Bernard Bourgeois
Bernard Bourgeois
Dans une période marquée - après les décennies d'imprégnation marxiste et de triomphe des sciences sociales - par le réveil de la philosophie politique, le message hégélien retrouve une actualité exceptionnelle. Hegel, en effet, nous offre l'exemple d'une philosophie qui s'est constituée pour pouvoir rendre compte de l'existence politique. La première partie du présent ouvrage, qui analyse le développement historique progressif de la théorie hégélienne de l'Etat, permet de comprendre la formation de toute la pensée de Hegel. Mais, si la philosophie hégélienne est essentiellement une philosophie politique, inversement la philosophie politique hégélienne reste toujours pleinement philosophique. Réinséré dans l'universalité de la pensée, le politique est relativisé comme moment particulier d'une vie humaine qui l'excède culturellement, ce qu'établit la seconde partie du livre.
Le combat pour les droits de l'homme a beaucoup changé depuis la déclaration de 1789. Tour à tour, Kant, Fichte, Hegel et Marx, ont réfléchi aux principes du texte qui a inauguré le monde contemporain. De l'adhésion enthousiaste du jeune Fichte, à la dénonciation marxiste d'une idéologie mystificatrice, en passant par la discrimination kantienne et la rationalisation hégélienne, la philosophie allemande a incarné tout le destin philosophique des droits de l'homme. À une époque où la conscience de l'humanité cherche à fonder, sinon une vraie réconciliation des peuples, du moins leur cohabitation élémentaire, sur l'affirmation universelle du droit des individus, il est peut-être nécessaire de revenir à la méditation initiale des philosophies des droits de l'homme.
Ce livre à plusieurs voix interroge Marx sur la délicate question du droit et de la liberté. Comment la vigoureuse critique marxiste de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen est-elle compatible avec l'affirmation que le communisme est la réalisation des droits de l'homme ? Comment reconnaître l'autonomie du droit et de l'instance juridique si l'on déclare que le droit n'est qu'une superstructure, et si l'on rêve d'un état de moeurs qui se substituerait à l'état de droit ? Marx a professé que ce n'est pas le droit qui fonde la liberté mais, au contraire, la liberté réelle qui justifie le droit ; ce qui conduit à faire du marxisme une philosophie de la liberté. D'autre part, Marx affirme que la liberté suppose réalisée l'émancipation politique ; ce qui conduit à se demander si l'horizon marxiste de la liberté ne reste pas problématique et lointain.