Bibliotheque des Savoirs
Qu'on l'admette ou qu'on le dénie, chacun sent bien qu'à présent l'avenir de la vie terrestre se trouve mis en jeu dans une urgence inouïe. Et chacun sait que, depuis la séquence historique qui s'est engagée en 2007 et qui paraît avoir déclenché ce qu'on appellerait en physique nucléaire une réaction en chaîne, chaque pas compte et semble se surcharger systémiquement de conséquences très difficilement réversibles - sinon absolument irréversibles. Cette crise est sans précédent d'abord en cela. Si krisis signifie bien et d'abord décision, elle est critique comme jamais : elle révèle que le destin humain - qui est un destin inéluctablement technique et technologique - est pharmacologique au sens où, en grec, le pharmakon est à la fois le remède et le poison. Le pharmakon est à la fois ce qui permet de prendre soin et ce dont il faut prendre soin - au sens où il faut y faire attention : c'est une puissance curative dans la mesure et la démesure où c'est une puissance destructrice. Tel est aussi le feu dans la mythologie grecque. Devenu technologie industrielle, le pharmakon est de nos jours hégémoniquement contrôlé par l'économie, c'est-à-dire par le marketing, et c'est une calamité. Cet état de fait, qui a installé une économie de l'incurie génératrice d'une bêtise systémique, signifie que la question du soin - que l'on appelle aussi le care - est une affaire d'économie politique, et non seulement d'éthique.
Depuis plusieurs années, les «nouveaux réalismes» sont au coeur d'un vif débat philosophique. Ce livre y prend part en faisant la critique de l'une de leurs principales variétés, le «matérialisme spéculatif» de Quentin Meillassoux (auteur, en 2006, de Après la finitude). Il s'oppose à cette doctrine sur trois points. Loin d'être un «étrange savoir» de philosophes ignorant les sciences, l'idée que les connaissances sont relatives au langage, à l'action et à la situation - voire à ce que l'on vit à présent - est la clé pour comprendre les théories physiques. Loin de valoir «indépendamment des chercheurs», les faits «ancestraux» dont aucun être humain n'a pu être le témoin (comme le Big Bang) n'acquièrent leur sens que relativement à la recherche actuelle de leurs traces. Loin d'être pensable, l'absolu demeure dans l'angle mort du savoir rationnel. L'absolu n'a d'ailleurs pas besoin d'être pensé pour être envisagé ; il se manifeste comme un saisissement silencieux, comme le choc de percevoir à l'instant la souveraine contingence de ce qu'il y a. En voulant réfuter le constat kantien de la finitude humaine, le matérialisme spéculatif débouche ainsi, contre son gré, sur une finitude plus extrême encore : celle de l'expérience présente singulière. Par sa critique épistémologique, Michel Bitbol rétablit la réflexion philosophique contemporaine sur des bases sûres. Il montre que nulle spéculation, métaphysique ou post-métaphysique, ne peut prétendre à la connaissance. Et il confie l'absolu à l'ouverture contemplative.
Depuis plusieurs années, les «nouveaux réalismes» sont au coeur d'un vif débat philosophique. Ce livre y prend part en faisant la critique de l'une de leurs principales variétés, le «matérialisme spéculatif» de Quentin Meillassoux (auteur, en 2006, de Après la finitude). Il s'oppose à cette doctrine sur trois points. Loin d'être un «étrange savoir» de philosophes ignorant les sciences, l'idée que les connaissances sont relatives au langage, à l'action et à la situation - voire à ce que l'on vit à présent - est la clé pour comprendre les théories physiques. Loin de valoir «indépendamment des chercheurs», les faits «ancestraux» dont aucun être humain n'a pu être le témoin (comme le Big Bang) n'acquièrent leur sens que relativement à la recherche actuelle de leurs traces. Loin d'être pensable, l'absolu demeure dans l'angle mort du savoir rationnel. L'absolu n'a d'ailleurs pas besoin d'être pensé pour être envisagé ; il se manifeste comme un saisissement silencieux, comme le choc de percevoir à l'instant la souveraine contingence de ce qu'il y a. En voulant réfuter le constat kantien de la finitude humaine, le matérialisme spéculatif débouche ainsi, contre son gré, sur une finitude plus extrême encore : celle de l'expérience présente singulière. Par sa critique épistémologique, Michel Bitbol rétablit la réflexion philosophique contemporaine sur des bases sûres. Il montre que nulle spéculation, métaphysique ou post-métaphysique, ne peut prétendre à la connaissance. Et il confie l'absolu à l'ouverture contemplative.
