Manuel De Dieguez
Manuel De Dieguez
La caverne se compose de trois parties : l'Enfer, le Purgatoire et le Paradis, symboles d'une initiation progressive à la critique radicale de la notion de cause intelligible. Tout l'ouvrage déploie la question de savoir si les célèbres Yahous, imaginés par Swift, sont dotés d'une lueur de raison. L'Enfer étudie l'empire et le destin du calcul, texture et mesure des "causes". Descartes, Don Quichotte, saint Ignace et quelques autres témoignent d'une histoire cachée du sacrifice rituel. Celui-ci apparaît au coeur de l'évolution de la physique, de Thalès à Einstein. La notion d'idole est réintroduite dans la métaphysique. Le Purgatoire est placé sous la protection d'Homère et de Dante. Le destin de la raison naturelle des Yahous est soumis à une forte purge intellectuelle. Le narrateur, voguant d'île en île, visite tour à tour Scylla, l'île des Innocents, l'île des Disputeurs, des Lotophages, de Médamothi et d'Hélios Hypérion. La métaphysique "cyclopéenne" est observée et moquée en son oeil rond. Les personnages qui animent en secret la logique classique se démasquent. L'histoire des mathématiques, tantôt jansénistes, tantôt pélagiennes, est mêlée aux problèmes de la théologie et de l'exégèse sacrée. Une certaine lecture symbolique de l'Odyssée sert de référent constant à une "divine comédie" de la métaphysique occidentale. On découvre, ce dont on se doutait, que la théologie est malade de sa philosophie. Le Paradis raconte comment les philosophes, transportés au paradis de la pensée, où les choses sont enfin des choses et les preuves des preuves, s'initient à l'ironie socratique. Par une exégèse de la mort de Socrate, et par une analyse des actes et des feux de l'esprit, les rapports de la philosophie grecque au christianisme sont soumis à un questionnement nouveau et testimonial. L'ensemble de l'ouvrage développe, dans ses conséquences philosophiques, une anthropologie critique des idoles. La mise en question radicale de l'intelligibilité de la notion de cause, amorcée par Science et Nescience, débouche sur la nuit obscure de la philosophie et sur l'écoute, en elle, d'une vive flamme de la raison.
Depuis que la connaissance scientifique, de causaliste qu'elle était encore au début du siècle, est devenue structuraliste, la réflexion sur les fondements psychologiques, de la certitude - donc sur les fondements mêmes de la notion de « vérité » - cherche à reprendre sa place dans une métaphysique iconoclaste. Est-il possible d'esquisser une psychanalyse de la notion d'intelligibilité ? Quels sont les mécanismes inconscients et impératifs du « convaincant » dans tout savoir prédéfini comme objectif ? Pourquoi jugeons-nous intelligible le constant ? Voici une réflexion sur le vocabulaire mythique porteur de « l'intelligibilité » dans la physique classique, la génétique, l'ethnologie de C. Lévi-Strauss, l'économie politique d'Althusser, la linguistique. Il s'agissait d'éveiller l'attention sur la structure tautologique du savoir et sur l'arène de son piétinement rentable. La philosophie devenait une « maïeutique du vide ». une redécouverte du non-sens absolu de la course de la matière dans le vide. Cependant, l'étude du langage de Lacan conduit à mettre en évidence la structure cyclique de la conscience de soi, toujours prise au piège de sa propre image dans ces miroirs que sont nos « corps mentaux ». Les mathématiques elles-mêmes en forgent. L'étude de la conscience imageante propre à la politique, aux sciences, à la métaphysique, à la mystique permet d'esquisser une problématique générale du savoir sur les chemins du temps. La philosophie, en son audace propre, demeure l'ascèse de la descente dans le non savoir (nescience). Seuls le poète ou le dieu remontent vers la lumière... Il ne s'agissait donc ici, par une spéléologie de la compréhensibilité, que de démasquer l'idole fondamentale qu'est « l'arbre de la connaissance » en sa copie baptismale et magique de la constance. Peut-être le moment est-il venu de placer, par de modestes moyens, l'humanisme comme la théologie en face d'une critique radicale de leur re-présentation, afin que, par-delà l'univers pléthorique de la prévisibilité, resurgissent la vocation, la tension et le tragique de la transcendance.
François Rabelais, géant de la Renaissance, reste un mystère pour beaucoup. Ce livre de Manuel de Diéguez en éclaire l’œuvre et la pensée, entre rire subversif, quête de liberté et génie littéraire.
Comment la poésie peut-elle donner un sens à l'Histoire quand le divin s'efface ? À travers l'œuvre de Chateaubriand, Manuel De Dieguez explore cette question fondamentale, révélant l'errance du poète moderne face à l'essence meurtrière du temps.
