Pierre Colin
Pierre Colin
Études et débats se multiplient pour tenter d'interpréter les mutations qui, en nos régions, affectent le religieux. L'objectif de la session théologique, organisée en 1987 par l'École des sciences philosophiques et religieuses des F.U.S.L., était d'offrir quelques orientations à la réflexion, en l'invitant à prendre en compte quelques enjeux majeurs du phénomène : l'élucidation des rapports complexes que le religieux entretient avec le lieu social ; la question du statut du sujet que la crise de ce lieu rend bien énigmatique ; l'exploration de quelques voies susceptibles de remettre en relation féconde, par la vigueur d'une décision, l'appui d'une mémoire et le risque d'une espérance. Cet objectif a commandé le style des interventions. Chaque exposé a l'allure d'un petit essai qui ramasse en une seule trajectoire une écoute de la situation, un moment d'élucidation et d'interprétation, et un engagement personnel, tantôt dans le registre philosophique, tantôt dans le registre spirituel et théologique. Enregistrant la fin de l'évidence sociale et culturelle du christianisme, les auteurs proposent une réaffirmation, mesurée et courageuse, d'une identité et d'une responsabilité propres.
Les rapports entre religion et politique sont, à nouveau et de manière insistante, à l'avant-plan des interrogations et des débats : crise du l'État national classique et de la forme-Nation ; interrogation, dans l'espace européen, sur la plausibilité d'une identité postnationale et la construction d'une nouvelle culture politique reconnaissant, à certaines conditions, la légitimité publique des traditions religieuses dans leur teneur éthique : revendications culturelles et identitaires des minorités... Autant de phénomènes qui désignent l'émergence d'un nouveau champ politique : celui de la socialisation des individus en régime de modernité avancée. C'est à ce champ nouveau que sont confrontés mouvements religieux et grandes traditions religieuses. Le propos de la session théologique 1992 de l'École des sciences philosophiques et religieuses des F.U.S.L., dont les contributions sont reprises dans le présent volume, est d'alimenter le dossier du nouveau rapport théologico-politique qui se cherche en ordonnant des points de vue divers - et parfois divergents - autour de la triade : individu-citoyen-croyant, sans oublier, d'un point de vue catholique, le pôle collectif et communautaire qu'est l'Église, avec ses héritages et ses interrogations.