Lucien Bodard
Lucien Bodard
Au fond, le journalisme m'a servi et desservi. Il m'a empêché de poursuivre une vie d'écrivain que j'avais ébauchée mais il m'a aidé à me faire une représentation personnelle de l'univers. Certes, cette vision était déjà à l'intérieur de moi, on peut la discerner dans « La Mésaventure Espagnole ». Je crois que tout ce que je suis devenu, ce que j'ai pu écrire, est en germe dans ce livre. Là sont mes racines de journaliste et d'écrivain, là est mon bicéphalisme, là s'annonce ma vie, si torturée et si : merveilleusement préservée. C'est pour cela que j'ai accepté de voir renaître ce texte si loin de moi et qui est déjà moi. Toujours le tragique et le ridicule. Le désespoir dans la vie et pourtant l'espoir dans cette vie.
Deux légendes vietnamiennes revisitées par un maître de la nouvelle littéraire : Vong buom explore la magie des contes traditionnels et la profondeur des mythes, entre poésie et réalité sociale.
Les trois volumes de La Guerre d'Indochine, pour la première fois réunis en un seul volume. Lucien Bodard balaie en près de mille deux cents pages quinze années tragiques où se mêlent l'espoir et les larmes. Parce qu'il a croisé les acteurs de cette guerre, il les fait revivre avec force : Giap, de Lattre, Bao Dai et les autres. C'est le récit d'un auteur qui a vécu son sujet, qui sait les dangers de la jungle, la fraîcheur des hauts plateaux. Et il y a ces lieux, oubliés parfois, Dien Bien Phu, bien sûr, mais aussi Vinh Yen, Lang Son, Cao Bang, la R.C.4... Lieux amers et drôles. Qui se souvient du Saïgon des bandits, des piastres et des jeux, cité de jouissance célèbre dans tout l'Orient ? De l'aventure à l'humiliation, des jours tendres aux pluies cruelles, voici l'histoire d'une guerre, l'histoire de deux pays, passion désordonnée et proche où notre innocence s'est perdue.
Les Dix Mille Marches étaient le roman de la conquête de Mao par celle qui devait devenir sa femme. Le Chien de Mao est celui de la plus sauvage des guerres de succession. Jiang Qing est donc l'épouse du dernier empereur de la planète. Elle croit avoir accédé au Grand Pouvoir. En fait, elle n'est, de son propre aveu, que " le Chien de Mao ". Un chien d'attaque certes, adulée et puissante par moments, au bord de l'oubli et de la déchéance à d'autres, selon le caprice du Maître de la Chine, ou plutôt selon les méandres de sa stratégie. Alors, Jiang Qing se lancera dans une formidable entreprise de conquête du pouvoir. Elle utilisera tous les trucs, toutes les séductions, toutes les trahisons pour succéder un jour à son époux, à ce Grand Timonier dont elle sait la fin prochaine. Jiang Qing échouera bien sûr, mais Lucien Bodard, lui, nous aura entraînés à travers ces années haletantes dans la découverte d'une fresque historique convulsive, celle de l'aventure du demi-siècle, de la Seconde Guerre mondiale à ce sommet de l'horreur que fut la Révolution culturelle, en passant par les portraits fabuleux de ceux qui en furent les acteurs. Et toujours le destin d'une femme hors du commun, partie des faubourgs misérables de Shanghaï, où elle était " Pomme Bleue "... Une orchestration autour du pouvoir des femmes, thème majeur de l'oeuvre de Bodard. Et toujours aussi, l'écriture de Lucien Bodard, avec ce mélange d'intime, d'épique et de tonitruant qui lui est propre.
Lucien Bodard raconte dans L'Enlisement comment un corps expéditionnaire magnifique a pu se faire écraser au bout de sept ans en Indochine par des guerilleros misérables et dépourvus de tout. Ce que l'on appelait en France la "sale guerre" avait été pour le Corps Expéditionnaire la "guerre heureuse". Le sang, la mort, le supplice, la volupté, la paresse, la "grande vie", le militarisme esthétique, tout cela est indiciblement mêlé. Mais c'était aussi l'Enlisement. L'on pacifiait vite, mais l'on n'arrivait pas à tuer la guérrilla. La mitraillette rapportait, l'Indépendance rapportait, la piastre rapportait, elle finançait la guerre de tout le monde. L'équilibre aurait pu durer longtemps. Mais en un mois, on allait tomber de l'enlisement dans l'orgueil à l'humiliation de la défaite. Après cela la guerre d'Indochine traînera, mais elle était déjà condamnée.
