FeniXX réédition numérique (Double interligne)
« Mlle Lecomte [...] qui était ma propriétaire et celle de tout l'immeuble, avait été assassinée il y a plusieurs jours. Personne ne s'en était rendu compte parce que c'était les vacances scolaires et que ses petits élèves ne venaient plus. Qui a occis la proprio ? Les concierges trotskistes ? Un des héritiers ? Un locataire mécontent ? Ou bien Mme de Rouville, dite la comtesse de Pimbesche, qui pétitionne nuit et jour ? Armelle est sur la piste... »
Il en est des femmes comme des grands vins : une fois admirées la robe et la jambe, le meilleur reste à découvrir. Deux fantômes venus du nord, une pomme de terre ventriloque, une riche héritière devenue l'enjeu d'un pari olfactif, une alcoolique inconsolable et bien d'autres personnages constituent une véritable galerie de portraits. Toutes les nouvelles de cet ouvrage ont pour fil rouge l'amour du vin et des femmes, et trouvent leur point d'orgue dans une initiation sentimentale égrenée tout au long des mois, au coeur de la péninsule médocaine.
« Le Chinois conduit la voiture vite et bien, mais la circulation est devenue plus importante, les autocars stoppent à tous les arrêts pour embarquer des gens qui vont travailler à Nice et il est parfois obligé de ralentir. À Biot, le feu rouge n'en finit plus et Juana énervée tapote sur le rebord de son siège. - Que va-t-on faire de cette chose ? interroge le Chinois pour distraire Juana et interrompre ce pianotement qui l'agace. - Tu le sais bien. On ne peut pas le laisser partir comme ça. Il ira chialer au premier commissariat qu'il rencontrera sur son chemin. Ça n'a pas de nerfs, ces gens-là. Elle plissa les yeux et son regard se fit plus dur. Et je ne veux pas de flics dans cette affaire. Ces types, ça ne regarde que nous. Je les veux, moi et personne d'autre ! - Et l'argent aussi, complète le Chinois. - Et l'argent aussi, bien sûr. Tu ne crois pas qu'on va laisser passer ça ! Le culot qu'ils ont eu... - Ou alors, c'est un gang très puissant ! - Non ! Riposte-t-elle violemment. Quel gang ? Tu sais bien que le Patron fait la loi dans cette branche-là. Personne s'amuserait à lui jouer un tour pareil. Sauf des petits minables qui ne se rendent pas compte où ils ont mis les pieds ! Sous son hâle, deux plaques rouges apparaissent sur ses pommettes hautes, qui confèrent à son visage un air de déesse hindoue. »
Quand Sophie découvre que Cindy, son amie lesbienne, entretenait aussi des relations avec des hommes riches et mariés, son monde vacille. Un roman audacieux sur les ambiguïtés du désir, la liberté et les secrets inavouables.
En 1969, venant de lire La Surprise de vivre, Marguerite Yourcenar écrivait à l'auteur : « Vous m'aviez annoncé surtout une chronique du Montpellier d'autrefois. Comment deviner que le gros manuscrit [...] contenait tant de journées d'été, de nuits tièdes au bord d'une rivière, de siestes brûlantes. Je ne m'attendais pas [...] à une si fiévreuse idylle... L'amour des deux femmes est décrit sans un mot de trop ni de trop peu. » Cette « fiévreuse idylle », en effet, insérée dans la vie d'une famille huguenote conventionnelle, se développe avec une exquise lenteur si bien que la chute de la belle Éva dans les bras de Hilda Steenes nous soulage d'une tension extrême mais parfaitement délicieuse. Comme Yourcenar, nous pouvons chercher derrière les traits de l'institutrice Miss Steenes ceux de Natalie Barney. Pourquoi pas ? Galzy ne fréquenta-t-elle pas aussi le célèbre salon ? Reste que ce roman est celui d'un choix. Prise entre son devoir de femme protestante, riche héritière terrienne et son désir flamboyant pour cette femme qui peu à peu s'installe dans sa vie, Éva va lentement choisir la rébellion face à un destin tout tracé. La Surprise de vivre est un grand roman à l'ancienne écrit par une vieille dame indigne qui nous invite à vivre, tout simplement.
Troisième volume de la tétralogie La surprise de la vie, ce récit se déroule entre Paris et la Camargue et relate la vie d'Amédée au début du XIXe siècle, issue d'une famille protestante, passionnée par l'élevage des chevaux et aimant les femmes. « Copyright Electre »
« Il n'est que... 18 heures... Jeanne a passé la journée dans sa voiture. Elle a remis le contact un nombre de fois qu'elle renonce à compter. Ingurgité une quantité de café à faire fonctionner une locomotive brésilienne. Mastiqué à s'en déglinguer les mâchoires un sandwich en caoutchouc et un steak en cuir... Elle s'est plongée jusqu'au refus (comme on dit d'une terre gorgée d'eau) dans la nostalgie sentimentale et la rigolade lubrique. Tant de souvenirs se sont bousculés dans les circonvolutions de ce qui emplit sa caboche qu'elle pourrait, si elle savait, en faire un roman... » L'espace d'une journée, nous partageons les rêveries de Jeanne tout au long d'un périple en banlieue parisienne (la Nonantie) qui nous entraîne avec elle dans les couches géologiques de sa propre histoire qui lui reviennent en mémoire par bouffées à mesure que les mégots emplissent le cendrier de sa voiture. Ces évocations tantôt drôles et coquines, tantôt mélancoliques et amères, nous décrivent par petites touches son passé, tout proche ou lointain, heureux ou malheureux, qui se mêle à ses humeurs du présent.
« Alors, Marie, tu ne nous as pas dit où tu travaillais ? » Voilà, la question tant redoutée vient d'être posée. Je cherche désespérément le soutien de Laura qui fait semblant d'attendre impatiemment la réponse. Elle ne m'aidera pas sur ce coup-là. Je ne pourrai pas le cacher longtemps, autant que je balance tout maintenant. « Dans le Marais. - Ah ! C'est bien. Ce n'est pas trop la zone dans ce coin-là ? » demande Fred. La zone ! Le Marais ? ? ? Il me fait quoi, le mec du 9-3 ? « Tu parles, c'est plein de pédés », lance Karim qui écoutait la conversation tout en servant un café à une de ses clientes. Je le dis ? Je ne le dis pas ? Allez, je le dis. « C'est un bar de filles. - De gouines ? » Je hoche la tête, pas la force de sortir un mot. Il y a un petit moment d'hésitation, puis réaction. Karim laisse tomber la tasse qu'il était en train de tendre à une vieille dame et manque de l'ébouillanter. Fred lâche Laura, se lève comme un ressort et se met à hurler. « Je t'avais dit que ce n'était pas pour toi ! - Je sais, mais j'avais besoin de boulot, ça s'est présenté comme ça. - Je ne vois pas le problème, dit Laura qui enfin se décide à me donner un coup de main. - Ah, tu ne vois pas le problème ? Un bar de gouines, ça ne te dit rien ? - Ben... Non. Qu'est-ce que ça peut foutre ? »
L'humour, la fantaisie, l'imagination et la sensibilité sont au rendez-vous de ces nouvelles d'Anne Auboneuil, nouvelles variées qui tantôt s'inscrivent dans un contexte historique, tantôt tiennent compte des faits divers de notre époque, tantôt s'envolent dans le pur imaginaire.