Lyonel Trouillot
Lyonel Trouillot
Plongez dans Haïti, le dur devoir d’exister, un récit poignant où Lyonel Trouillot et Amélie Baron captent la résilience haïtienne après le séisme de 2010. Des images et des mots pour comprendre la beauté et la fragilité d’un peuple debout.
Quarante-trois voix haïtiennes s’unissent pour interroger l’avenir de leur pays : entre exclusion, justice sociale et utopie, Refonder Haïti? dessine les contours d’une société à reconstruire.
Dans une ville côtière abandonnée, loin du climat insurrectionnel de la capitale, un fonctionnaire haïtien fait l'inventaire d'une bibliothèque léguée à l'État, une collection d'ouvrages célébrant les grands esprits qui ont marqué l'histoire. Écrivant à son oncle, politicien roublard qui lui a servi de père et de mentor, le jeune homme voit se mêler à sa lettre les récits de voix entrées par effraction. Celles de Macho, gérant de l'unique bar du bord de mer dépeuplé, de Manie, petite bossue au destin tragique, ou encore d'Ayan, condisciple de classe avide de vengeance. Tous réclament leur droit à ne pas être oubliés. Les vies des humbles ne sont-elles pas, elles aussi, dignes d'être racontées ? Dans une sarabande où se mêlent vivants et morts, anonymes et héros, la "belle langue" des élites et celle de la musique des rues, Lyonel Trouillot signe une puissante ode à la multitude et dresse la cartographie d'un pays aux franges de l'oubli.
Les textes ici rassemblés sont une cartographie de l'oeuvre de Lyonel Trouillot. Celle de son imaginaire puisée au plus près de son histoire et du réel. La beauté de sa langue est celle d'un poète, la voix de ses personnages traverse les océans sans jamais quitter Haïti. Magnifique.
Ce livre est celui d'un paysage de pierres, de rivières et d'ombrages, celui d'une colline abîmée par la cupidité d'un homme, un notaire sans scrupule qui en ces lieux ouvre la porte à toutes les bassesses. Mais de cette colline s'élève une voix, celle de la rébellion des femmes dont le corps est la cible de toutes les offenses, dont le courage a la puissance du poème.
Une étudiante en journalisme issue de la grande bourgeoisie blanche de Port-au-Prince fait l'expérience de l'altérité en se penchant sur la mémoire d'un homme surnommé Capitaine, son quartier en désuétude jadis bastion des luttes politiques, ses fantômes et, ce faisant, trouve avec lui et d'autres "échoués" le chemin pour faire de la vie une cause commune. Avec Ne m'appelle pas Capitaine, Lyonel Trouillot retrouve l'altitude unique et enivrante de La Belle amour humaine, aussi littéraire qu'universelle.
À Port-au-Prince, Ti Tony vit dans une seule pièce qu'il partage avec son frère Franky et leur mère Antoinette. Alors que Franky aime les mots et les histoires, il se lance dans l'écriture d'un livre sur Antoine des Gommiers, cet incomparable devin que les Haïtiens portent aux nues. Mais la popularité de ce chamane n'est pas l'unique raison d'un tel projet littéraire, Antoine des Gommiers serait le grand-oncle d'Antoinette, une filiation qui change tout même si Ti Tony, lui, ne saura jamais s'emparer de la fiction pour voir la vie en bleu. Un livre magnifique, où l'amour filial transcende la misère.
Entre le "Kannjawou", un bar où nantis et représentants des forces d'occupation d'Haïti vont faire la fête et la rue de l'Enterrement où, à l'orée de l'âge adulte, quelques jeunes gens déshérités se cherchent un destin, Lyonel Trouillot brosse le portrait d'une humanité en proie à ses illusions ou à ses renoncements face à la confiscation séculaire, en Haïti, du devenir d'une population et de sa culture que ne cesse de nier, sans coup férir, le pragmatisme des stratégies internationales.
Alors qu'il semble enfin devoir connaître le succès, Pedro, jeune comédien haïtien en tournée à l'étranger, se jette du douzième étage d'un immeuble. Dans son pays natal, deux amis tentent alors de comprendre les raisons qui ont conduit au suicide un homme que le terrifiant mélange du social et de l'intime a transformé en plaie ouverte. Au point de le contraindre, pour être lui-même, à devenir tous les autres, sur la scène comme dans la vie. Et à signer de sa disparition l'échec de la poésie et du langage à combler la faille qui sépare la lettre du réel.