Manuel de Diéguez doit compter des ancêtres espagnols, mais il est de nationalité française. Son père, diplomate à Washington, a voulu qu'il fût licencié ès sciences politiques. Aussi, son premier livre : "La barbarie commence seulement", qui fut couronné du « Prix de la Liberté » en 1948, traitait-il des problèmes diplomatiques d'après-guerre. Les événements ont confirmé la plupart des vues qu'il y défendait sur la politique européenne. Après quelques années d'une activité plus strictement littéraire, Manuel de Diéguez publie aujourd'hui, sur l'affaire de Suez, une satire, où la fièvre du pétrole est démontrée s'apparenter à une manière de fièvre mystique. Ce sujet tabou est traité avec un humour noir qui laisse peu de place au gros rire. C'est que l'auteur a pénétré à l'intérieur d'une certaine statue, dont tout le monde a entendu parler. Son livre constitue le premier ouvrage qui paraisse dans le monde sur l'affaire de Suez. Manuel de Diéguez a collaboré à Combat, aux Nouvelles Littéraires, à La Table Ronde, à France-Soir, etc. et rédige les chroniques de politiques intérieure et étrangère de diverses publications.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
L'auteur, connu comme essayiste et critique, élabore depuis 1960, une oeuvre proprement philosophique : "De l'idolâtrie" en est une sorte de prélude, où il s'agit d'une critique radicale du savoir contemporain, visé sous l'angle de son intelligibilité. Suivront : Science et Nescience, à paraître dans « La bibliothèque des idées », et un Descartes qui, sur les ruines de ce qu'il faut bien appeler le quichottisme de la physique cartésienne, s'interroge sur la possibilité de formuler un cogito pour notre siècle. S'adressant à des étudiants imaginaires, Manuel de Diéguez s'efforce d'analyser l'affrontement permanent de l'individu et de l'État. Comment circonscrire et percer à jour les « images » qui régissent les comportements politiques des classes sociales ? C'est ce que tente d'élucider l'essai sur l'idolâtrie. Manuel de Diéguez analyse la structure dominante et le mépris spécifique de la nouvelle classe dirigeante, ou caste d'État. Il esquisse la réforme de l'université, et le rôle que pourraient y jouer les clercs. Par-delà les circonstances qui ont donné le ton d'un appel à ces analyses, la question est de savoir si notre époque marque la fin de l'ère idéologique des révolutions. Un nouveau type de révolution redonnera-t-il des droits réels à des citoyens réels ? Peut-être. Mais à condition que la mission du clerc parvienne à renverser entièrement l'image même que l'État se fait de sa propre personne.
« C'est au printemps 1982 que les responsables du Monde Dimanche (le supplément de fin de semaine du Monde) m'ont demandé de les aider à coordonner la réalisation d'un projet qui paraissait a priori difficile à mettre en place : offrir aux lecteurs du journal douze "leçons de philosophie", rédigées par des philosophes français contemporains et destinées à s'échelonner sur les douze dimanches de l'été suivant, de juillet à septembre. « Que ce projet ait pu finalement être mené à bien et qu'il ait rencontré la faveur du public, le lecteur en a la preuve dans le fait qu'après avoir été réunies en brochure dans la série Dossiers et documents du Monde, brochure rapidement épuisée, ces douze leçons font aujourd'hui l'objet d'une réédition sous forme de livre. « L'ordre des thèmes retenus reflète plus ou moins l'esprit du programme de philosophie de ce qu'on appelle en France la classe Terminale, cette classe étrange et ambiguë située à la charnière de l'enseignement secondaire et de l'enseignement supérieur. Ce programme, comme on sait, va de la conscience vers la société, du psychologique vers le collectif, du pulsionnel vers l'institutionnel ; en un mot, du "subjectif" vers "l'objectif". De même, notre table des matières, reflet de l'ordre chronologique de publication des textes, exprime un mouvement du soi vers l'autre ou des réalités individuelles vers les phénomènes collectifs. »
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Est-il encore possible de soutenir que Dieu existe hors du coeur de l'homme qui forge à travers lui son élévation et son destin ? Il faudrait alors proclamer du moins que les musulmans, les juifs et les chrétiens adorent le même Dieu sans le savoir, car sur la planète devenue plus petite, les divers monothéismes s'affrontent, nous plaçant devant un véritable polythéisme de fait. Mais que deviendraient alors les religions polythéistes ? Interrogeant les quatre plus grands apologistes français du christianisme à l'aide de la méthode critique mise au point dans l'Écrivain et son langage, l'auteur cherche à cerner le Dieu humain qui parle au coeur de ces grandes voix.
