Christian Baudelot
Christian Baudelot
21 millions de travailleurs ont dépensé en 1971 leur énergie sous des formes diverses : en transformant la matière, en dirigeant la production, en permettant le rassemblement des capitaux, en commercialisant des marchandises, en soignant des malades, en enseignant les mathématiques, en acheminant le courrier... Peut-on prendre une mesure d'ensemble de l'utilisation finale de cette énorme dépense de forces humaines ? A quels usages économiques et sociaux ont été consacrés les différents produits du travail de ces 21 millions d'actifs ? A quelles grandes fonctions de la vie économique et sociale ces énergies humaines ont-elles été affectées, et dans quelles proportions ? Combien de travailleurs, quels travailleurs ont consacré leur énergie à fournir les biens de luxe ? A accroître les patrimoines immobiliers ? A arrondir les fortunes privées ? Combien de travailleurs, quels travailleurs, ont été nécessaires pour assurer à chacun de quoi refaire ses forces, jour après jour ? Et la main-d'oeuvre mobilisée par l'Etat, à quoi, à qui sert-elle au bout du compte ? Les besoins de chaque classe sociale s'enracinent dans ce que la vie professionnelle a de plus profond ; en retour, la demande qui en résulte oriente le travail humain et contribue à donner à l'appareil de production son allure générale : une population active taillée, en définitive, à la mesure des exigences des classes les plus puissantes. A partir des données de la comptabilité nationale et sur la base des méthodes des comptabilités sociales en temps de travail, les auteurs de « La petite bourgeoisie en France » remettent en chantier l'analyse des classes sociales. La question posée : Qui travaille pour qui ? n'est pas une question gratuite, ce n'est pas non plus un chapitre supplémentaire à ajouter à la sociologie des inégalités dans notre pays. C'est une façon d'analyser les liens entre la production et la consommation, l'économique et le social telle que soient mis au jour les rapports obscurs mais profonds qui relient l'appareil de production au sens large et les classes sociales, telles qu'elles existent en France aujourd'hui.
Entre 1968 et 1969, un groupe de chercheurs composé d'Étienne Balibar, Christian Baudelot, Roger Establet, Pierre Macherey et Michel Tort, prépare, sans leur maître Louis Althusser, un livre collectif sur la critique de l'école. Ce livre ne paraîtra jamais. Pourtant, les constats qu'il établissait étaient d'une actualité brûlante. L'école, véhicule de la reproduction sociale et porte-voix de l'idéologie dominante, y faisait l'objet d'une critique virulente - surtout dirigée contre son instrumentalisation par l'État et les forces capitalistes. Aujourd'hui, à l'heure où l'école fait l'objet d'attaques toujours plus impitoyables de la part même de ceux qui s'en sont servi pour maintenir leur mainmise sur les esprits, le dossier devait être rouvert. Cinquante-six ans après, il n'a pas pris une ride. Qui souhaite renouer avec le combat pour une école véritablement émancipatrice doit s'y plonger.
Le développement de la consommation accroît-il la participation aux valeurs centrales de la vie sociale ? Y a-t-il encore aujourd'hui des classes sociales ? L'étude scientifique de leurs budgets donne-t-elle la clé de toutes les relations qu'elles entretiennent entre elles : ségrégation, exploitation, distinction, exclusion, voire imitation ou rattrapage ? La classe ouvrière est-elle intégrée à la société moderne ? L'impressionnante bibliographie de ses travaux atteste que la curiosité de Maurice Halbwachs s'est étendue aux domaines les plus divers de la vie sociale : du prix des loyers à Paris à la mémoire familiale, de la ségrégation urbaine à Chicago, aux avatars de la localisation des lieux saints, des changements produits par la guerre de 1914 sur l'âge respectif des époux, à l'homogénéisation des taux de suicide dans les différents comtés d'Angleterre. En articulant une théorie ambitieuse de la société, avec une investigation empirique riche et cohérente, Maurice Halbwachs (1877-1945) a donné le branle à la sociologie moderne des modes de vie.