Lucien Bodard raconte dans L'Enlisement comment un corps expéditionnaire magnifique a pu se faire écraser au bout de sept ans en Indochine par des guerilleros misérables et dépourvus de tout. Ce que l'on appelait en France la "sale guerre" avait été pour le Corps Expéditionnaire la "guerre heureuse". Le sang, la mort, le supplice, la volupté, la paresse, la "grande vie", le militarisme esthétique, tout cela est indiciblement mêlé. Mais c'était aussi l'Enlisement. L'on pacifiait vite, mais l'on n'arrivait pas à tuer la guérrilla. La mitraillette rapportait, l'Indépendance rapportait, la piastre rapportait, elle finançait la guerre de tout le monde. L'équilibre aurait pu durer longtemps. Mais en un mois, on allait tomber de l'enlisement dans l'orgueil à l'humiliation de la défaite. Après cela la guerre d'Indochine traînera, mais elle était déjà condamnée.
"Il faut voir les pilotes au manche, la figure épuisée, les yeux creux ! Ils sont sales, négligés, mal rasés, avec un semblant d'uniforme, souvent encore en proie à la gueule de bois. Et quelle suprême indifférence pour piloter ! Le chic, c'est de lire en même temps un roman policier ou de peloter une passagère. Il faut vraiment un sale temps pour qu'un équipage daigne faire attention. Ce sont tous des as, évidemment, mais presque tous avec un défaut, un passé qui les ont relégués là. Que de figures parmi eux !" "Voici le meilleur livre paru sur la guerre d'Indochine" Jean Hougron
"Il faut voir les pilotes au manche, la figure épuisée, les yeux creux ! Ils sont sales, négligés, mal rasés, avec un semblant d'uniforme, souvent encore en proie à la gueule de bois. Et quelle suprême indifférence pour piloter ! Le chic, c'est de lire en même temps un roman policier ou de peloter une passagère. Il faut vraiment un sale temps pour qu'un équipage daigne faire attention. Ce sont tous des as, évidemment, mais presque tous avec un défaut, un passé qui les ont relégués là. Que de figures parmi eux !" "Voici le meilleur livre paru sur la guerre d'Indochine" Jean Hougron
"En cette extrémité, au milieu de l'humiliation, de toutes les humiliations, c'est l'appel désespéré au Père. Et le miracle, c'est que le Père arrive. À toute l'Indochine, la radio annonce que le général de Lattre de Tassigny a été nommé Haut-Commissaire de France et Commandant en Chef des troupes françaises en Indochine."
"En cette extrémité, au milieu de l'humiliation, de toutes les humiliations, c'est l'appel désespéré au Père. Et le miracle, c'est que le Père arrive. À toute l'Indochine, la radio annonce que le général de Lattre de Tassigny a été nommé Haut-Commissaire de France et Commandant en Chef des troupes françaises en Indochine."
"Je n'ai jamais vu un acteur réussir une "entrée" comme de Lattre de Tassigny en Indochine. D'emblée, il campe un personnage du répertoire de Corneille - un Horace en moins vieux et en général à quatre étoiles, mais aussi farouche. Son rôle n'est pas celui de la Haine. C'est celui du Dédain. L'aventure est le livre d'un mémorialiste, d'un chroniqueur, d'un historien, d'un poète. Pour tout dire, d'un maître journaliste. En lisant, on songe en même temps à Saint-Simon, à Tallemant des Réaux et à Michelet." Joseph Kessel
"Je n'ai jamais vu un acteur réussir une "entrée" comme de Lattre de Tassigny en Indochine. D'emblée, il campe un personnage du répertoire de Corneille - un Horace en moins vieux et en général à quatre étoiles, mais aussi farouche. Son rôle n'est pas celui de la Haine. C'est celui du Dédain. L'aventure est le livre d'un mémorialiste, d'un chroniqueur, d'un historien, d'un poète. Pour tout dire, d'un maître journaliste. En lisant, on songe en même temps à Saint-Simon, à Tallemant des Réaux et à Michelet." Joseph Kessel
"L'aventure que j'ai décrite dans ce livre n'a duré que quatre mois. L'épopée de l'homme prestigieux qui, à lui seul, partant de Paris pour un monde inconnu, sauve une armée, sauve une guerre, sauve l'Indochine. Extraordinaire aventure de la personnalité contre tout ; contre un continent terrible. Heures admirables de l'arrivée où il prend en charge des vaincus, les métamorphose en durs soldats, en héros. Heures fascinantes de la bataille à Vinh Yen, sa Marne jaune, où il triomphe du destin contraire, où, rien que par sa volonté, il écrase les divisions de Giap, si sûres d'elles. Heures laborieuses d'après, folles d'activité, de nerfs, de caprices, où il refait tout. Il se refabrique ses hommes, du "troufion" au "maréchal d'Empire" et au courtisan de l'Entourage."