Dans le monde musulman comme en Occident, les féministes dites «laïques» et «musulmanes» s'allient pour trouver des réponses aux problèmes liés au changement du statut des femmes : elles réclament une égalité entre les genres et s'engagent dans la vie politique, religieuse et culturelle pour faire évoluer les mentalités à partir d'un paradigme islamique. Malika Hamidi raconte ici les fondements théoriques et historiques de ce mouvement et sa mise en oeuvre actuelle, en s'appuyant tant sur des textes fondateurs que sur des exemples tirés de l'actualité. Son message est clair : la femme musulmane peut et doit s'engager dans le combat féministe. Malika Hamidi est sociologue, diplômée de l'EHESS.
Lorsqu'une société souffre d'une façon qu'elle ne parvient ni à expliquer ni à soigner, elle se met à persécuter un bouc émissaire - et c'est d'abord en ce sens que nous parlons d'une « pharmacologie du Front national ». Mais s'il est vrai que les 37 % de Français qui déclaraient partager les idées du Front national quatre jours avant l'élection de François Hollande souffrent d'une maladie qui frappe l'époque tout entière - souffrance qui les pousse à chercher des exutoires à cette maladie qui n'est pas seulement la leur, exutoires qu'ils trouvent dans ceux qu'ils désignent comme boucs émissaires - , la pharmacologie du Front national est aussi ce qui consiste à analyser les raisons pour lesquelles la plupart du temps, ceux qui prétendent combattre cette maladie et ses effets, et ses effets en particulier sur les électeurs ou les sympathisants du Front national, désignent ces derniers eux-mêmes comme des boucs émissaires, se dédouanant ainsi de lutter contre la bêtise, contre la leur en propre et contre ses causes, et désignant en général dans ces boucs émissaires-là à la fois les représentants typiques et les causes de la bêtise de l'époque. Faire en sorte que celui qui souffre et qui est malade soit accusé d'être la cause de sa maladie, et de contaminer les autres telle une brebis galeuse : tel est le mécanisme de désignation du bouc émissaire que les électeurs et sympathisants du Front national partagent avec ceux qui les traitent à leur tour comme des boucs émissaires. Et telle est leur commune bêtise. Cet essai est suivi du Vocabulaire d'Ars Industrialis, écrit par Victor Petit. Adaptation Studio Flammarion. Graphisme : Atelier Michel Bouvet
Lorsqu'une société souffre d'une façon qu'elle ne parvient ni à expliquer ni à soigner, elle se met à persécuter un bouc émissaire - et c'est d'abord en ce sens que nous parlons d'une « pharmacologie du Front national ». Mais s'il est vrai que les 37 % de Français qui déclaraient partager les idées du Front national quatre jours avant l'élection de François Hollande souffrent d'une maladie qui frappe l'époque tout entière - souffrance qui les pousse à chercher des exutoires à cette maladie qui n'est pas seulement la leur, exutoires qu'ils trouvent dans ceux qu'ils désignent comme boucs émissaires - , la pharmacologie du Front national est aussi ce qui consiste à analyser les raisons pour lesquelles la plupart du temps, ceux qui prétendent combattre cette maladie et ses effets, et ses effets en particulier sur les électeurs ou les sympathisants du Front national, désignent ces derniers eux-mêmes comme des boucs émissaires, se dédouanant ainsi de lutter contre la bêtise, contre la leur en propre et contre ses causes, et désignant en général dans ces boucs émissaires-là à la fois les représentants typiques et les causes de la bêtise de l'époque. Faire en sorte que celui qui souffre et qui est malade soit accusé d'être la cause de sa maladie, et de contaminer les autres telle une brebis galeuse : tel est le mécanisme de désignation du bouc émissaire que les électeurs et sympathisants du Front national partagent avec ceux qui les traitent à leur tour comme des boucs émissaires. Et telle est leur commune bêtise. Cet essai est suivi du Vocabulaire d'Ars Industrialis, écrit par Victor Petit. Adaptation Studio Flammarion. Graphisme : Atelier Michel Bouvet
Le terme post-croissance désigne l'entrée dans une ère que nous ne parvenons pas encore à nommer, si ce n'est par référence à celle que nous quittons. Les symptômes qui signent la fin d'une époque sont clairs et sans appel : la poursuite de la croissance économique ne constitue plus un projet de société crédible. Toutefois, y renoncer pose aux économistes (théoriciens et praticiens) des défis majeurs qui exigent de reprendre à leur racine, sous un éclairage transdisciplinaire, les questions dont ils traitent couramment. Ensemble, les neuf chercheurs réunis dans cet ouvrage s'interrogent : quels sont les problèmes majeurs qui surgissent à l'esprit dès lors que l'on abandonne un objectif de croissance continue ? Par où passe la transition vers un autre horizon ? Quels sont les courants de pensée et les modes de gouvernance susceptibles d'articuler un projet cohérent ? Chacun des auteurs apporte un regard spécifique, une pièce au puzzle qu'il s'agirait à l'avenir d'assembler. Dans cet ouvrage, Isabelle Cassiers (UCL), Kevin Maréchal (ULB) et Dominique Méda (Paris-Dauphine) ont rassemblé autour d'eux des chercheurs issus de diverses institutions et disciplines?: Thomas Bauwens, Olivier De Schutter, Stephan Kampelmann, Sybille Mertens, Bernard Perret et Géraldine Thiry.
