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Tempêtes passionnelles, mort des êtres chers, mort qu'il faudra soi-même affronter un jour : que valent ces douleurs ? que révèlent ces fulgurations ? Est-ce du « vrai feu » ? Est-ce « le chien Néant » qui hurle ? Faut-il dire : « Je suis tremblant de vide » ? ou bien : « Dieu aime à travers moi » ? Éternelles interrogations de qui s'arrête pour écouter le coeur du monde, et qui hantent ce troisième recueil où Jean-Marie Le Huche écoute à son tour, attend, espère...
Ils sont tous là. Valaque, la veuve et les siens : Gaëtan, Asphalte, Iossip dit Sosso, Galina, Rag, Elda, et l'étrangère : Irène. Rassemblés autour du cercueil-building de Pancrate, le chef, le phare, le guide génial, le membre unique. Ils veulent l'embaumer. Le mettre dans la glace. Garder sa mémoire. Hélas ! tout s'effondre. Amicale de Schmokes, banquet des intégrés, orgasmisation suprême, tout éclate de l'intérieur. Héritiers et prétendants se déchirent, s'étripent, s'arrachent les lambeaux de la succession. Les serments d'union tournent vociférations. Seule Valaque, superbe et froide, plane au-dessous de la mêlée et récite ses psaumes sur la chaleur de l'amour et la joie d'être étroitement réunis : aimez-vous les uns sans les autres.
Vivre, c'est prendre un billet « pour l'abattoir ». Naître est un « acte pourri à la racine » parce que tout est truqué en nous, au départ, par « la décision des gènes » et parce qu'il s'agit d'un voyage vers la mort. Sur ces prémisses, avec une identité qui grelotte, nous connaîtrons la parodie, l'erreur, la solitude, la douleur ; nous subirons la « trahison » de Dieu qui nous étrangle sans se presser, en bourreau professionnel. Tout est inutile, et d'ailleurs inexistant. Le réel, refermé sur soi sans rémission, nous « précède » et nous « suit » de ses défenses. Le poète, non sans masochisme, se met lui-même « à la broche ». Il visite des bas-fonds psychologiques, moraux, affectifs qu'il filme en images hallucinatoires. Ce côté « souterrain » de la poésie d'Henri Rode a été salué par les poètes du Nouveau Réalisme dès la publication de « Mortsexe », en 1980. Il n'y a pas ici d'automatisme mais le décryptage d'un délire intérieur pénétré de logique et de vérité assumée. On y sent l'insomnie, les traques dans la ville inquiétante, parmi « les chairs éclatées qui quémandent ». À ce niveau de débâcle interviennent la révolte, l'orgueil funèbre, la volonté de « mordre à l'interdit, à fond ». Le poète, malgré « l'inutile (qui) mange ses mains », fait toujours confiance à l'oeil, « espion » jamais détraqué, qui scrute l'inconscient autant que le monde extérieur sans accepter le moindre refoulement. Reste la chair. « Le régal des langues », « tout dans le sexe » - il faut en profiter même s'il finit lui-même par devenir « le pieu de ténèbres ». Reste le coeur : et même dans « un cachot sans mesure », même devant « un avenir sans réponse », brillera l'image incorruptible de la mère en allée.
Jean Breton a écrit des recueils de poèmes, Chair et soleil, suivi de L'Été des corps, Vacarme au secret, L'Équilibre en flammes, Serment-tison, qui ont obtenu le prix Apollinaire, un prix de la société des Gens de Lettres et le Grand Prix du Mont Saint-Michel ; des essais, poésie pour vivre, chroniques sur le vif ; un journal, un bruit de fête ; une anthologie en deux volumes, poésie contemporaine de langue française, éditée en 1992 au club France Loisirs. Il tient la rubrique poésie dans la revue Les Hommes sans épaules.
L'amour tel qu'il se pratique, le désir de la femme vue comme une averse rousse. De grandes images disent l'Eros, aussi l'amitié et l'éloge de l'Ardèche, du Gard, du Vaucluse. « Copyright Electre »
Philosophe, linguiste, essayiste, romancier, l'auteur est aussi un poète qui n'a de cesse de nous livrer sa scène intérieure. En suivant le goût d'une grâce très humaine, l'auteur musicalise l'angoisse et l'orchestre selon le voeu d'une secrète plénitude. « Copyright Electre »