"L'aventure que j'ai décrite dans ce livre n'a duré que quatre mois. L'épopée de l'homme prestigieux qui, à lui seul, partant de Paris pour un monde inconnu, sauve une armée, sauve une guerre, sauve l'Indochine. Extraordinaire aventure de la personnalité contre tout ; contre un continent terrible. Heures admirables de l'arrivée où il prend en charge des vaincus, les métamorphose en durs soldats, en héros. Heures fascinantes de la bataille à Vinh Yen, sa Marne jaune, où il triomphe du destin contraire, où, rien que par sa volonté, il écrase les divisions de Giap, si sûres d'elles. Heures laborieuses d'après, folles d'activité, de nerfs, de caprices, où il refait tout. Il se refabrique ses hommes, du "troufion" au "maréchal d'Empire" et au courtisan de l'Entourage."
Comment et pourquoi devient-on écrivain ? Dix-huit écrivains répondent : autant de portraits à vif tracés dans la vie d'écrivain de chacun, avec ses manies d'écriture, ses problèmes techniques, sa position par rapport à ses confrères ou les écoles littéraires, ou même ses regrets éventuels... Une analyse vivante de la littérature d'aujourd'hui.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Les historiens affirment déjà que le plus grand événement du XXe siècle nest pas le communisme, mais le réveil de la Chine. En dix ans, la Chine a connu deux révolutions. La première, violente, a voulu extirper tout ce qui rappelait le passé. La seconde, récemment proclamée par Mao-Tsé-Tung, est définie par le titre même de ce livre : cest la Chine de la douceur, qui vise à lintégration de toutes les forces du pays et qui remplace la contrainte par la persuasion. Si certains Occidentaux ont récemment visité la Chine, aucun ne la connaît aussi bien que Lucien Bodard, né en Extrême-Orient, et qui vient deffectuer un immense voyage à travers cette Chine inconnue, pour nous dire quil en est revenu "émerveillé et terrifié". Nous circulons avec lui au milieu de ce peuple dont les hommes de plus de cinquante ans ont disparu, où les capitalistes sont « rééduqués » dans des écoles spéciales, où le dernier Fils du Ciel porte un bleu de chauffe et confesse volontiers ses erreurs passées. Nous faisons connaissance avec Mao-Tsé-Tung, entouré dexperts soviétiques, mais qui a su leur imposer son autorité et préserver lindépendance nationale. "Mao-Tsé-Tung fait Pékin comme Louis XIV a fait Versailles, comme Pierre le Grand a fait Saint-Pétersbourg, de sa toute puissante volonté." Enfin, nous découvrons la Chine en marche vers la puissance industrielle, le "Sahara" chinois, avec le pétrole du Yumen et les villes qui sédifient dans le désert. Ce livre considérable, hors de toute politique, marque la découverte dun peuple et dun esprit absolument nouveaux.
