Pour une histoire du Xxème siècle
" Le maintien de l'ordre public, indispensable à la vie de la nation, doit être assuré par des mains françaises, des bras français, des têtes françaises ", déclarait en janvier 1942, devant la police parisienne réunie pour prêter serment de fidélité au maréchal Pétain, le ministre de l'Intérieur Pucheu. Mais revendiquer ainsi une pleine souveraineté _ grâce à laquelle Vichy entendait construire, sur les ruines de la République, la France autoritaire, corporatiste et xénophobe de la Révolution nationale _ était illusoire, dans un pays occupé aux trois cinquièmes et dont tous les actes étaient contrôlés étroitement par les Allemands. A partir d'une analyse minutieuse des rouages de l'Etat français, Marc Olivier Baruch démontre à quel point la revendication de servir face à l'ennemi dont se firent gloire les hauts fonctionnaires de Vichy revint trop souvent à servir l'ennemi. Pour n'avoir pas su, ou pas voulu, dépasser l'obligation d'obéissance formelle et réfléchir à la portée de ses actes, la plus grande part de la fonction publique française se trouva engagée, parfois à son corps défendant, dans la collaboration avec l'occupant nazi _ jusque dans ses aspects les plus sombres, quand vint le temps de la répression et des rafles. Quelques rares fonctionnaires cependant sauvèrent l'honneur en s'engageant dans une action résistante, parfois au prix de leur vie; on ne saurait pour autant voir dans la masse, pour l'essentiel attentiste et au mieux résistante de la onzième heure, des serviteurs fidèles de Vichy autre chose qu'une bureaucratie d'abord soucieuse de préserver sa place dans l'Etat. Ancien élève de l'Ecole polytechnique et de l'Ecole nationale d'administration, Marc Olivier Baruch est administrateur civil au ministère de la Culture. Docteur en histoire, il est actuellement chercheur au CNRS (Institut d'histoire du temps présent).
S'il fallait d'un mot résumer ce qui anima tout au long de sa vie l'action du général de Gaulle, c'est évidemment " l'indépendance nationale "; c'est elle qui le révéla aux Français et aux autres nations de 1940 à 1946, c'est elle aussi qui le guida durant les onze années où il fut de nouveau en charge des destinées de la France. Le présent ouvrage constitue la première étude globale sur la politique étrangère de 1958 à 1969 et porte sur tous ses aspects: aussi bien sur les conceptions géopolitiques du Général que sur ses méthodes et sur les hommes qui mirent sa politique en oeuvre; sur les questions européennes comme sur l'affrontement Est/Ouest, sur les affaires nucléaires comme sur les relations avec le tiers-monde. Maurice Vaïsse s'appuie sur le dépouillement d'archives inédites _ françaises et étrangères _, sur des centaines d'ouvrages et des dizaines d'interviews d'acteurs et de témoins. En historien, il restitue toute sa vigueur à une politique servie par une volonté inflexible et dont les Français comme les pays étrangers ne purent à l'époque _ et pour cause _ saisir la profonde cohérence. Maurice Vaïsse, historien des relations internationales et des questions de défense, professeur à l'université de Reims, directeur du Centre d'études d'histoire de la défense (CEHD) et président du conseil scientifique de la fondation Charles-de-Gaulle, a publié entre autres ouvrages Diplomatie et Outil militaire, 1871-1991 (1992, en collaboration), Les Relations internationales depuis 1945 (5e édition, 1996), etc.
"IIgnoré de l'historiographie et absent des analyses sociologiques, l'engagement d'avocats et de magistrats dans la Résistance se révèle pourtant un sujet passionnant pour qui veut comprendre à la fois les années sombres et le rôle politique de la justice dans l'histoire contemporaine de la France. Au-delà de l'exemple souvent évoqué du juge Didier, qui refusa de prêter serment au Maréchal, des dizaines d'avocats et de magistrats choisirent d'entrer dans l'illégalité alors que leur profession les associait à l'application de la loi. Avocats organisateurs de filières vers l'Angleterre, juges d'instruction détruisant certains de leurs propres dossiers, substituts du procureur contribuant à l'évasion de leurs détenus, juristes praticiens associés à leurs collègues du monde académique dans la rédaction de textes démontrant l'illégalité de Vichy: ce sont quelques-uns des aspects de cette résistance qui sont ici reconstitués à l'aide d'archives jusque-là délaissées. Réinscrivant la période de l'Occupation dans une socio-histoire des milieux judiciaires allant de l'entre-deux-guerres à la fin des années 1940, ce livre éclaire d'un jour nouveau les relations entre droit et politique. L'étude de la résistance d'avocats et de magistrats révèle les potentialités d'action de ces professionnels, dont la force subversive apparut à travers ceux qui choisirent la dissidence au sein d'une institution judiciaire dotée d'un rôle central dans la répression mise en oeuvre par Vichy. Elle propose aussi une interprétation nouvelle de l'engagement résistant, grâce aux outils de la sociologie de l'action collective. Soumis aux mêmes contraintes que leurs compagnons d'armes d'autres secteurs (clandestinité, recrutement, risque, secret, communications difficiles...), magistrats et avocats durent néanmoins trouver les ressources nécessaires à l'invention d'une action clandestine spécifique, fondée en particulier sur le droit et ses institutions. L'exemple de la résistance judiciaire démontre également que la portée politique du droit ne doit pas être négligée dans l'histoire du combat entre Vichy et la Résistance, qui peut être relu comme un affrontement entre des définitions et des mises en oeuvres rivales de la légalité et de la légitimité politique. Liora Israël, ancienne élève de l'École normale supérieure de Cachan agrégée de sciences économiques et sociales, est maître de conférences à l'École des hautes études en sciences sociales (Paris).
