Lucien Seve
Lucien Seve
Lancées il y a un an, les idées neuves du 22e Congrès du Parti communiste français sont devenues des idées-forces. Oui, il est possible et urgent de substituer à la domination du grand capital le pouvoir démocratique du peuple travailleur. Oui, pour les communistes français, la démocratie pluraliste est à la fois le but et le moyen des grands changements nécessaires. Oui, le socialisme aux couleurs de la France, ce sera la démocratie poussée jusqu'au bout. On saisit mieux aujourd'hui que ce qui a frappé d'abord les commentateurs dans ce Congrès : l'abandon de la dictature du prolétariat, la critique de certains aspects des pays socialistes, est le corollaire d'une chose plus fondamentale : la stratégie inséparablement démocratique et révolutionnaire qu'il a adoptée. Ce livre le montre en approfondissant de manière historique, théorique et politique une question limitée mais centrale : celle de l'État. Comment a cheminé la réflexion marxiste sur l'État, de Marx et Lénine à Gramsci et Dimitrov, à Maurice Thorez et Waldeck Rochet, puis jusqu'au 22e Congrès ? Quelles sont les conditions et les chances, quelle pourra être la figure historique du pouvoir et de l'État démocratiques de demain ? En lisant ce livre où la théorie parle des choses les plus concrètes, on se convaincra que les idées du 22e Congrès concernent tous ceux qui souffrent, luttent et espèrent.
Ce livre à plusieurs voix interroge Marx sur la délicate question du droit et de la liberté. Comment la vigoureuse critique marxiste de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen est-elle compatible avec l'affirmation que le communisme est la réalisation des droits de l'homme ? Comment reconnaître l'autonomie du droit et de l'instance juridique si l'on déclare que le droit n'est qu'une superstructure, et si l'on rêve d'un état de moeurs qui se substituerait à l'état de droit ? Marx a professé que ce n'est pas le droit qui fonde la liberté mais, au contraire, la liberté réelle qui justifie le droit ; ce qui conduit à faire du marxisme une philosophie de la liberté. D'autre part, Marx affirme que la liberté suppose réalisée l'émancipation politique ; ce qui conduit à se demander si l'horizon marxiste de la liberté ne reste pas problématique et lointain.
Lucien Sève, ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé de philosophie, a 33 ans. Il a publié de nombreux articles, notamment dans La Raison, La Pensée, La Nouvelle Critique, et une Anthologie commentée des grands textes laïques, aux éditions EDSCO. Actuellement professeur dans un lycée de Marseille, il prépare une thèse de Doctorat et un livre sur la dialectique marxiste. En réunissant sous le titre : « La différence », deux essais respectivement consacrés à Matérialisme et empiriocriticisme de Lénine (1909) et La somme et le reste, d'Henri Lefebvre (1959), il a voulu procéder à une étude de philosophie marxiste comparée, à la fois théorique et polémique. Après avoir souligné le contraste qui existe entre le livre de Lénine - qui défendait le matérialisme dialectique à un moment où bien des choses paraissaient l'infirmer - et celui de Lefebvre - qui le remet en question à un moment où tout le confirme -, Lucien Sève cherche, à travers l'analyse de ces deux oeuvres, la source de leur saisissante disparité. Il la trouve dans la différence fondamentale des méthodes de pensée, et des attitudes politiques qui les sous-tendent. Tout entier animé par l'esprit de parti prolétarien, Matérialisme et empiriocriticisme est un jalon essentiel sur le chemin historique qui conduit à la révolution victorieuse de 1917, et à l'essor du socialisme dans le monde contemporain. Vicié par l'attitude petite-bourgeoise, « La somme et le reste » débouche au contraire sur les illusions spéculatives et l'individualisme pratique et, par conséquent, retombe en dehors de l'histoire. Fidèle à ce qui constitue un aspect essentiel de son orientation, La Nouvelle Critique entend maintenir - dans sa collection d'« Essais » - le caractère polémique qui lui a déjà assuré - en tant que revue - une place si importante dans la vie culturelle, en France et à l'étranger. Dans le même temps, elle manifeste son éloignement de tout dogmatisme, en donnant aux chercheurs marxistes la possibilité d'essayer leurs forces, et celles du marxisme lui-même, les questions que l'actualité met au premier plan de la vie des idées.