Tierno Monénembo
Tierno Monénembo
Ce numéro est consacré à l'oeuvre de Tierno Monénembo, l'un des grands écrivains francophones, figure de proue de la deuxième génération des romanciers africains apparue dans les années 1980, celle de Sony Labou Tansi, de Boubacar Boris Diop, de Williams Sassine, promouvant une écriture très novatrice par rapport à celle de leurs prédécesseurs. Il pose un regard neuf sur l'oeuvre romanesque de cet auteur, en centrant ses analyses sur le spectre de l'histoire africaine ancienne et contemporaine dans le contexte de la globalisation des cultures, des idées et des pratiques, et en montrant comment cette oeuvre transculturelle se caractérise par la polyphonie des voix narratives, l'intertextualité, les relations entre différents genres littéraires et les autres formes d'art (cinéma, musique, peinture). Dans ce corpus varié et complexe, la réflexion sur les rapports entre littérature et mémoire s'adosse à la déconstruction des discours dominants et des idées reçues, des grands récits historiques et des slogans politiques ou religieux. Ce dossier met aussi en lumière le fait que, tout en s'appuyant sur l'histoire, l'écriture de Monénembo pose la question des formes choisies pour se distancier de l'archive, de façon que celle-ci ne prenne pas le pas sur le roman, oeuvre de création, ni sur l'imaginaire littéraire. Il interroge enfin la relation complexe du passé et du présent afin de sonder le sens de l'histoire pour les lecteurs contemporains des romans de cet écrivain majeur.
Une gamine qui s’enfuit de chez ses parents par le balcon, avant de trouver refuge au milieu des rats, dans une carrière abandonnée. Une autre fille, presque du même âge, qui lui porte secours. Deux adolescentes aux idées courtes et au moral d’acier, possédées d’une fureur de vivre à la mesure de l’enfer qu’elles ont dû traverser. La nuit où elle a sauté par la fenêtre, Véronique Bangoura venait de tuer son père avec son arme de service. On n’est pas raisonnable quand on a quinze ans. Cependant, un mystérieux individu en saharienne indigo la pourchasse de boîte de nuit en boui-boui, et la fugitive éprouve la sensation que tout le monde connaît son secret, qu’elle devra le payer un jour. Révélation après révélation, c’est tout un pan méconnu de l’histoire contemporaine de la Guinée qui se dévoile dans cette chevauchée hallucinée, conduite de main de maître par Tierno Monénembo. Né en Guinée en 1947, Tierno Monénembo a connu un vif succès avec Le Terroriste noir (2012). Il a reçu le prix Renaudot pour Le Roi de Kahel (2008). Son œuvre, qui comprend une dizaine d’ouvrages, est une des plus importantes de la littérature africaine d’aujourd’hui.
Algérie, années 80. Une jeune femme court éperdument à travers la rocaille, son bébé dans les bras. Seule, sans protection, ses chances de survie sont minces, quand la population mâle à l'unisson se déchaîne contre « la pécheresse ». Il n'y a pas longtemps, elle vivait paisiblement avec Papa Hassan et Maman Asma. Tout cela est si loin. Chassée du village et de la tribu, Zoubida aura beau déployer une énergie surhumaine pour défendre sa vie et celle de son enfant, elle finira par tomber entre les griffes du terrible Mounir, en un lieu hors du temps qui paraît être tout à la fois prison, harem et lupanar. La violence, ici, est plus archaïque que politique, car elle jaillit des entrailles de la société. Et n'en est que plus inquiétante. Mais, avec l'énergie d'un romancier amoureux de la vie et de tous ses plaisirs, Tierno Monénembo nous offre le plus beau portrait qui soit : celui d'une jeune Algérienne dont l'intelligence et le courage, face à l'obscurantisme, rayonnent comme un soleil. Né en Guinée en 1947, Tierno Monénembo a connu un vif succès avec Le Terroriste noir (2012). Il a reçu le prix Renaudot pour Le Roi de Kahel (2008). Son oeuvre, comprenant une dizaine d'ouvrages, est l'une des plus importantes de la littérature africaine d'aujourd'hui.