Au Moyen Âge, lEmpereur Che Houang Ti se révolta contre les traditions de la sagesse, proclamant que tout était possible aux hommes. À force de volonté, ils deviendraient les "hommes vrais" capables daccomplir des choses extraordinaires, comme de marcher sur leau, pénétrer le feu, chevaucher les nuages et les vapeurs. Ils atteindraient des résultats magiques, en surmontant tous les obstacles naturels ou divins. Cet Empereur est une figure légendaire. Mais Mao Tse Toung est un nouvel Che Houang Ti. Lui aussi, pour édifier sa Chine, se sert du "merveilleux" comme de larme décisive. Il fait table rase du passé, substituant aux idoles anciennes des idoles vierges. Et le "Grand Bond en Avant" devra permettre à la République populaire datteindre en quelques mois la puissance suprême. Elle y réussira par des méthodes spécifiquement chinoises, parce que les valeurs reconnues du monde entier, même de lU.R.S.S., sont trop lentes et réactionnaires. Il sagit avant tout de briser lordre naturel des choses. Le livre de Lucien Bodard est la description de cette aventure mystique, la plus prodigieuse vécue par lhumanité depuis des siècles. Pour Mao aussi, la "masse" chinoise peut tout, à condition que chaque Chinois se dépersonnalise, ne soit plus quun fragment du peuple, sans passions, sans idées, sans famille. Il veut la mutilation de lindividu, sa disparition dans lâme collective du peuple. Cest lexorcisme de lhomme et de lunivers. Mais le Maoïsme, dans sa tentative incroyable et apparemment impossible, a plongé la Chine dans un obsédant cauchemar. Mao croit trouver la solution dans les Communes du Peuple, ces entités rouges parfaites où chaque être se perd dans le grand Tout. Mais il échoue dans une demi-disgrâce. Et cest le règne de Liu Shao Chi, lhomme sans visage, aux méthodes plus rigoureuses encore. Cest le livre de la haine. Le régime déteste dans chaque individu le péché originel qui lempêche de progresser. Il déteste la nature, dont il narrive pas à bout. Il déteste les autres peuples, qui ne "comprennent" pas la Chine. Cest le livre de lorgueil. Car la Chine veut redevenir lEmpire du Milieu dominant lunivers. Et lon ne peut imaginer jusquoù elle ira malgré sa crise, son immense misère, laccablement de ses hommes.
Vers 1850, Yi, jeune beauté mandchoue, caresse un rêve inouï : devenir la femme de l'Empereur Hieng-fong, ivrogne et pédéraste. Elle y parviendra, par la rage "d'écraser, d'agir, de jouir". Cette ambition folle, dans une Chine surréelle, passe par le concours du Concubinat, les machinations sexuelles, jusqu'à l'empoisonnement final de l'Empereur. Une débauche de raffinements, de bonheurs dans le crime, alors que s'avancent sur Pékin les "Barbares" occidentaux... Dans La vallée des roses coule le torrent bodardien, jaune d'or et de boue, un tourbillon d'insolite, un fracas d'horreurs.
Le roman bouleversant d'une famille désunie par la faute d'un père égoïste, qui apprend à renouer les liens du sang autour du fils aîné, invalide.Auvergne, 1974. Une famille bourgeoise et désunie, par la faute d'un père égoïste et intransigeant, apprend à renouer les liens du sang autour du fils aîné, devenu invalide.A la mort du père, la famille Ameil est en pleine décomposition. Les deux frères, Jocelyn et Antoine, s'aiment et se jalousent à la fois. Ils convoitent tous deux la douce Pauline. Mais Jocelyn rafle tout : la direction de l'usine familiale de bois et épouse la jeune femme. Lorsqu'Antoine, de retour d'un long voyage, revient en Auvergne, il retrouve un frère malade, invalide. Dès lors, autour de lui, la famille Ameil se rassemble et, dans un ultime sursaut, réapprend à se connaître et à s'aimer.