Le suicide nous parle du suicide plus que de Durkheim, c'est un livre vivant. Et rares, en sciences sociales, les ouvrages qui survivent à leurs auteurs ou aux circonstances historiques qui ont motivé leur publication.Le suicide, comme d'ailleurs L'évolution pédagogique en France, éveille chez le lecteur un intérêt réel pour le thème abordé. Durkheim constatait dans tous les pays européens une croissance régulière et forte du taux de suicide. Cela est-il toujours vrai au XXe siècle ? Au XIXe, divorce et suicide croissaient parallèlement. Qu'en est-il aujourd'hui dans notre pays où il se prononce 200 divorces par jour ?Aujourd'hui comme hier, les hommes se suicident beaucoup plus souvent que les femmes. Pourquoi ? Durkheim a établi le fait, mais les explications qu'il en donne sont inacceptables. Peut-on en trouver de meilleures ?Pourquoi en cent ans l'ouest de la France est-il devenu l'une des régions où l'on se suicide le plus ?Le suicide des jeunes augmente mais demeure aujourd'hui comme hier inférieur à celui des personnes âgées. Pourquoi ?Autant de questions posées par ce livre auxquelles Durkheim n'a pas toujours apporté de réponses. Il nous oblige à réfléchir.
« Nous avons vécu soixante ans ensemble. Soixante années de bonheur et d’amour. Mais ce livre est aussi l’histoire d’un deuil. Olga est décédée le 30 octobre 2022 d’un arrêt cardiaque. Seize ans plus tôt, je lui avais donné mon rein droit. J’ai voulu analyser notre couple à la lumière de la greffe que nous avons partagée, mais aussi des évolutions sociales qui ont émaillé notre parcours – émigration, école, famille, engagements politiques et professionnels, émancipation des femmes. Non pour donner la “recette” d’un couple qui dure, mais pour comprendre cette drôle de vie que nous avons eue, dans une société elle-même en mouvement. » C. B. Né en 1938, Christian Baudelot est sociologue. Plusieurs de ses ouvrages, coécrits avec Roger Establet, ont fait date : Le Niveau monte (Seuil, 1989), Allez les filles ! (Seuil, 1992) ou encore L’Élitisme républicain (Seuil, 2009). Plus récemment, il a publié, avec son épouse Olga Baudelot, Une promenade de santé. L’histoire de notre greffe (Stock, 2008). Il livre ici un récit à la fois personnel et universel, entre sociologie et littérature, qui raconte une histoire d’amour imbriquée dans une histoire collective, celle de la France au XXe et au XXIe siècles.
Cette fois, c'est écrit et c'est prouvé : • Le XXe siècle aura été le grand siècle de l'instruction des femmes. Chaque mois a autant pesé en ce sens que chaque siècle depuis l'an mille. En 1971, les filles rattrapent les garçons pour l'accès au bac et à l'université. En 1990, elles l'emportent dans les deux cas. • Dès le primaire, les filles dominent en français et font match nul en maths. Et cela se vérifie ensuite au niveau de la sixième et de la troisième. Au fond, la famille en amont et l'entreprise en aval sont en retard sur l'école. • Cette évolution est une donnée internationale qui concerne tous les pays riches et les distingue de plus en plus nettement des pays pauvres. Pour autant, la percée des filles n'est pas achevée. " Guerre des sexes " au collège, " vocations " distinctes dans l'enseignement général, verrouillage désuet du technique, orientation inégalitaire dans le supérieur : les chemins de la réussite ne sont pas identiques ; les filles accumulent un capital initial plus important, les garçons apprennent à mieux négocier le leur dans toutes les compétitions scolaires. Mais l'évolution – inachevée – se poursuit. Après quatre ans d'enquête, forts de données inédites et de mille recoupements à la fois limpides et savants, Baudelot et Establet sont catégoriques : voilà un fait social irrésistible et un défi incontournable.
