Isabelle Arseneau
Isabelle Arseneau
Alors qu'une controverse liée à la liberté universitaire éclate sur le campus où elle enseigne, Isabelle Arseneau réinterroge le sens de son métier, à la lumière d'une expérience de lecture troublante vécue dans son enfance ainsi que de son propre rôle de mère.La nostalgie de Laure, c'est celle qu'éprouve sa fille pour une époque qu'elle n'a pas connue, où la jeunesse semblait plus insouciante et ne s'inquiétait pas autant de ses fragilités. Que pourrait nous faire perdre cette culture de protection qui se manifeste aujourd'hui à l'université ? La possibilité exigeante mais combien précieuse du choc - choc de la lecture, de la connaissance et de la découverte.
Conforme à la majorité des plus récents travaux consacrés à l'hypertextualité, la dernière réévaluation en date de l'histoire du pastiche (Paul Aron, 2008) fait l'impasse sur la littérature du Moyen Âge. Ce dossier espère réhabiliter le corpus médiéval en l'incluant dans la réflexion critique et théorique sur cette pratique hypertextuelle qu'on peut définir, avec Gérard Genette, comme l'imitation en régime ludique d'un style, d'une manière. Les spécialistes réunis pour ce numéro ont accepté de tester l'hypothèse du pastiche sur un corpus varié, qui regroupe autant des formes brèves des domaines d'oc (sirventes-ensenhamens) et d'oïl (fabliaux et pièces lyriques) que différentes traditions romanesques du XIIIe au XVe siècle (Meriadeuc, L'Estoire del saint Graal et la vaste composition en prose qu'est le Perceforest).
Si le rire accompagne le roman tout au long de son aventure, c'est qu'il apparaît comme l'un des traits les plus sûrs par lesquels cet art protéiforme puisse être défini. Il paraît clair, en effet, que le roman ne peut pas être caractérisé uniquement suivant les principes qui président à la formation des genres canoniques, c'est-à-dire à partir de critères formels et performatifs, ou alors qu'un tel effort de définition, pour valable qu'il soit, ne parvient pas à cerner la spécificité du genre. Pour mieux apprécier la nature du roman, il convient de faire intervenir un autre critère, moins concret parce que non formel, mais autrement plus décisif, en ce qu'il tient à une certaine manière de représenter et de concevoir le monde, ou mieux : à un certain esprit, ainsi que l'on nommait jadis l'humour. L'existence d'un tel esprit expliquerait qu'au cours de son histoire, le roman n'ait pas eu besoin de se figer dans une forme précise, qu'il ait pu emprunter à toutes les formes et à tous les discours, qu'il ait pu s'écrire d'abord en vers puis en prose, qu'il ait pu parodier autrui et se parodier lui-même, sans que l'acuité de son regard s'en trouve altérée.
Pendant plus de cinq siècles, l'objet qu'est le livre imprimé a conditionné notre manière de recevoir les textes et de penser la littérature. Toutefois, les pratiques numériques et les mutations des habitudes de lecture qu'elles entraînent nous ont rendus plus sensibles à la spécificité du livre imprimé et à l'historicité de ce format. Parallèlement, les deux dernières décennies de la recherche médiévistique ont été caractérisées par un regain d'intérêt pour la matérialité du codex médiéval et les spécificités de la textualité qui en découlent. L'ambition de ce numéro, défendue dans les travaux de nombreux chercheurs actuels, en Amérique du Nord comme en Europe, est de montrer que codicologie et philologie ne sont pas nécessairement des disciplines extérieures à la critique littéraire. Ces deux approches privilégiées ici nous permettent de penser le livre et, par là, la littérature médiévale.