digne et fière des Origines. Sur la route, pourtant, les rencontres excitent ses démons. Et commence la lente descente aux enfers. Cet Itinéraire est celui d'un voyant métis du XXIe siècle, réceptacle des secousses culturelles qui ont marqué un Nouveau Monde confronté à la prise de pouvoir des nouvelles technologies, en même temps qu'à la révolte des peuples opprimés. L'innocence et la ferveur qui consument le Poète apache le mènent au point de non-retour. Prix du roman métis des lycéens 2014
Un hymne à la grandeur des sentiments et aux beautés de la nature. L'Express 1954, la guerre d'Indochine touche à sa fin. Dans un hôpital militaire français de Hanoï, Mai, une jeune Annamite qui aide les équipes médicales, croise le regard de Yann, un soldat breton blessé à la poitrine. C'est le coup de foudre. La fougue, la candeur, la jeunesse leur font croire qu'ils pourront vivre librement leur passion. Mais le père de Mai, juge influent, l'a promise à un autre. Elle s'insurge, elle est bannie de la famille... À peine marié, Yann doit rejoindre les bataillons de la cuvette de Diên Biên Phu. Pluie, bombardements, boue, corps-à-corps : c'est l'apocalypse. Après la défaite, Yann n'est que l'un des milliers de prisonniers condamnés aux marches infernales vers les camps d'internement. Mai est prête à tout pour le tirer de l'abîme. Dans une langue précise, poétique, avec grâce et pudeur, Hoai Huong Nguyen peint le Vietnam d'hier et un amour, frêle esquif, qui affronte la violence d'une guerre. L'histoire de Mai et de Yann laisse percer la lumière des humbles héros qui croient à la liberté et à l'absolu malgré les vicissitudes de l'Histoire. L'Ombre douce a été salué par : - Le Prix Marguerite Audoux 2013 - Le Prix Première-RTBF 2013 - Le Prix du Salon du Livre de Genève 2013 - Le Prix Lire Élire - Bibliothèques pour tous Nord Flandre 2013 - Le Prix littéraire Asie de l'Adelf - Le Prix du premier roman de Sablet 2013
Ce roman de François Vallejo est fracassant. Le Canard enchaîné Les trois filles s'étaient regardées en entrant, les mêmes yeux gris, et tues une demi-heure. Des têtes butées : on voulait bien comprendre, quelques mois après le décès accidentel de leur dernier parent. Après tout, qu'elles se butent, si elles se soumettent à la décision du juge et du Conseil de famille. Elles ont échangé un nouveau regard triangulaire... ça part de Sabine, elle attrape l'œil de Marthe sur sa droite... Judith, à sa gauche, le devine, tourne la tête et capte le mouvement de paupières... les aînées attendent le renfort de la dernière, c'est fait, elles se lancent, alors qu'on ne leur demandait rien. La triple voix monte, couvre les autres : Disons-leur, Judith, Marthe, oui, Sabine, puisque personne n'en parle... l'anniversaire, ils n'ont pas dû faire attention à la date... je croyais qu'ils le savaient, c'est aujourd'hui, oui, aujourd'hui, la date, dis-le, Marthe, ça change tout. Monsieur le Juge, qu'attendez-vous pour les faire taire ? Trois sœurs revendiquent leur droit de vivre comme elles l'entendent, et font claquer les portes. Souffle alors le désir d'une vie choisie et non subie, hors des normes. Ce roman a reçu le Prix Marguerite Puhl Demange 2011.
Il s'agit de l'œuvre d'un grand romancier français qui, après Ouest, sait se renouveler avec talent. Le Figaro magazine Le 25 août 1988, s'embrase le plus vieux quartier de Lisbonne. Quatre inconnus refusent d'évacuer les lieux, et se fondent dans les décombres et les cendres. Jusqu'à ce que surgisse un cinquième personnage... Vous agissez tous par amour. C'est drôle. J'ai du mal à vous croire. Je veux bien qu'on entre dans un quartier en feu pour réussir des photos, par amour du métier. Mais qu'on n'en sorte pas ? Tu peux m'expliquer ? Eduardo baisse la tête et, même dans le noir, on s'en aperçoit. Agustina dit qu'on voit bien qu'il n'aime pas l'amour, puisqu'il s'étonne de le trouver chez les autres. Même toi, Francês ? Tu ne dis plus rien ? Tu n'es donc pas là par amour, comme eux ? Tu es là par haine, alors ? Le Français ne veut pas se laisser dominer. Il préfère l'embrouiller : Oui, oui, tu as raison... la haine, c'est exactement ça... c'est la haine qui m'a fait venir à Lisbonne. Aucun touriste ne visite un pays qu'il déteste d'avance... Je ne fais pas du tourisme. Je devais rencontrer quelqu'un.