L'impact de la société sur un acte aussi individuel que le suicide est peut-être l'énigme majeure à laquelle les sociologues, depuis Durkheim, ont été confrontés. Pourquoi les hommes se tuent-ils plus que les femmes ? Les jeunes moins que les vieux ? Les urbains plus que les ruraux ? Les catholiques moins que les protestants ? Pourquoi le dimanche moins que le lundi ? Et l'été plus que l'hiver ? En temps de paix plus qu'en temps de guerre ? Nous disposons, aujourd'hui, sur toutes ces questions, d'informations sérieuses à l'échelle de la planète. Et c'est dérangeant pour l'esprit. La croissance du taux de suicide avec l'âge pouvait passer pour un fait de nature : vieillir amène son lot de soucis. Mais l'idée est trop courte. Depuis les chocs pétroliers, le suicide des jeunes augmente et celui de leurs aînés se maintient ou diminue. C'est sans doute le constat le plus grave que dresse ce livre. Le suicide accompagne les mouvements de la société. Il est en hausse lors des crises économiques, en baisse pendant les guerres. Il a crû avec le développement industriel du XIXe siècle, mais diminué avec l'expansion économique du XXe. L'enquête, toutefois, souligne combien les modèles souffrent d'énormes exceptions. Ainsi l'Inde, la Chine, la Russie sont-elles les seules nations qui réagirent au XXe siècle comme les pays occidentaux au XIXe siècle. Ainsi les Chinoises échappent-elles à la norme en se suicidant plus que les hommes. Ainsi le Japon est-il l'unique pays qui connaît - jusqu'en 1995 - une baisse du suicide à tous les âges. Stéréotypes, s'abstenir. L'étude du suicide permet de découvrir la face cachée de la planète, la force des héritages et la fragilité des apparences. Le déclin relatif du suicide au XXe siècle contredit une vision catastrophiste selon laquelle le développement économique n'aboutirait qu'à des formes exaspérées de l'individualisme, laissant chacun seul devant son destin. Christian Baudelot et Roger Establet nous offrent la synthèse d'une masse extraordinaire de données. Ils poussent la sociologie dans ses derniers retranchements, jusqu'aux portes du mystère.
Un livre pour comprendre où en sont les différences et les inégalités entre filles et garçons aujourd'hui.
Le sociologue Christian Baudelot (Le Niveau monte, Allez les filles !, etc.), dont les livres, notamment sur les questions d'éducation, font référence dans le monde entier, change ici complètement de registre. Voilà deux ans, il a vu sa femme Olga, elle-même chercheuse, atteinte d'une maladie incurable du rein, s'acheminer vers la dépendance et la mort. Comme sa mère et sa grand-mère avant elle. Découvrant qu'ils étaient « compatibles », Christian Baudelot a décidé de donner un rein à sa femme. C'est l'histoire de ce don qu'ils narrent ici à deux voix. « Je l'ai fait pour moi ! clame d'abord le donneur. Parce que j'ai vu le calvaire de mon beau-père dont l'épouse s'étiolait. » Mais l'explication est un peu courte et ce livre, précisément, nous invite à la subtilité. Il y a d'abord le parcours des combattants. Rapporté avec humour et précision. Il y a ensuite une réflexion profonde sur l'identité, l'intégrité. Qu'est-ce que donner une part de soi, qu'est-ce que soi ? Et puis il y a l'histoire d'après. De ce qu'on attend du don, de ce que cela déclenche chez l'un et chez l'autre. Des passions obscures qui sont alors mobilisées. En France, la médecine est réticente devant le don d'organe entre vivants. Parce que c'est compliqué. Oui, c'est compliqué. Christian et Olga Baudelot nous en font les témoins avec une sincérité magnifique, émouvante, avec une précision d'intellectuels vigilants. Et surtout, ils ont co-écrit une histoire d'amour, la leur, poignante et optimiste, qui donne à leur ouvrage une valeur universelle.