Auteur Professeur à l'université de Paris-Sorbonne, président de la Société de géographie, Jean-Robert Pitte est un maître reconnu de la géographie humaine en France. Il a toujours travaillé sur l'histoire de l'action humaine sur le milieu. Livre On n'a pas oublié Le Cadran solaire, les mémoires de Philippe Lamour, best-seller des années 1970. Mais la biographie manquait de cet homme d'exception qui a joué un rôle considérable dans l'aménagement du territoire français. Qu'on en juge : la maîtrise de l'hydraulogie dans le Sud-Est, l'assainissement des côtes marécageuses du Languedoc, la « colonisation » de la Camargue, l'organisation des appellations contrôlées, c'est lui... Avocat avant la guerre, ami d'artistes comme Le Corbusier, agriculteur durant l'Occupation, commissaire de la République adjoint à la Libération, patron de l'aménagement du territoire dans le Midi, interlocuteur de De Gaulle et Khrouchtchev, il a joué un rôle de premier plan. Les « aménageurs » d'aujourd'hui lui doivent tous quelque chose.
René Bousquet (1909-1993) est la figure la plus représentative de la collaboration de la haute fonction publique. Secrétaire général à la police d'avril 1942 à décembre 1943, mais acquitté en 1948, il fit ensuite une belle carrière dans la presse et dans les affaires, s'imisçant dans l'intimité d'une partie du personnel politique, et en premier lieu de François Mitterrand. Depuis son assassinat par un déséquilibré, son nom « ressort » périodiquement (le plus récemment à propos de La Dépêche de Toulouse). À sa parution chez Stock en 1994, cette biographie fut unanimement saluée pour la qualité de l'enquête et l'aisance du récit. Non disponible depuis plusieurs années, la voici revue et augmentée. Elle est l'ouvrage de référence sur René Bousquet, un personnage qui n'a pas fini d'intriguer les historiens, voire de susciter des vocations romanesques...
Dans les années 30, Paul Reynaud fut l'un des rares hommes politiques à dénoncer les faiblesses et les impasses de la France, en particulier dans le domaine militaire, et c'est beaucoup trop tard (le 21 mars 1940) qu'il fut appelé au pouvoir. Vichy ne pouvait dès lors que vouer aux gémonies l'avant-dernier président du Conseil de la IIIe République, qui s'était farouchement opposé à tout armistice: arrêté dès le 6 septembre 1940, il fut interné en France avant d'être livré à l'occupant en novembre 1942 et de passer encore deux ans et demi en captivité sur le sol même du Reich. Totalement inédits à ce jour, les carnets qu'il rédige durant cette période noire et auxquels il livre ses méditations sur les événements récents, sur les informations _ partielles et partiales _ qui lui parviennent, sur ses entretiens avec ses compagnons de détention (Mandel, Jouhaux, Daladier, Michel Clemenceau, Weygand, etc.), sur sa vision de l'avenir constituent un document précieux entre tous sur la guerre, sur Vichy et aussi bien sûr sur Reynaud lui-même. Celui-ci s'y montre, en dépit de conditions de vie très dures, un démocrate indéfectible et un patriote inflexible, un homme d'Etat et un humaniste authentique.
Il est entré dans la vie publique à dix-sept ans comme journaliste aux côtés de Clemenceau, en pleine affaire Dreyfus. Il fut un des ministres les plus redoutés de la IIIe République. Emprisonné sur ordre de Vichy, déporté à Buchenwald puis ramené en France et livré à la Milice, il a été assassiné dans la forêt de Fontainebleau à la veille de la libération de Paris. La vie de Georges Mandel (1885-1944) a croisé les grands événements et les heures sombres de notre siècle. Avec son élégance invariable, son humour glacial, ses reparties cinglantes, il a marqué la vie parlementaire de l'entre-deux-guerres et laissé un souvenir impérissable dans le Médoc où ses campagnes homériques sont demeurées légendaires. Cible désignée des antisémites, il leur opposa un mépris hautain sans jamais trahir sa blessure. Homme politique, il plaida vainement pour un renouveau du régime parlementaire. Ministre, il entreprit des réformes audacieuses, fut le précurseur de la télévision publique, puis l'organisateur d'une grande armée coloniale qui, bientôt, devait porter les couleurs de la France libre. Mais c'est sa lucidité sur les faiblesses de la politique extérieure française depuis 1920 qui donne une dimension prophétique à ses exhortations souvent taxées de bellicisme. Premier résistant à l'armistice de 1940, il en sera la première victime. Dès le 17 juin, le gouvernement de Pétain le fait arrêter, avant de l'abandonner, en 1942, aux autorités allemandes qui le remettront plus tard à ses assassins. De ce destin solitaire, pour la première fois une biographie exhaustive restitue les espérances et les incertitudes, les grandes heures et les moments tragiques, les tourments et la mémoire. Bertrand Favreau, avocat, ancien bâtonnier du barreau de Bordeaux, est l'auteur de Georges Mandel, un clémenciste en Gironde (1969).
