ALTERNATIVE SUD
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Qui a encore à l'esprit les « Objectifs de développement durable » (ODD) ? Adopté par les Nations unies en 2015, cet « appel mondial à éradiquer la pauvreté, protéger la nature et faire en sorte que tous les êtres humains vivent dans la paix et la prospérité dès 2030 » n'aura jamais été la boussole qu'il rêvait d'être. Trop d'intérêts particuliers persistent à primer sur l'intérêt général, les stratégies d'accumulation privative évinçant la défense du bien commun. Cela étant, deux niveaux d'appréciation critique des ODD continuent à prévaloir, voire à s'opposer. Un premier, conjoncturel, en surface, prend la forme de bilans réguliers qui, en dépit de certaines avancées, étalonnent les retards et les reculs. Et les expliquent : financements insuffisants, volonté politique manquante, méthodes inadaptées... On est dans le regret, dans la dénonciation d'un déficit d'ambition pour un agenda dont, tout de même, les visées universelles, inclusives et transformatrices devraient mobiliser tous azimuts. Le second niveau de critique est plus fondamental. Du fait des mécanismes et des partenaires convoqués, des cibles et des indicateurs prescrits, les ODD apparaissent encore et toujours comme une ixième voie d'intégration subordonnée au capitalisme mondialisé, à destination surtout des économies du Sud les « moins avancées ». Agenda dépolitisé, inoffensif à l'égard des rapports de dépendance et des causes structurelles des inégalités, fonctionnel pour les acteurs dominants du modèle actuel... Le tout, en vue d'un « développement durable » devenu plus que jamais inconcevable.
TTIP, CETA, NAFTA, TPP, RCEP... Autant de sigles qui soulèvent une opposition grandissante, y compris depuis peu en Europe. Ce rejet vise ce que l'Union européenne met en place, depuis des années, dans le Sud. Au vu des limites et de l'impasse des négociations au sein de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), les accords de libre-échange se sont, en effet, multipliés. Ils permettent de faire progresser le libéralisme en contournant les oppositions, en divisant les blocs régionaux et en accentuant les rapports de force inégalitaires. Cette multiplication s'est doublée d'une reconfiguration: sont ainsi apparus les méga-accords, qui couvrent une surface géographique plus étendue et un champ qui va bien au-delà de celui de l'économie. Ces accords soulèvent nombre de questionnements. Les tribunaux privés d'arbitrage constituent ainsi la partie la plus évidemment contestable d'un montage politico-économique. Ils sont les lieux et les instruments d'une néolibéralisation du monde. C'est à la fois le processus même de ces accords - négociés dans le secret, sous la forte pression combinée d'États et de lobbies privés -, leurs impacts - l'accès aux ressources naturelles, aux services sociaux de base, aux médicaments et aux semences - et leur logique - la subordination de l'espace public et de la souveraineté politique -, qui sont contestés. Certains acteurs sociaux - les paysans, les indigènes, les femmes et les travailleurs en général -, frappés de plein fouet, sont aussi celles et ceux qui portent la résistance et l'espoir d'une alternative.