Par l'universalité d'un modèle de République qui a converti l'Europe à la démocratie, sinon à la laïcité, la France a prouvé aux peuples qu'une nation sans liberté de la pensée n'est qu'une geôle, et qu'une liberté de la raison sans nation pour l'incarner n'est qu'un songe. Mais le moment n'est-il pas venu de transcender la conquête des droits civiques, dont les principes de 1789 demeureront, de toute façon, les porte-voix à l'échelle planétaire ? L'heure n'a-t-elle pas sonné de se demander comment un État philosophique doit féconder la création dans tous les ordres ? Si le poids temporel de la France n'est plus à l'échelle des cinq continents, quelle sera la portée de sa vocation intellectuelle, celle qui tient son autorité de l'universalité de la pensée ? Le messianisme français de la raison sera-t-il capable d'inspirer la réflexion théorique dans les sciences expérimentales, de revivifier la sociologie, de conduire à une vraie science des mythologies religieuses, d'armer la sagesse politique, de redonner un souffle élévatoire à la compréhension de l'histoire, de nourrir l'élan des Lettres et des Arts ? Les Révolutions véritables sont des régénératrices de l'intelligence. Mais elles enfantent leurs Sancho et leurs Quichotte. Elles se développent donc sur deux versants : celui des États bureaucratiques, qui font prospérer leurs curies, et celui de l'esprit, qui fait naître les éveilleurs et les vigies. J'ai tenté de m'inspirer d'une République qui a fait de la France une émancipatrice des cerveaux. Il faut croire au destin d'un État pensant et d'un peuple de la raison ; il faut croire en l'avenir d'un pays dont les écrivains, les poètes, les philosophes pèsent la condition humaine sur les balances de l'universel.
L'âge théologique de l'humanité s'achève ; mais les grands systèmes métaphysiques ont rejoint les dieux morts. Le dialogue de Jésus, le premier démythologue de la matière, avec Socrate, le premier psychanalyste de la maison peut enfin commencer. Quels traités d'alliance sournois existe-t-il entre la religion et la politique, l'esprit d'orthodoxie et la théorie scientifique, nos métaphores et nos connaissances, nos croyances et la beauté ? Les Évangiles ressortissent-ils à la littérature fantastique ? Comment notre cerveau forge-t-il le fabuleux ? Peut-on radiographier l'entendement humain ? Toute signification de l'histoire est-elle onirique ? Quelle est la puissance des songes dans la vie des nations ? Qu'enseigne l'histoire des biographies rationnelles de Jésus depuis le XVIIIe siècle ? Que nous apprend l'évolution des méthodes de l'exégèse ? Qu'en est-il des relations du sacrifice de Jésus avec l'État. Comment adapter l'anachronisme de la croix au calvaire atomique ? Que peut valoir de nos jours une espérance fondée sur le meurtre de l'autel ? Qu'en est-il du destin ascensionnel de l'homme et de son dialogue avec l'au-delà du Golgotha qu'il est à lui-même ? Qu'en est-il de la guerre de succession entre Jésus le parricide et son père, des pactes de la folie avec le surnaturel, des ressources, demain, de l'imaginaire, du Connais-toi ? Où en est la critique de nos idoles mentales ? Peut-on explorer l'inconscient de la logique ? Peut-on esquisser un avenir pour l'intelligence ? Où en est le combat contre l'illusion ? La lucidité peut-elle se réconcilier avec le feu spirituel ? Telles sont les principales questions que pose Manuel de Diéguez dans cette réflexion polyphonique, fruit de quinze ans de recherches sur la face cachée de la raison.
« Entre le retour du fanatisme religieux et la molle dictature des bureaucraties d'État, la raison critique aurait-elle capitulé ? Le citoyen-Dieu, bercé par les flonflons du bicentenaire de la Révolution, laissera-t-il célébrer son propre culte jusqu'au sacrifice final ? Des soubresauts de l'Islam à l'Évangile mondial des droits de l'Homme, l'urgente nécessité de revenir sur l'autonomie dont bénéficie le théologique se fait sentir. Pouvons-nous continuer de vivre à l'abri de la pseudo-frontière séparant la raison du fabuleux ? Parce qu'il croit à la survie de la raison, Manuel de Diéguez souhaite en finir avec le "théologique pur", cher à Carl Schmitt, pour s'engager, courageusement, dans une analyse critique des distinctions artificielles établies par les historiens entre le religieux et le politique. Il pose ainsi les fondements de ce qui pourrait être une authentique "science des religions". Depuis Voltaire, la raison n'en finit pas de tourner autour du sacré. Elle ne parvient pourtant pas à formuler les principes d'une pensée rendant compte de ces structures mythiques et de l'espèce d'hommes qui les ont forgées. Manuel de Diéguez s'efforce de prendre la mesure du génie politique, de l'élévation morale et de la folie féconde des Moïse, Mahomet, Paul et autres Bouddha, dont les songes ont discipliné le genre humain et guidé les premiers pas des nations. Il s'attache à spectrographier la stratégie des symboles qui donne sa logique interne aux constructions théologiques. Il montre combien notre rationalisme officiel, et ses "théories scientifiques", se trouve pénétré par les mythologies. La force de ce texte iconoclaste, blasphématoire même, réside dans la brûlure glacée de sa lucidité. Puissions-nous enfin, avec Manuel de Diéguez, devenir lucides à l'égard de nos premiers pédagogues. » Thierry Pfister