On disait toujours que Lucien Bodard, le Prince des grands reporters, que sa monumentale histoire de la guerre d'Indochine avait plus de qualités d'évocation et de vie que le plus romanesque des romans. C'est en 1973 que Bodard deviendra romancier, et ce fut Monsieur le Consul ou la découverte, par un enfant ravi, d'une Chine encore médiévale, mise à sac par les seigneurs de la guerre, où Albert, consul de France, Monsieur le Consul, se débat pour mener à bien la construction d'un chemin de fer qui relierait le Sichuan au Tonkin. Le petit Lulu voit tout, raconte tout, de l'élégante arrogance d'Anne Marie, sa mère bien-aimée, à la misère, aux têtes coupées, aux fastes de Shanghai. Monsieur le Consul sera couronné par le prix Interallié. Deux ans plus tard, Bodard récidive avec Le Fils du Consul. Cette fois, nous sommes au Yunnan, dans une Chine nouvelle où gronde la révolution. Une Chine où les Blancs ont peur. Voyous, putains, barbouzes, ambassadeurs, encore une fois Bodard n'épargne personne, ni l'ordre colonial, ni le duel toujours recommencé de la mésentente de ses parents qui, en 1981, lui fera écrire le fabuleux Anne Marie, qui obtiendra le prix Goncourt. A travers Anne Marie, Lucien Bodard ne raconte pas seulement sa mère et ses rapports avec l'homme qui gouverne le Quai d'Orsay, mais aussi l'univers des écoles de la grande bourgeoisie, celui des salons, de la puissance, et le désespoir d'un petit garçon qui hurle son besoin d'amour. Après la trilogie de La Guerre d'Indochine, voici réunie dans ce volume, la trilogie romanesque de l'enfance de Lucien Bodard : ces trois livres ont consacré un nouveau très grand romancier dont on ne finira pas de savourer les personnages hors du commun et l'écriture singulière et somptueuse. Lucien Bodard est le né le 9 janvier 1914 à Tchoung-King (aujourd'hui Chong-qing), en Chine, où son père était consul. Devenu grand reporter pour France-Soir, il a couvert tous les événements brûlants du demi-siècle dans le monde entier. Journaliste-écrivain, il avait obtenu le prix Aujourd'hui pour L'Humiliation. Romancier, il a reçu le prix Interallié pour Monsieur le Consul et le prix Goncourt pour Anne Marie. Auteur de plus de 20 livres traduits dans le monde entier, il est décédé le 2 mars 1998, quelques heures après avoir terminé la correction des épreuves de son dernier roman, Le Chien de Mao.
Le 9 septembre 1976, Mao meurt sans avoir prononcé les quelques mots qui auraient fait de sa femme la nouvelle Impératrice rouge. Et madame Mao, hâtivement, maladroitement, tente un coup d'Etat. Un mois plus tard, elle est arrêtée. Ainsi s'achève une des plus folles "carrières" du siècle. Ainsi commence le nouveau roman de Lucien Bodard, dans l'ambition féroce et l'hystérie. C'est la plus extravagante des histoires, l'ascension d'une fille de rien, née dans le ruisseau ou presque, qui devient actrice dans Shanghaï la fabuleuse et qui force son chemin jusqu'au futur maître de la Chine. Les armes de la future Madame Mao ? Sa rage de survivre, son exceptionnelle qualité de méchanceté, et puis son mépris des hommes qu'elle domine par le sexe. Elle n'en respecte qu'un, Kang Sheng qui la protégea quand elle était enfant, Kang Sheng l'espion, le futur chef des services secrets de la Chine rouge. La rencontre de ces deux êtres, leur complicité... Tout est là. Bodard montre une Chine convulsive, déchirée, encore endormie dans le Moyen Age, mais déjà folle de modernité mal assimilée sous la botte des Blancs ivres de mercantilisme. Et surtout, il raconte à sa manière fourmillante la saga du parti communiste chinois, les combats contre les Nationalistes de Tchang Kaï Chek, la clandestinité, les complots, les trahisons, la Longue Marche. C'est la plus formidable épopée du XXe siècle.
Des retrouvailles de Lucien Bodard avec la Chine naît un livre foisonnant où passé et présent s'entrelacent. Car l'ambition de Lucien Bodard est immense : il s'agit de dire la Chine dans toutes ses contradictions, dans ses mythologies, dans ses désordres et dans sa sagesse. Au fil des pages surgissent les acteurs d'une des plus grandes convulsions de l'époque contemporaine, Mao bien sûr, mais aussi Tchang Kaï-chek, et Sun Yat-sen, et Ts'eu Hi, et Liu Shaoqi, et Deng Xiaoping. Surgissent aussi les fresques de sang, la révolte des Taïping, celle des Boxers, la guerre contre les Japonais, la Révolution culturelle... Théorie de massacres infinis, bégaiements de l'Histoire où la Chine, peut-être, s'enlise. Et puis, il y a le quotidien, cette randonnée dont les étapes - Pékin, Shanghai, Hangzhou, Nankin, le Fleuve Bleu, Chongqing, Chengdu, Kunming, Canton, Hong Kong - sont autant de pierres dressées sur les chemins de la mémoire. De paysages en personnages, le livre devient un vrai tableau de la Chine d'aujourd'hui : étudiants, écrivains, directeurs d'usine... Bodard les décrit tous, ces Chinois bien réveillés qui construisent la Chine de demain. Plus secrètement, ce voyage est aussi un voyage sentimental, la quête longtemps repoussée des lieux où vécurent sa mère Anne-Marie et son père Albert le Consul. Et l'homme Bodard marche sur leurs pas, cherche et trouve le consulat où il est né, les cours où il a joué, renouant enfin avec la réalité de son passé. Lucien Bodard et la Chine, une histoire d'amour.
