Richard Trachsler
Richard Trachsler
Ce livre s'interroge sur la clôture des grands cycles arthuriens et étudie quelques-unes des solutions que proposent les textes et les manuscrits pour parachever, souvent au bout de plusieurs centaines de feuillets, leur récit. Le thème central est celui de la mort du roi Arthur. L'étude met en évidence l'emboîtement, de plus en plus complexe, d'un certain nombre de thèmes qui impliquent tous la fin d'un état: la prophétie promettant le diadème impériale, la conquête du Graal, la bataille de Salesbières etc., thèmes qui sont à leur tour imbriqués avec d'autres, comme l'inceste du roi et l'adultère de la reine. Le corpus des textes étudiés inclut le Brut, le Perceval en prose, la Mort Artu, le Tristan en prose ainsi que la partie finale du cycle de la Post-Vulgate (dont la grande compilation de Michel Gonneau, conservée dans le manuscrit Paris, BN f. fr. 112, ou la clôture proposée par le manuscrit du Tristan en prose Paris, BN f. fr. 24400). Une annexe offre un important dossier de textes inédits: on y trouvera notamment le chapitre arthurien de Laurent de Premierfait (d'après le manuscrit Paris, BN f. fr. 131), celui de l'incunable intitulé le Triomphe des Neuf Preux et la partie correspondante de l'Histoire des Neuf Preux contenue dans le manuscrit fr. 12598 de la BN de Paris. Ont été édités également les derniers feuillets de la biographie d'Arthur selon Sébastien Mamerot et trente-trois descriptions de personnages arthuriens extraites des armoriaux.
Plus de cinq cents ans après l'invention de l'imprimerie par Gutenberg, nous sommes habitués à considérer comme une évidence le fait qu'un livre contienne une seule oeuvre et qu'une oeuvre remplisse un seul volume. La tradition universitaire, qui consiste depuis ses origines à éditer les textes sous une forme indépendante les uns des autres, nous a elle aussi habitués à envisager les écrits du Moyen Âge comme des entités autonomes. Pourtant, au Moyen Âge, un texte bref n'est que rarement conservé dans un manuscrit dont il occuperait à lui seul la totalité des feuillets. Même s'ils ont été conçus de manière dissociée, ces textes sont en majorité transmis et lus dans des recueils réunissant un certain nombre de pièces. Durant tout le Moyen Âge, on les a donc copiés et recopiés dans des contextes manuscrits variables et chacune de ces réalisations, chaque nouvel environnement, entraîne des répercussions sur la façon dont ces écrits sont compris puisque le voisinage matériel qu'occasionne leur regroupement, les interférences qu'il suscite parfois, produit ou autorise des mises en relation toujours variées. Il est certes possible d'analyser ces diverses configurations comme autant d'états différents, mais il est aussi possible d'envisager l'ensemble qu'elles forment comme un processus résultant d'une expérience de la lecture radicalement différente de la nôtre. Afin de se rapprocher de celle-ci, on peut alors tirer profit d'un certain nombre de spécificités que présentent les recueils anciens qui, souvent, étonnent le lecteur moderne et permettent donc de toucher du doigt l'« altérité médiévale ».