Yves Sassier
Yves Sassier
À bien des égards, le règne du successeur de Hugues Capet a fait l'objet de récits où s'entremêlent histoire et légende. Robert le Pieux (972-1031) fut considéré par son contemporain et « hagiographe » Helgaud comme le premier roi thaumaturge, détenteur d'un pouvoir miraculeux permettant de guérir ses sujets. Certains auteurs des xixe et xxe siècles l'ont quant à eux décrit comme un homme dirigé par ses passions amoureuses, qui l'auraient conduit à des comportements aux retombées préjudiciables à sa renommée. Le roi de l'an mil fut en tout cas un dirigeant aux choix politiques parfois audacieux dans le contexte difficile d'une France « sans État », depuis plus d'un siècle disloquée entre zones de puissance ou d'influence concurrentes. En plongeant au coeur des sources, narratives autant que diplomatiques, Yves Sassier s'efforce de restituer au plus près toute la complexité d'un règne qui permit de consolider la toute jeune dynastie capétienne, promise à un grand avenir. Docteur en droit et spécialiste de l'histoire politique et institutionnelle des xe-xiie siècles, professeur émérite à l'Université Paris-Sorbonne (Paris IV), Yves Sassier a été professeur à la Faculté de droit de Lille, puis à celle de Rouen. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont, chez Fayard, Hugues Capet (1987) ou Louis VII (1991).
En mai 987, le Carolingien Louis V meurt des suites d'un accident de chasse. Six semaines plus tard, l'accession au trône du duc des Francs, Hugues Capet, marque l'avènement d'une dynastie qui régnera pendant huit siècles sur la France. Le succès du " coup d'Etat " qui fait de Hugues Capet un roi n'est pas purement fortuit. Il tient aux bouleversements politiques et sociaux d'un Xe siècle volontiers décrit comme la période la plus sombre du Moyen Age. Il tient aussi à l'exceptionnelle réussite d'un lignage, celui des Robertiens, qui, en moins de deux générations, est parvenu à imposer sa primauté dans l'ordre politique franc. Enfin, il doit sans doute beaucoup à la personnalité d'un homme longtemps méconnu et maltraité par l'historiographie. Prince sur le déclin, Hugues Capet n'eut certes ni la vigueur d'un conquérant ni les moyens matériels de s'imposer comme un grand chef d'Etat. Dans ce royaume franc, déchiré depuis près d'un siècle par les luttes entre grands, théâtre de l'effondrement des structures carolingiennes, il se contenta de mériter sa royauté, de l'assumer avec dignité et mesure en tenant à distance ceux qui la menaçaient, et de la transmettre à sa descendance. Ce faisant, il en rehaussa l'éthique, la sauva du naufrage et prépara l'avenir. Yves Sassier est né en 1946. Juriste et historien, agrégé des Facultés de Droit (Histoire du droit et des institutions), il est professeur à l'Université de Rouen. Il est l'auteur d'une recherche sur le comté d'Auxerre aux Xe _ XIIIe siècles, et de diverses contributions à l'étude de l'histoire politique et religieuse des deux premiers siècles capétiens.
La longue période de l'histoire médiévale qui s'étend du IVe au XIIe siècle est dominée par une certaine vision du monde : celle d'une humanité pécheresse en marche vers Dieu, dont le séjour terrestre n'est qu'une étape douloureuse dans l'attente de son Salut. Or, très tôt, les clercs ont développé l'idée que le pouvoir terrestre avait un rôle à jouer au regard de cette destinée spirituelle de l'humanité et qu'une étroite collaboration s'imposait entre puissance royale et puissance sacerdotale. Mais sur quelles bases établir cette collaboration et quelle place y assigner au prince ? Ce dernier serait-il perçu comme le médiateur entre Dieu et les hommes, nécessairement placé dans une position de « suréminence » et donc d'irresponsabilité devant ses sujets ? Ou bien le gouvernant ne serait-il qu'un homme parmi d'autres, soumis comme eux à la médiation des prêtres ? Comment, enfin, définir le bon roi et quelles devraient être les formes de son action ? Ces questions ont fait l'objet, dès la fin de l'Antiquité, de grands débats que l'on suit ici, au sein du monde franc et en France, jusqu'au seuil du XIIIe siècle. À travers les cas très concrets des souverains romano-barbares, puis des Carolingiens, au pouvoir hégémonique de plus en plus critiqué, cet ouvrage permet de comprendre comment s'est constituée, autour de la royauté, l'idéologie qui l'a portée, inspirée et contestée. Yves Sassier, Docteur en droit, agrégé des facultés de droit (droit romain et histoire du droit), est professeur d'histoire des institutions médiévales à l'université de Paris-Sorbonne (Paris IV). Il est notamment l'auteur de Hugues Capet (Fayard, 1987), Louis VII (Fayard 1991) et co-auteur avec O. Guillot et A. Rigaudière de Pouvoirs et institutions dans la France médiévale (Armand Colin, 2 vol. 1994).
Mari bafoué, gouvernant immature et dépourvu de toute envergure dont le règne n'aurait été qu'une longue suite d'erreurs et d'humiliations: le Louis VII dépeint par l'historiographie traditionnelle manque singulièrement de grandeur, et sa faiblesse offre un saisissant contraste avec la vigueur de son père, Louis VI, ou le génie politique de son fils, Philippe Auguste. Louis VII n'a certes pas la personnalité qu'on attend d'un roi: tolérant, généreux, pieux jusqu'à la dévotion, naïf et sensible, il ferait plutôt figure de saint laïque. Pourtant ce prince aux moeurs trop pures, au tempérament trop doux, apparemment mal armé pour lutter contre l'ambition et la fourberie des monarques de son temps, sut dessiner les contours d'une royauté plus forte. En ce XIIe siècle trépidant, où la chrétienté occidentale se déchire, où Frédéric Barberousse aspire à la domination universelle, où les situations que l'on croit figées pour toujours se modifient soudain, le long règne (1137-1180) de Louis VII ne se juge pas d'une pièce. Premier roi de France à prendre la croix et à gagner la Terre sainte, il doit mener, dès son retour, un difficile combat dont l'enjeu est la survie de la dynastie. Il ne pourra empêcher la montée des Plantagenêt, mais, attentif au jeu politique, plus habile et peut-être plus clairvoyant qu'on ne le pensait, il affermit de façon décisive la prérogative du roi de France en tant que protecteur des Eglises et pacificateur du royaume. Juriste et historien, agrégé des Facultés de Droit, Yves Sassier est professeur à l'université de Rouen où il enseigne l'histoire des institutions et des idées politiques. Il est l'auteur d'un Huges Capet (Fayard, 1987).