Au début des années 1880, Aimé Victor Olivier, que les Peuls appelleront Yémé et qui deviendra le vicomte de Sanderval, fonde le projet de conquérir à titre personnel le Fouta Djalon et d'y faire passer une ligne de chemin de fer. On a presque tout oublié de lui aujourd'hui : il fut pourtant un précurseur de la colonisation de l'Afrique de l'Ouest, ses aventures faisaient le régal des gazettes de l'époque. Au cours de ses cinq voyages successifs, Sanderval parvient à gagner la confiance de l'almâmi, le chef suprême de ce royaume théocratique qu'était le pays peul, qui lui donne le plateau de Kahel et l'autorise à battre monnaie à son effigie. De ce personnage haut en couleurs, Tierno Monénembo nous offre une foisonnante biographie romancée. L'épopée solitaire d'un homme, Olivier de Sanderval, qui voulut se tailler un royaume au nez et à la barbe de l'administration française... et des Anglais. Tierno Monénembo, né en Guinée, a choisi l'exil dès 1969. Il a publié de nombreux romans au Seuil, depuis Les Crapauds-brousse qui l'a révélé en 1979, jusqu'à L'Aîné des orphelins (2000) et, plus récemment, Peuls (2004).
Ignacio Rodríguez Aponte, un Noir de La Havane, gagne sa vie en allant cueillir à l'aéroport les gringos pleins aux as et les Européens romantiques. Un jour, Ignacio récupère à sa descente d'avion un certain El Palenque, venu rôder sur les traces de sa propre histoire qu'il ignore. Natif de Guinée, ses racines maternelles sont ici. Tout a commencé un matin lointain des années cinquante, quand les " barbus " de Fidel Castro pourchassés par les troupes de Batista trouvent refuge sur le domaine agricole du grand-père Alfonso. Une amitié bourrue naît entre les deux hommes et le grand-père obtient, de la main de Castro, une lettre signée lui garantissant dans le futur paradis communiste la propriété privée de son domaine... C'est cette lettre qui vaudra tous les ennuis du monde à la jeune et belle Juliana, et aussi sa passion amoureuse pour un saxophoniste guinéen, beau garçon aux manières de brute. Tierno Monénembo nous entraîne dans une aventure foisonnante où le malheur se noie dans les rythmes de la salsa, les ondulations des corps et le rhum à flots. Un hymne aux origines africaines de Cuba. Né en Guinée en 1947, Tierno Monénembo a connu un vif succès avec Le Terroriste noir (2012). Il avait auparavant reçu le prix Renaudot pour Le Roi de Kahel (2008). Son œuvre, comprenant une dizaine d'ouvrages, est une des plus importantes de la littérature africaine d'aujourd'hui.
Fils d'un ministre déchu, un jeune Africain s'enfuit de chez lui, une ébauche de pays momentanément appelé Gui...en attendant confirmation. Le hasard le mène devant la consigne n°319 d'une drôle de gare, dans une grande cité de la douce France. Comme bon nombre de métropoles européennes, Loug est une capitale africaine. Mais avec ces deux fleuves, sa presqu'île de Perrache à la dérive, n'est-elle pas le microcosme par excellence, ce monde en réduction d'où l'Afrique serait exclue, d'où l'Afrique s'exclurait d'elle-même, réduite à ses rêves d'authenticité, de progrès, d'affrontement et de réconciliation ? Étudiant en physiologie, livreur d'appareils ménagers, militant d'on se sait trop quelle cause exotique, notre jeune intellectuel se voit chargé d'alphabétiser les travailleurs immigrés. Ironie du savoir, Oncle Momo, Galant-Métro, Seyni Mboup et Cie n'ont pas besoin de ses leçons. Revers pédagogique, c'est le militant scolaire qui se retrouve à rude école. Et nous voici conviés à une grande farce qui n'oublie pas le souvenir de Rabelais ni celui de Guignol : la farce de la politique, de l'amour, des destins croisés, de la littérature...
