Les romans de la terre
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Et si Tristan était venu au Bourg (sous la Roche-sur-Yon) un soir de fête du vin nouveau... Si, après une rixe meurtrière au bal, il avait rencontré la blonde Iseut à la ferme où on l'a conduit pour soigner sa blessure... Si le chemin de la légende passait vraiment par l'Épinaie et Malidor, et la Maronnière, nos villages vendéens, endormis au bord des étangs... Car l'amour, à chaque fois qu'il lève, a ce goût profond d'éternité, et rien - ni les poursuites des jaloux, ni les paumes glacées de la mort - ne pourra retenir, telle une eau vive que l'on voudrait saisir, l'astre qui continue de briller par-dessus les têtes et les toits, et les flèches des clochers... (Raymonde). Un homme est en route pour Château-Fromage, un prêtre apportant les derniers sacrements à une femme qui se meurt... Elle va se tourner vers lui, agripper son poignet, et dérouler devant lui la trame de sa vie : les rêves de l'enfance, hachés par les évidences de l'âge adulte, et la pourriture qui, peu à peu, envahit le coeur... Et elle va, au cours de cette nuit, à la lumière jaune de la lampe, revivre sa quête, angoissante et stérile, de la vraie lumière, comme dans la nuit, ces phalènes, se cognant contre la vitre de la maison éclairée...
Le sujet « Saga » ou le récit démultiplié, entraîné par le mouvement hélicoïdal - la vis sans fin - de la mémoire, sur trois espaces : le Soissonnais et la Thiérache ; le plateau beauceron de l'Eure, entre Tillières-sur-Avre et Damville ; la vallée de la Touques, entre Lisieux et Pont-l'Évêque. Là, haltes plus que havres d'André Druelle, au long tournant du début du siècle, gravitaient les personnages - des hommes, des animaux, des paysages, des végétaux - vers Dieu, à moins que ce ne fût autour du mystère de toute présence. Réalités de la terre, vérité des âmes, tout se prolonge dans tout, s'appelant, se répondant, se relayant : il n'y faut rien chercher, il y faut tout partager. En images poétiques, dans des dialogues réalistes, les « séquences » de la vie étale de « Saga » s'épousent les unes les autres ; choeur lyrique, innombrable et unique. Rassemblée au cours des deux dernières décennies, cette moisson de toute une existence est la Saga d'un « Crusoé botté des boues nordiques », une « geste » médiévale de nos temps modernes, de notre pays, avec les guerres qui foulent et arrachent, et ce lent piétinement des êtres qui ne sont que saisons humaines. Comme née de « Matière et mémoire », cette oeuvre fut à la vie du poète-penseur un accompagnement pendulaire. C'est dire qu'elle est fille de la durée : qu'elle a recouvrée, qui la crée, qu'elle rayonne. Comment aborder ce livre, comment aller à lui ? Le plus simplement du monde : comme on va aux hommes, sur la terre et par la terre. Pour cela, importe moins l'ordre des chapitres, qu'une certaine attention, fervente, aux mots comme aux traits des visages. Prenez garde toutefois au chapitre 11, de la deuxième partie : il vous introduit, « horzain » (lisez : « étranger »), au coeur du livre.