Hélène Merlin-kajman
Hélène Merlin-kajman
Issue du romantisme, la modernité occidentale s'est construite par opposition avec le "classicisme", assimilé à un style de domination sociopolitique. Portée à l'excès, cette critique aboutit à la phrase fameuse de Roland Barthes, "la langue est fasciste", qui en dit long sur le contre-sens d'interprétation sur lequel se fonde cette critique. L'ouvrage d'Hélène Merlin-Kajman nous propose une tout autre vision du classicisme. La civilité qu'il a instaurée a eu pour fonction, dans la France du XVIIe siècle, de sortir de la violence des guerres civiles de religion pour instaurer une nouvelle forme de collectivité, qui se situerait au-delà des affrontements entre communautés. Il faut dénouer cette erreur historique pour purger la modernité de sa part mortifère, telle qu'elle s'exprime notamment à travers des formes de pédagogie qui, sous couleur de progressisme, se réduisent à donner une vision négative de la norme.
Au constat, aujourd'hui commun, d'une crise de la littérature dans les sociétés démocratiques - alors que celle-ci constituait le coeur de leur culture jusqu'à une époque récente -, nul ne peut plus répliquer par l'aporie de sa définition (pour autant que la littérature ait vraiment existé dans l'histoire), voire par la discipline dont elle est l'objet (histoire littéraire ; sociologie des institutions littéraires ; théorie critique ; rhétorique ; poétique ; stylistique...). Parler d'elle, c'est défendre une zone mise en danger : celle de sa transmission. Car la littérature ne serait rien sans l'apprentissage premier des histoires que les parents lisent aux enfants, avant que ceux-ci ne deviennent capables de lire seuls, à leur tour. Nous invitant à changer de point de vue, Hélène Merlin-Kajman s'interroge sur la transmission, partant, sur l'avenir : elle définit l'usage de la littérature qu'il est urgent de promouvoir, sinon d'inventer dans des sociétés fondées sur le respect de l'individu, la valorisation de son autonomie et de sa liberté - de conscience, de sentiment. Pour quelles valeurs cognitives, esthétiques, voire thérapeutiques, exigées par le citoyen, doit-on restaurer le partage transitionnel - afin que les textes littéraires, aujourd'hui observés par les sciences humaines ou tenus à distance par l'univers des images comme s'ils n'existaient qu'en dehors, tissent à nouveau des liens pour nous ?
Au constat, aujourd'hui commun, d'une crise de la littérature dans les sociétés démocratiques - alors que celle-ci constituait le coeur de leur culture jusqu'à une époque récente -, nul ne peut plus répliquer par l'aporie de sa définition (pour autant que la littérature ait vraiment existé dans l'histoire), voire par la discipline dont elle est l'objet (histoire littéraire ; sociologie des institutions littéraires ; théorie critique ; rhétorique ; poétique ; stylistique...). Parler d'elle, c'est défendre une zone mise en danger : celle de sa transmission. Car la littérature ne serait rien sans l'apprentissage premier des histoires que les parents lisent aux enfants, avant que ceux-ci ne deviennent capables de lire seuls, à leur tour. Nous invitant à changer de point de vue, Hélène Merlin-Kajman s'interroge sur la transmission, partant, sur l'avenir : elle définit l'usage de la littérature qu'il est urgent de promouvoir, sinon d'inventer dans des sociétés fondées sur le respect de l'individu, la valorisation de son autonomie et de sa liberté - de conscience, de sentiment. Pour quelles valeurs cognitives, esthétiques, voire thérapeutiques, exigées par le citoyen, doit-on restaurer le partage transitionnel - afin que les textes littéraires, aujourd'hui observés par les sciences humaines ou tenus à distance par l'univers des images comme s'ils n'existaient qu'en dehors, tissent à nouveau des liens pour nous ?
Quand Boileau oppose le gain et la gloire dans des vers célèbres de l'Art poétique, il fait plus que claironner son intention de souscrire ouvertement à la nouvelle politique littéraire et artistique du Roi-Soleil. En même temps, et sans doute plus profondément, il met en relief une angoisse qui traverse tout le XVIIe siècle : comment intégrer dans les circuits d'échange des objets, comme l'« art divin » de la poésie, qui par nature se présentent comme foncièrement incommensurables? À travers des analyses portant sur la pastorale (Thomas Pavel), le don (Hélène Merlin), l'échange et le titre dans Le roman bourgeois (Craig Moyes), la figure de l'auteur chez Pascal (Éric Méchoulan), le vraisemblable dans la correspondance entre Chapelain et Huygens (Frédérique Aït-Touati) et la félonie chez le duc de Saint-Simon (Frédéric Charbonneau), des questions étroitement liées à la commensurabilité font percevoir, au-delà de l'intérêt particulier de tel ou tel cas, une parenté profonde qui nous renseigne moins sur les axiologies qui avaient cours au XVIIe siècle que sur les techniques et les stratégies littéraires employées par divers écrivains pour assurer, modifier, miner ou simplement interroger les valeurs qui en étaient issues.