Tout commence en lisière de la forêt des Vosges, un jour de 1940, quand un père et son fils partis cueillir des champignons tombent par hasard sur un " pauvre nègre " endormi au pied des arbres. Conduit au village, ce jeune Guinéen adopté en France à l'âge de 13 ans, à la fois austère et charmeur, y fera sensation. Il saura enflammer les cœurs, s'attirer des protections. Mais ce n'est qu'un début : en 1942, il entre en contact avec la Résistance et crée un des premiers maquis de la région. Lancés sur ses traces, les Allemands l'appelleront " le terroriste noir ". Qui a trahi Addi Bâ ? Une de ses nombreuses amantes ? Un collabo professionnel ? Ou tout simplement la rivalité opposant deux familles aux haines séculaires ? À travers cette figure fascinante, c'est tout un pan méconnu de notre histoire qui défile : ceux que l'on appelait les tirailleurs sénégalais. C'est aussi la vie quotidienne de la population des Vosges, évoquée par Tierno Monénembo avec une verve irrésistible... comme s'il s'agissait d'un village africain. Né en Guinée en 1947, Tierno Monénembo a reçu le prix Renaudot pour son dernier roman, Le Roi de Kahel (2008). Son œuvre, comprenant une dizaine d'ouvrages principalement ancrés dans l'histoire du pays peul, est une des plus importantes de la littérature africaine d'aujourd'hui. Tierno Monénembo a remporté le prix Erckmann-Chatrian qui récompense une oeuvre concernant La Lorraine.
Au Rwanda, Faustin Nsenghimana, né d'un père hutu et d'une mère tutsi, est l'aîné de quatre enfants. Son père, Théoneste, considéré comme l'idiot du village, lui a appris à voir clair : c'est-à-dire, à s'accommoder de tout. Il a treize ans lorsque des hommes entourent les collines de Nyamata et exhortent les gens à aiguiser les machettes et les couteaux. Ses parents sont massacrés, il prend la fuite, mène une vie errante et misérable pendant des mois. Et lorsqu'enfin il retrouve ses frères et sueurs, sa vie est de nouveau bouleversée... Usant de la fiction romanesque pour évoquer le génocide rwandais, Tierno Monénembo place ce personnage de jeune garçon, fuyard, orphelin, pensionnaire et prisonnier, au c'ur d'une tragédie qui secoua tout le continent africain.
"Sa-saye, vagabond! Comment, diable, es-tu monté de l'état de chien errant à celui de bâtisseur d'empires? Tes premières traces, tu les as laissées dans le Tékrour. Cet État rivalisa avec le Ghana, jusqu'à son occupation par le Mali au XIIIe siècle. Ton peuple de bohémiens connut alors le supplice du bâton et du fer. La délivrance ne viendra qu'au XVIe siècle. Un sauveur émergea de ta nuit. Son nom: Koly Tenguéla. En 1512, il se débarrassa du joug malien et se tailla un immense État. Ce redoutable empire des Dényankôbé, c'est le centre de ta mémoire, le pivot de ton remuant passé. Il durera jusqu'en 1776. Mais au moment où ce récit commence, tes pouilleux d'ancêtres vivaient à la merci des chefs sédentaires, sous l'effet de leurs propres chicanes. Les chicanes, vous ne connaissez que ça, bande de mauvais coucheurs! Vous vivez de chicanes et d'errances. C'était déjà ainsi, bien avant votre séjour dans le Hoggar, bien avant votre traversée du Fezzan, bien avant votre départ du pays mythique de Héli et Yôyo, au bord du Nil..." Tierno Monénembo raconte l'épopée des Peuls dans une langue somptueuse et familière. On songe à ces oeuvres comme le Mahahharata où c'est l'esprit d'un peuple qui renaît à travers les légendes, les événements historiques et les destins individuels. Tierno Monénembo, né en Guinée, a choisi l'exil dès 1969. Il a publié de nombreux romans au Seuil, depuis Les Crapauds-brousse qui l'a révélé en 1979, jusqu'à L'Aîné des orphelins (2000) et, plus récemment, Le Roi de Kahel, Prix Renaudot 2008.