Le rayon
Mon amour, je disais, je voudrais que tu deviennes plus gras, que ton ventre grossisse encore, et encore... Il coupait. C'est ça, c'est ça, tu voudrais pas que je devienne moche, et con aussi, pendant qu'on y est ? Il n'y était pas du tout, vous voyez.
Quand on sort du train après un long voyage à travers les dernières campagnes, on arrive là où on aurait déjà dû se trouver au départ, où on voudrait rester toujours, où on voulait arriver. On voudrait en repartir, le train nous manque maintenant. On reste un peu sur le quai. Comment ça s'appelle ici, où suis-je, où sommes-nous. où habitez-vous, avais-je demandé au chef de gare, mais aucune réponse, point de hochement de tête ni invitation à venir dormir chez lui.
Je vais avoir trente-quatre ans. Je n'aurai jamais d'enfants. de maison avec un jardin, une cave remplie de boîtes de jus de fruits. C'est inscrit en moi. Tout foire suite à une malédiction héréditaire. On ne peut rien contre ces trucs-là. Picoler pour ne pas se faire bouffer, pour ne pas montrer qu'on est un minable. Se payer des salopes de bar, afin de se donner l'illusion de valoir quelque chose. Je dis salopes de bar, je pense anges dépourvus d'ailes.
Ensemble de sept textes minimalistes, cruels, incisifs. « Copyright Electre »
Longtemps. je me suis posé des questions sur mon goût pour les piques à l'égard des gays. Haine de soi ? Qui aime bien châtie bien ? Snobisme ? Vengeance ? En fait, le besoin de reconnaissance sociale exprimé par la soi-disant « communauté gay » m'angoisse tout autant que ses codes, et son adhésion, pour ne pas dire sa fascination, envers le consumérisme le plus clinquant. Mon expérience dans la communauté a été bien plus oppressante que celles vécues ailleurs. Peut-être est-ce dû au fait que je cherchais à tout prix à me trouver enfin un port d'attache, de peur panique, de partir à la dérive, pour de bon. Mais, pour arrimer ma barque tant bien que mal, j'ai dû faire tellement de concessions... That joke isn't funny anymore. Ce livre, s'il n'intéresse personne, aura au moins eu pour moi un effet bénéfique : je ne tiens plus à vivre dans l'ennui, médiocre, ad lib. Je vais apprendre à dire : « NON ». Moche, vide, folle paumée et morte. Mais seul, et débarrassé de toutes ces « I will surviveries ». Enfin seul. Un déviant.
Tu ne toucheras pas le sexe de ma femme. Pas tout de suite en tout cas. Tu resteras habillé, en débardeur et jogging. -Je n'aime pas masser habillé, c'est une question de contact direct. -J'y tiens. -Bon, c'est d'accord. Tu voudras que je te masse aussi Patrick, après avoir massé ta femme ? -Ah ! Non-non ! Moi tu ne me toucheras pas. je ne suis pas homo, je te regarde uniquement t'occuper de ma femme. -Alors assois-toi sur la chaise, mets-toi en face de nous, pour bien nous voir. C'est le premier couple que je reçois depuis que je suis masseur. Depuis que j'ai commencé à me prostituer pour devenir écrivain, je n'ai reçu que des hommes. Mariés pour la plupart. Des hétéros en goguette, en quête de virilité, le trou à combler. Il faut que je vous raconte.
Cher Michel. Tu as dû être étonné, en relevant ton courrier, de découvrir une lettre de moi. Quel lâche tu fais, tu ne m'as même pas envoyé un exemplaire de « C'est pas fini ! » Depuis que je te connais, tu as toujours évité de prendre tes responsabilités quand s'annonçait un conflit. J'ai vraiment eu envie de vomir en lisant tes mièvreries et tes saloperies. Je me demande qui pourrait s'intéresser à tes histoires de pédé de province ! Des comme toi, il y en a des mille et des cents ! S'ils se mettent tous à raconter leur vie, où va finir la littérature ?
Il marchande. Il veut se persuader que ce n'est qu'un passage, un phénomène post-adolescent, une simple excitation sexuelle. Il ne peut s'agir que de cela. Il n'y a rien eu entre Matthieu et moi, rien, absolument rien. Une simple main déposée sur son ventre. Oui, une simple main posée au creux de son ventre, l'espace de quelques heures curieuses et chaudes. C'était là que le bât blessait car ces moments possédaient un goût qui prenait racine dans les tréfonds de lui-même. Un souvenir qui remontait à la nuit des temps. Il aurait voulu boire ce garçon à l'infini.
Il y a un livre qui est sorti cette semaine qui s'appelle « Journal d'un crétin ». Con pour moi je me suis dit. Déjà pris. Et puis crétin, il manque la dimension purement féminine que je suis censée assumer. Journal d'une conne ça ferait trop Brigitte Fontaine. Journal d'une salope ça ferait over-promissing. Journal d'une tarée trop barrée psycho. Journal d'une stupide trop unisexe. Journal d'une branchée trop mon père. Journal d'une idiote trop Je t'aime d'Aznavour. Journal d'une nulle trop moins que zéro. D'une naze trop connotée fatigue. D'une crétine trop teenager. D'une amoureuse trop la meuf à Sollers. D'une... « Journal d'une fille ». C'est cool, dans la tête de plein de lecteurs à couilles, ça devrait suffire. Mardi 14.03.00
80-90. Une date. Pour laquelle je me serais dit C'EST ÇA. Oui C'EST ÇA au moment où ça se fait. C'EST ÇA je le vois à la télé, je le verrais à la télé, ou je le ferais, même je serais dedans, en avant, en marche, en avant et, C'EST ÇA, c'est exactement là qu'il faut être, ou devant sa télé, et en pleurant j'aurais compris, j'appartenais, oui j'appartiens à quelque chose dont je serais l'élément central, et collectif.
ALORS ! C'est l'histoire d'un faux travesti qui revient de sa campagne natale, qui a des convictions politiques et qui. sous prétexte de revoir des lieux aimés, se retrouve en train de boire un verre de sauternes dans un espace grandiose entre deux cercles de boue qui se font face... Outch !