Domaines de la psychiatrie
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Au carrefour de plusieurs civilisations, enclave sur le continent de l'immense domaine celte, la Bretagne se trouve en profonde relation, dans son vécu historique et quotidien, avec une mythologie fondatrice de comportements, de conduites spécifiques, de hiérarchies secrètes et intimes : on pense à l'alcoolisme, dont la forme particulièrement vivace et « instituée » en pays breton renvoie à nombres de mythes celtes que l'auteur explore ici. Mais il y a la sorcellerie, le matriarcat et jusqu'à l'identité même du Breton, dans son individualité, qui ressortissent d'une analyse plus respectueuse des origines mêmes de tout un peuple. Ce qui justifiait amplement que l'ethnopsychiatrie soit conviée, de façon exemplaire, à recenser la spécificité de l'inconscient breton pour mieux en faire émerger la dimension universelle, profondément sensible et attachante.
Guérir en psychanalyse... Une série de recettes ? Faire ceci ; éviter cela ? Bien sûr, la psychanalyse est une technique : éthymologiquement un art. Art de l'interprétation, travail sur les résistances... Ce n'est pas, toutefois, à travers l'évocation courte des gestes « réducteurs » du traitement que la question est ici posée. Elle l'est sur le fond, dans sa vérité qu'il faut bien dire tragique. Car les moyens et les fins de la psychanalyse ne sont pas hédonistes : rencontre du négatif dans l'inconscient, possession-dépossédante du transfert, ambiguïté du soupçon et du devenir dans une cure qui a affaire au Logos et à l'Ananke dans l'au-delà du principe du plaisir, voilà qui ne saurait étayer le désir d'un « lâche soulagement » du symptôme ! Connaître/Guérir sont alors au coeur d'un paradoxe, si ce n'est d'une contradiction, qu'il faut, cependant, ex-hausser... La psychanalyse, donc, n'est pas une partie de plaisir ! Qu'est-ce à dire si, à suivre l'auteur, il faut encore récuser la vulgate, dans ses versions mythique ou « signifiante », et si la science du passé psycho-sexuel ne peut en rien se projeter en science de l'avenir, mais doit se heurter à l'asymétrie du destin du sujet et de l'aléatoire de l'inter-humain ? Travail, labeur du traitement sont réfléchis dans cet ouvrage dans le déploiement de leurs implications et selon les scansions de « l'être-autrement » et de « l'autrement-être ». Il y a ici volonté délibérée de mise en perspective métapsychologique de phénomènes donnés dans une expérience inouïe que les psychanalystes, curateurs après Freud, doivent « supporter »... Que l'auteur choisisse, à l'occasion, le style du rhapsode pour nous communiquer quelque chose de ces abîmes de l'exercice psychanalytique ne saurait donc surprendre : paraphrase prosaïque, faux semblants des rationalisations dogmatiques ne sauraient être de mise. Il s'agit de promouvoir une méditation déconstructive de toute « onto-phénoménologie » de l'inconscient. Avec la libre associativité de l'Esprit, nous découvrons alors la véritable essence et l'intimité d'un freudisme au vif de sa pratique.
Hystérie, schizophrénie, paranoïa sont considérées dans cet ouvrage comme trois « stations » psychiatriques exemplaires pour une recherche psychanalytique ouverte. Si, pour participer d'une pratique questionneuse, laborieuse (voire risquée), la démarche est essentiellement clinique, structurelle et interprétative, elle n'en débouche pas moins à mettre inexorablement en perspective les catégories du simulacre, de l'être, de la relation, du savoir et de la vérité, au coeur de la réalité psychique. Ainsi l'ouvrage déborde-t-il le cadre ponctuel des rapports de la psychanalyse et de la psychiatrie vers des considérations anthropologiques qui peuvent intéresser non seulement les praticiens, mais tous ceux qui s'interrogent sur les ressorts de l'Humain.