Affligé d'une réputation suspecte _ en particulier à cause de sa passivité à la conférence de Munich où les démocraties abandonnèrent la Tchécoslovaquie _, Edouard Daladier, président du Conseil de la IIIe République à plusieurs reprises, ministre de la Guerre au cours des années cruciales qui ont précédé la Seconde Guerre mondiale, demeure pour beaucoup de nos contemporains un simple nom dans les ouvrages d'histoire. Ce qui est un peu court pour juger un homme et son action. La carrière de ce boursier de la République, fils d'un boulanger de Carpentras, agrégé d'histoire, profondément républicain et dirigeant éminent du Parti radical, a pourtant connu de multiples moments forts: le Cartel des gauches en 1924, le 6 février 1934, la constitution du Rassemblement de Front populaire, Munich, bien sûr, en septembre 1938, la déclaration de guerre, l'expédition de Norvège, l'inique procès de Riom intenté par Vichy pour le charger, avec quelques autres, de tous les péchés supposés avoir causé la défaite. Peut-être Daladier a-t-il été parfois écrasé par l'ampleur de ses tâches et de ses responsabilités gouvernementales, peut-être a-t-il mal supporté le caractère nécessairement solitaire de l'exercice du pouvoir dans des circonstances dramatiques, mais on ne peut dénier à cette figure complexe, énigmatique, secrète de grandes qualités intellectuelles et morales, une lucidité et une énergie manifestes. Son attitude de 1938 à 1940, en tant que président du Conseil et que responsable du réarmement, où ces qualités firent merveille en dépit d'oppositions jusque dans son propre gouvernement, le montre bien. Quand il dut abandonner le pouvoir (en mars 1940), il pouvait à juste titre considérer qu'il avait provoqué un sursaut spectaculaire dans la diplomatie, dans la préparation économique à la guerre, dans le réarmement et même dans les esprits. C'est aller un peu vite en besogne que de le rendre responsable de la défaite. S'appuyant sur un considérable travail d'archives en France et à l'étranger, et sur de très nombreux témoignages, Elisabeth du Réau éclaire voire modifie l'idée que l'on se fait du rôle de Daladier. Sans laisser ses faiblesses ou ses carences dans l'ombre, elle fait justice d'une légende noire que les faits et gestes de son personnage ne confirment pas. Elisabeth du Réau, spécialiste de l'étude des relations internationales, est professeur d'histoire contemporaine à l'université du Maine et enseigne également à l'Institut d'études politiques de Paris.
3 septembre 1944: à la libération de Lyon, le chef milicien Paul Touvier disparaît. 24 mai 1989: il est arrêté dans un prieuré intégriste à Nice. Entre ces deux dates, une longue cavale, ponctuée de deux condamnations à mort, d'une arrestation et d'une évasion, d'années partagées entre la réclusion volontaire et l'errance, de démarches sans nombre conduites avec l'aide d'une constellation de prélats, de prêtres, de religieux, le tout débouchant sur une grâce présidentielle, bientôt suivie d'un scandale public et d'une inculpation pour crimes contre l'humanité. C'est pour faire la lumière sur ce soutien apporté par des milieux d'Eglise multiples que le cardinal Decourtray a chargé une commission d'historiens présidée par René Rémond de procéder à une investigation approfondie, afin de comprendre comment et pourquoi Paul Touvier a bénéficié d'autant de concours ecclésiastiques durant si longtemps. Faut-il invoquer la charité chrétienne? Le droit d'asile? Les connivences idéologiques vichyssoises? Le manque de discernement de tant de pasteurs? C'est à ces questions que tente de répondre le rapport remis au cardinal Decourtray par les membres de la commission et que l'archevêque de Lyon a choisi de rendre public au moyen de ce livre. Les auteurs René REMOND, président de la Fondation nationale des sciences politiques - Jean-Pierre AZEMA, professeur à l'Institut d'études politiques de Paris - François BEDARIDA, directeur de recherche au CNRS - Gérard CHOLVY, professeur à l'université Paul-Valéry, Montpellier - Bernard COMTE, maître de conférences à l'Institut d'études politiques de Lyon - Jean DUJARDIN, supérieur général de l'Oratoire - Jean-Dominique DURAND, professeur à l'université de Lyon-III - Yves-Marie HILAIRE, professeur à l'université de Lille-III