Sylvie Chaperon
Sylvie Chaperon
La question des sexualités est aujourd'hui au coeur des réflexions historiennes, sociologiques et politiques. Mais, malgré l'essor et l'ampleur des ouvrages consacré à tel ou tel aspect (prostitution, homosexualité, violences, etc.), il n'existe aucun livre de synthèse rendant accessible tant au milieu académique qu'au grand public les apports de ce vaste et prolixe champ de recherche. Centré sur la France (métropolitaine et d'outre-mer) du XIXe au XXIe siècle, cet ouvrage souhaite combler ce vide et aborder tous les enjeux de la sexualité et rendre compte des constructions historiques des normes (religieuses, juridiques, médicales), mais aussi de leur remise en cause et leur évolution, des pratiques concrètes que des croyances, savoirs, idéologies et théories autant que des représentations qui les structurent et leur donnent sens. Il est également nourri par les approches de genre qui ont inscrit la sexualité dans la fabrique culturelle et sociale des sociétés. L'ouvrage met également en lumière et interroge les dominations et les discriminations entre les hommes et les femmes et entre les sexualités minoritaires et dominantes.
De l'Antiquité à aujourd'hui, les multiples dénominations et descriptions erronées du clitoris portent les traces de sa méconnaissance et de visions essentiellement masculines du corps et de la sexualité. Conséquence de cela, le clitoris reste nimbé d'un mystère propice à tous les fantasmes et idées reçues. Ainsi n'aurait-il été découvert qu'à la Renaissance et sa partie cachée décrite en 1998 seulement. Verge de la femme, selon certains, il serait, revanche ultime, mieux que le pénis ! Au travers d'une fine analyse historique et anatomique émaillée de nombreux exemples, Sylvie Chaperon et Odile Fillod montrent que, ni plus ni moins admirable que le pénis, le clitoris mérite simplement d'être mieux connu.
L'histoire des femmes et du genre a permis depuis une quarantaine d'années un considérable renouvellement de la recherche historique. Ce champ nouveau ne se contente pas d'enrichir l'histoire, il transforme la discipline elle-même et ses méthodes. L'inclusion des femmes et plus globalement du genre modifie la chronologie et les catégories d'analyse, mais invite aussi à relire la documentation disponible. Ainsi, de l'Antiquité à nos jours, cet ouvrage dessine une autre histoire, à travers les sources les plus variées qui présentent une riche représentation des femmes. Textes privés ou publics, littérature juridique, documents archéologiques, iconographie, médias... sont autant de sources essentielles qui permettent une analyse en termes de genre des sociétés occidentales dans tous les domaines : politique, religieux, judiciaire, éducatif, médical, du travail, mais également monde de l'intime. L'ouvrage propose ainsi une méthodologie pour aborder et analyser ces sources et, grâce à son ampleur chronologique, distingue l'essentiel de l'accessoire, et permet de discuter les ruptures ou continuités qui ne se résument pas à la périodisation classique.
C'est au XIXe siècle que les médecins élaborent une première sexologie scientifique, nourrie d'observations de cas pathologiques. Aliénistes, criminologues et experts auprès des tribunaux interrogent leurs malades ou les prévenus sur les détails de leur vie sexuelle afin de déterminer un pronostic ou leur degré de responsabilité. Or, la très grande majorité des observations connues concerne les hommes et la plupart des études historiques sur la science de la sexualité s'arrête aussi à eux. Pour la première fois, une anthologie se propose donc de rassembler des textes représentatifs du savoir médical de l'époque sur la sexualité des femmes. Onanisme, érotomanie, fétichisme ou saphisme, ce recueil d'observations particulièrement édifiantes, marquantes ou cocasses intéressera aussi bien les curieux que les érudits. Une anthologie indispensable, à l'heure où les sexualités font tant débat, et qui montre aussi la forte opposition des médecins du temps à l'idée d'égalité sexuelle.