Au prix du cynisme, Mathurin D. Saint-Fort a cru pouvoir effacer de sa mémoire les souffrances d'un passé qu'il s'emploie à renier pour se placer toujours davantage du bon côté de l'existence. Jusqu'au jour où fait irruption dans la vie de l'avocat ambitieux qu'il est devenu, un adolescent loqueteux. Charlie, en absolue détresse, vient lui demander de l'aide au nom des attachements de jadis. Voyage initiatique bouleversant au coeur même de la désespérance, Yanvalou pour Charlie est le grand roman de la tragédie de l'abandon des hommes par les hommes - en Haïti comme ailleurs.
Dans un petit village côtier d'une île des Caraïbes, une jeune Occidentale est venue, sur les traces de son père, éclaircir l'énigme aux allures de règlement de comptes qui fonde son roman familial. Au fil de récits qu'elle recueille et qui, chacun à leur manière, posent une question essentielle - "Quel usage faut-il faire de sa présence au monde ?" -, se déploie, de la confrontation au partage, une cartographie de la fraternité nécessaire des vivants face aux appétits féroces de ceux qui tiennent pour acquis que le monde leur appartient.
Une femme, un homme : elle est blanche, il est noir. Elle est française, il est Haïtien. Tout les sépare sauf un désir commun, à travers une correspondance, de confronter sans détours leurs histoire respectives, au passé et au présent, pour vérifier la solidité de l'amitié qui les lie. Enjeux de sexe, de race, de classe, de pouvoir, de mémoires : en cartographiant sans complaisance les vastes territoires de la différence, ces lettres tracent un chemin fragile dans la nuit de l'incompréhension et de la violence inarticulée où s'abolissent tous les dialogues.
A cinquante ans, un écrivain perd sa langue au moment d'apprendre (enfin) à parler d'amour. A l'inconnue de ses pensées, il parlera donc d'autre chose (et par écrit). Ainsi revisite-t-il le souvenir de palabres crépusculaires conduites sous l'arbre d'une cour de Port-au-Prince avec trois figures demeurées tutélaires : "l'Historien", "l'Etranger" et Raoul...
Recueil aussi subjectif que jubilatoire, le Dictionnaire de la rature se donne pour mission de dénoncer avec conviction, truculence ou poésie les mots inamicaux, coupables de débordements sémantiques ou sujets aux interprétations malveillantes. Une entreprise de salubrité linguistique qui reste ouverte aux "entrées subjectives et joyeuses de chacun". Voir Geneviève de Maupeou, Alain Sancerni et Lyonel Trouillot, à propos du "Dictionnaire de la rature"
Neveu d'un ministre au pouvoir, un jeune Haïtien est envoyé dans un village côtier faire l'inventaire d'une bibliothèque cédée à l'Etat par un "original", un legs monumental uniquement constitué d'ouvrages des "grands hommes" ayant marqué l'histoire. Tandis qu'il écrit à son oncle pour lui faire part de ses découvertes, de multiples voix entrent par effraction dans sa tête et s'immiscent dans son récit. Venues briser l'ordre et la tranquillité, elles réclament leur dû, leur droit à la postérité. Toutes les vies - celles des humbles comme des héros - ne méritent-elles pas d'être racontées ? Le label « IH » (« Interprétation Humaine ») signifie que ce livre audio a été enregistré par un comédien ou une comédienne.
Pour la collection "Essences", Lyonel Trouillot s'est prêté au jeu des réminiscences olfactives. Sans précision de lieu ni d'époque, une mère parle à sa fille. Fugitive marquée au fer d'une fleur de honte, elle revisite les parfums violents de ses haltes et de ses errances. Un voyage dans le souvenir de cités délabrées, de paysages désertiques, de musiques barbares, de corps défaits et de rêves interdits qui fait naître en elle, comme après chaque épreuve, dans la promesse de l'enfant à naître à qui elle raconte aujourd'hui son histoire, le doux parfum des temps à venir.