Anne Marie était le grand roman de l'amour filial. La Chasse à l'ours, qui s'ouvre par la mort déchirante de cette mère mythique, est celui de la passion amoureuse. Autour de Lulu, cinquante ans, grand reporter dans un quotidien parisien, "ours" lâché aussi bien dans la forêt africaine que dans la jungle parisienne, les femmes tournent en chasseresses, sans toujours savoir sur quel pied danser... Car ce baroudeur désabusé, ce don Juan aux tactiques sentimentales qu'on croirait parfois empruntées aux Seigneurs de la guerre, est dans la vie aussi infidèle qu'il est possessif. Paule, Martine, Ghislaine, et surtout Clémence, sa femme légitime, font les frais de cet "ours" à l'appétit infernal et aux réactions imprévisibles. Jamais l'enfant turbulent d'Anne Marie et de Monsieur le consul n'avait, avec tant de lucidité, tant d'émotion aussi, évoqué ces femmes mystérieuses et séduisantes auxquelles son héros doit être l'homme qu'il est, et Lucien Bodard l'auteur de ce beau roman à la gloire de l'amour fou.
En 1885, l'Indochine est encore une terre inconnue, imprévisible, pour les Français qui viennent de s'y aventurer. Tandis que la conquête progresse, un jeune colonel, issu d'une grande famille de l'aristocratie, se porte volontaire pour diriger une manoeuvre de diversion sur les confins de la Chine, en pays méo. Au lendemain d'un siège héroïque, le colonel-duc se retrouve maître du terrain, au coeur d'une contrée hostile, avec des effectifs décimés. Un seul espoir de survie : les Méos, qui ont observé le combat du haut de leurs pitons sans y prendre part. Pour sceller l'alliance, l'officier se voit contraint d'épouser Niau, la belle petite Méotte, la fille du chef. Ainsi se noue le destin de celle qui restera toute sa vie "la Duchesse", même quand les hasards de l'existence l'auront menée des hauts plateaux du Tonkin à l'hôtel de la Gare, de Laokay au Yunnan - la Duchesse ne sera plus alors que la respectable Mme Dieudonné - en passant par le bordel frontalier dont elle aura été la patronne, des années durant "au service de la France" autant que de ses intérêts, par le biais de fantastiques trafics d'opium et d'esclaves. Roman d'amour et roman d'aventure aux innombrables et surprenants personnages, fresque historique et réquisitoire contre le colonialisme avide. Ressuscitée par le verbe de Lucien Bodard, cette Asie du début du siècle nous plonge dans un univers foisonnant au-delà de l'imaginable.
La Vallée des roses est l'histoire d'une ambition folle qui réussira, d'une ascension qui n'avait pas une chance sur un million de se réaliser, celle d'une fleur, d'une beauté à la grâce incarnée : une jeune fille qui a nom Yi. Yi, qui caresse un rêve inouï : devenir la femme de l'Empereur régnant et, en le subjuguant, gouverner la Chine aux 500 millions de sujets, devenir la fameuse impératrice Tseu-hi. On voudrait tout citer, tout raconter. D'abord Hieng-fong, le Soleil Impérial, le souverain auquel Yi rêve de s'unir, "...dégénéré, ivrogne et débauché, une raclure, un être sans foi ni loi...". Habité de surcroît d'une totale horreur des femmes, Hieng-fong règne sur une cour que composent des gitons. On voudrait dire aussi, évoquer la Cité Violette de Pékin, que gardent des régiments de castrats... Et encore le Concours du Concubinat où, gardée par le Grand Eunuque et le Grand Surveillant, la Mère du Ciel (mère de l'Empereur) choisira, parmi cent filles dénichées d'un bout à l'autre de la Chine, les trente qui seront les concubines de son fils, formeront le Harem Impérial et tenteront de séduire l'implacable pédéraste. Ce roman de moeurs est un fantastique roman d'aventures qui, à chaque page, confronte le lecteur à la réalité la moins vraisemblable et, génie de l'auteur, à la plus vraie. Par dizaines et dizaines se succèdent des scènes hallucinantes que gorge, gonfle et magnifie le style de Bodard.