La Russie, pour beaucoup de Français, c'est Poutine. Mais il ne faudrait pas que l'arbre, aussi médiatisé soit-il, nous cache la forêt. Et la forêt qu'il nous reste à découvrir, c'est la diversité foisonnante de la société russe contemporaine. La Révolution de 1917, les épreuves de la guerre, le passage à l'économie de marché et à une société ouverte ont fait émerger un pays fortement contrasté, dans lequel s'entremêlent et se confrontent courants et tendances. Mais un pays aussi qui répugne à revivre les terribles affrontements qui ont marqué son histoire... «J'ai scruté en explorateur attentif, écrit Robert Giraud, les situations, les réactions, les comportements et j'ai essayé, dans ce livre, de les restituer au plus près de la vie, du quotidien, voire de l'anecdotique. Je porte peu de jugements, je pense que les faits parlent suffisamment par eux-mêmes.» Passionnant. Robert Giraud est traducteur-interprète de russe. Il a passé dix ans en Russie et a notamment publié un Guide de Moscou et sa région, dans la série « Vacances secrètes » aux éditions Arthaud, et un livre destiné à la jeunesse, Aujourd'hui en Russie, aux éditions Gallimard.
Le fort développement économique et urbain de la Chine durant ces trente dernières années peut être assimilé à un « carrefour sociétal » où la figure du jeune migrant devient centrale. Dans cette Grande Transformation, l'intensification des migrations internes, et des migrations internationales, la « féerie » des villes globales, ont bousculé les processus de socialisation familiale, scolaire, urbaine et professionnelle des jeunes migrants chinois, et franco-chinois, qualifiés. Ces jeunes ont intériorisé l'idée d'incarner des « héros » de la nouvelle société chinoise et globale, fascinés par le culte de la réussite et de l'excellence. Pris dans une diversité de situations de double-bind qui ne cessent de leur imposer des bifurcations biographiques, ils développent des carrières migratoires nationales et cosmopolites. La production de compétences mobilitaires apparaît ici comme un mode de résistance économique et sociale en Chine comme en Europe. Un essai érudit, signé par de grands connaisseurs de la Chine contemporaine. Laurence Roulleau-Berger est sociologue, directrice de recherche au CNRS, Triangle, ENS Lyon. Elle a publié de nombreux articles et ouvrages sur les théories sociologiques, la question urbaine, le travail et les migrations en Chine et en Europe dont, chez le même éditeur, Désoccidentaliser la sociologie. L'Europe au miroir de la Chine. Yan Jun est assistant professeur à l'université de Shanghai, département de sociologie et de science politique.
«Après Napoléon, néant», disent les Mémoires d'outre-tombe. Mais est-ce vrai? Ce livre retrace l'histoire d'un imaginaire politique, celui du grand homme né de l'époque romantique, formé par une génération de poètes, de philosophes et d'historiens qui se voulurent désespérés de ne plus vivre de grandes choses. De leur vaste travail de péjoration des temps modernes et d'idéalisation des hautes heures de l'histoire naît une nouvelle idée du grand homme: incarnation de l'Esprit du monde (Hegel), visionnaire des profondeurs divines de la nature (Carlyle), «poète en action» (Chateaubriand), capable par la seule force de son génie de subjuguer les foules, d'élever la politique hors de toute médiocrité. Le Bon, Barrès, Bergson et bien d'autres sont les héritiers de cet imaginaire, dont l'influence se fait sentir jusque chez Freud, Durkheim et Weber. On le devine: des idéaux aussi grisants pouvaient difficilement rester sans conséquences politiques Aujourd'hui encore, plus de quarante ans après la mort du général de Gaulle, ils hantent les esprits. Jean-Baptiste Decherf est psychanalyste, docteur en science politique et enseignant à Sciences Po Paris.