Capable de renouveler son imaginaire à chaque roman, François Vallejo nous offre, avec Le Voyage des grands hommes, une œuvre brillante et ludique, qui nous rend plus heureux et plus intelligents. Télérama Rousseau, Diderot et Grimm ont-ils fait ensemble le Voyage d'Italie ? Seul Lambert, valet d'exception, pourra vous en convaincre : Ma mère m'a donné la vie sans prévenir sur une grande table d'office, à l'heure du souper, entre potage à l'oseille et entremets, la cuisinière, à ce qu'on m'a dit, coupant ce qui me rattachait à ma mère de son couteau le mieux affilé, comme de la panse de mouton. J'ai manqué être bouilli par une servante habituée à plumer la volaille, n'ayant pas trouvé de meilleure idée que de me tremper dans une eau tout juste sortie du feu pour m'ôter la saloperie visqueuse dont elle me voyait enduit. Lavé d'un jaune d'œuf fraîchement pondu, gratté comme une jeune carotte, rincé, séché, serré dans des langes et couché sur un lit de poireaux, j'ai attendu sans pleurer, à ce qu'on m'a dit longtemps après, dans un panier, la fin d'un grand souper, au milieu des allées et des venues de tous les gens de cuisine, tandis que ma mère recouverte d'un grand drap se désespérait de manquer à son service. Ce livre a reçu le Prix Pierre Mac Orlan 2005, le Prix de l'Académie du Maine et le Prix du Roman du Var.
Dans ce roman audacieux et percutant, Vallejo dresse le constat alarmant d'une société en proie à une crise morale sans précédent, peuplée de citoyens en quête de sens. Le Nouvel Observateur Je ne le reconnais pas, masqué par son sac à dos. C'est lui, le plus attendu, mon demi. Il m'entraîne aussitôt, tout en esquivant ma tentative d'embrassade. Je n'ai pas le droit de te prendre dans mes bras pour te dire ma joie de te voir vivant ? Inutile qu'on nous voie davantage ensemble. Le gérant du camping, c'est déjà beaucoup. Alban pose son sac à dos au pied d'un frêne, regard circulaire, ses bras se posent sur mes épaules, les attirent vers lui, deux baisers sonores sur chaque joue, comme les jours où je réussissais un examen, et il me tient serrée, comme il ne l'a jamais fait. Je m'étais préparée à tout, depuis ce matin, à sa mort, à son indifférence, pas à sa tendresse. Mon cerveau s'efface de moi, vide d'intentions et de questions. Seuls mes bras vivent encore et entourent la taille d'Alban et l'écrasent et l'étouffent. Les doigts de mon demi quittent mes omoplates pour aller desserrer mes mains. Tu me coupes la respiration, grande sœur. Je ne suis pas venu ici pour mourir. Quand elle apprend que son demi-frère s'est converti à l'islam, Alix va tout faire pour montrer à leurs parents, à la DCRI, au monde entier et à son demi lui-même, qu'il s'agit là d'un malentendu à l'échelle de la planète généré par une société qui multiplie les contresens et a sacrifié tous ses repères.
Marc Torres nous livre un premier roman captivant qui tient à la fois du conte, de la fable antique et du livre de sagesse. Ouest-France Il était une fois... L'Horloger, l'Écrivain et le Guerrier, qui laissent derrière eux famille et patrie pour rejoindre la mystérieuse Cité sans aiguilles. Chacun commence alors un périple en solitaire. Pourtant, tous les chemins finissent par se croiser et c'est ensemble qu'ils poursuivront leur quête vers la Cité gouvernée par l'exceptionnel Roi Blanc. Elvira, la reine, et Guillaume, l'ami et précieux conseiller, sont les garants de l'équilibre du souverain, de sa sagesse et de sa bonté. Cependant, une souffrance intolérable a fait du Roi Blanc le Roi Fou, celui qui a renié son œuvre, et met en danger le bonheur et la paix de ses sujets en voulant à toute force inverser le temps... Ce défi lancé aux dieux l'aidera-t-il à surmonter sa douleur ? Quels arcanes devront franchir nos personnages pour rendre à ses sujets la joie et l'allégresse que la folie du Roi leur a confisquées ? La Cité sans aiguilles est un voyage au pays des mythes et des légendes, une réflexion subtile sur l'art, la transmission, le pouvoir, l'amour fou, et les liens ténus qui tissent la vie des hommes.
Le résultat est saisissant : Strindberg est ressuscité dans toute la complexité qui était la sienne [...] Tout strindbergien (déjà fervent ou futur) se doit de posséder ce livre. Bulletin critique du livre français C'est une tentative pour offrir une vision globale de l'œuvre protéiforme du grand Suédois. En France, comme dans nombre de pays, la fascination qu'exerce son théâtre en a occulté des pans entiers. Ces Visages sont ici reflétés par l'ensemble de ses écrits – romans, articles, essais littéraires et scientifiques, pamphlets, pièces de théâtre, correspondances, etc. – qui jouent le rôle du miroir. Elena Balzamo confronte les données biographiques et les thèmes essentiels, matriciels qui ensemencent l'œuvre entière, pour analyser la pensée, les réactions, les comportements de son auteur, puis dessiner une vision du monde, son originalité et son étrange cohérence. Se révèle ainsi la vraie voix non mutilée de Strindberg, restituée dans sa tonalité et son ampleur. Un parcours initiatique en Strindbergie , en quelque sorte, proposé à qui désire comprendre un auteur dont il a vu certaines pièces – Mademoiselle Julie, Père, Mariés, La Sonate des Spectres –, lu certains romans – La Chambre rouge ou Le Fils de la servante –, mais pour qui Strindberg demeure un monument mystérieux et inquiétant. August Strindberg, Visages et Destin paraît à l'occasion du 150e anniversaire de l'écrivain, né à Stockholm le 22 janvier 1849.