FeniXX réédition numérique (Université de la Réunion, Faculté des lettres et des sciences humaines)
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On ne parle pas ici des représentations du sujet, mais on tente de saisir son inscription dans le tissu signifiant des mots, son immersion dans le langage, là où, à son insu, il acquiert cohérence et contradiction (contradiction dans une cohérence du texte) dans un rapport à la langue au monde. Cohérence aussi, dans le processus de sa perte parfois, ou dans l'effort d'écrivains vers son incandescence et sa promotion systématisée, d'une langue et surtout d'une relation entre l'auteur, son lecteur, et l'écriture qui les constitue. Cohérence aussi, dans le fantasme cette fois-ci d'un discours identitaire de surface qui se drape dans ses oripeaux, là où le texte littéraire situe l'enjeu en d'autres espaces. Le « K » m'isole de force, si l'on en croit à la fois les détracteurs du créole et ses défenseurs illuminés, idéologues unis dans le même combat sans le savoir, mais il peut devenir, pour certains, le signe exacerbé d'une identité vide de la langue qui masque l'absence des paroles vives et des créations réelles en prise avec son historicité. A contrario, le travail des écrivains, essentiellement postule et démontre une « homogénéité du dire et du vivre », une « motivation » de la langue et de ses « signes » à lire dans les lettres et les sons, dans le complexe réseau des mots, dans la dialectique de la narration, dans le rythme même de la phrase et du vers, et, pourquoi pas, de la langue ! Comme l'écrivait déjà Héraclite. Le maître, dont l'oracle est à Delphes, ne dit ni ne cèle, mais « signifie ».
À l'approche du bicentenaire de Paul et Virginie, Bernardin de Saint-Pierre est encore à bien des égards un écrivain délaissé. Ce recueil, le seul qui lui ait été consacré jusqu'ici et le plus important travail d'ensemble publié sur Paul et Virginie depuis fort longtemps, voudrait mettre en évidence la remarquable richesse d'un livre à la fois célèbre et méconnu que l'on réduit trop souvent à des clichés abusivement simplificateurs. Les treize contributions réunies dans les Études sur Paul et Virginie, dues à divers spécialistes de l'oeuvre de Bernardin de Saint-Pierre et de la littérature du XVIIIe siècle ainsi qu'à une équipe de jeunes chercheurs mauriciens, se proposent de renouveler la lecture du roman en le situant dans son substrat géographique et historique -l'espace mauricien et les sociétés de l'Océan Indien au XVIIIe siècle-, en examinant ses résonnances mythiques, en analysant sa structure et ses thèmes, en retraçant aussi les divers échos et prolongements du « mythe de Paul et Virginie » dans la littérature, les arts et la conscience collective.