Yvan Lamonde
Yvan Lamonde
Au Québec, les femmes ne furent guère présentes dans le mouvement de décollage culturel et intellectuel des années 1840. On recense en effet peu de femmes dans la presse, dans les associations comme l'Institut canadien de Montréal ou le Cabinet de lecture paroissial, sinon dans l'auditoire. Elles ont eu leur propre dynamique culturelle et intellectuelle trente ou quarante ans plus tard, le plus souvent dans les mêmes formes et médias que ceux des hommes en 1840. Depuis cinquante ans, leur histoire s'est beaucoup faite en vase clos : littéraire, civique, politique. Les « premières » de cette histoire ont souvent été magnifiées. L'objectif du présent ouvrage est de dérouler les conditions de possibilité de la contribution de femmes à l'histoire intellectuelle du Québec, de décrire, de dater et de sérier les moyens qui ont successivement rendu possibles leurs avancées. Insérer les femmes dans l'histoire intellectuelle - les Papineau, Dessaulles, Marchand -, c'est établir leur place dans l'histoire de l'alphabétisation et de la scolarisation, saisir la signification exceptionnelle de leur usage du journal intime ou personnel, constater qu'elles ont dû, elles aussi, faire face à la confessionnalisation. Ce faisant, on verra par quelles étapes et à quel moment s'est construite leur insertion dans la discussion intellectuelle publique.
Dans son ouvrage Antoine-Aimé Dorion et le déclin du libéralisme républicain et émancipateur, paru en 2023, l'historien Yvan Lamonde avait montré pourquoi l'idée d'émancipation coloniale s'était estompée au xixe siècle. Dans cette nouvelle proposition, il retrace les péripéties de l'idée d'indépendance du Canada français et du Québec depuis un siècle, et s'attache à comprendre comment l'idée d'indépendance renaît à droite au début du xxe siècle, puis évolue à gauche dans les années 1960.En 1961, André d'Allemagne estimait que l'idée d'indépendance n'avait pu aboutir parce qu'elle avait été trop associée à des « théories » (Providence, corporatisme, fascisme) auxquelles les Canadiens français ne pouvaient adhérer tout en appuyant un projet d'indépendance.L'histoire faite ici de ces projets d'indépendance du Canada français, de la Laurentie et du Québec passe par l'analyse des argumentaires de chacun de ces projets, de leur évolution et de leur délestage des « théories » qui y étaient greffées. De Tardivel, Groulx, des Jeune-Canada et de La Nation au Parti québécois, en passant par le Centre d'information nationale, l'Alliance laurentienne et le Rassemblement pour l'indépendance nationale, on verra comment se sont levés des écrous.
Tenant d'une liberté inconditionnelle de l'esprit, Maurice Blain (1925-1996) a élaboré dans les années 1950 « une nouvelle architecture spirituelle », une spiritualité laïque sur fond de mythologie grecque et de lecture d'André Gide. Celui qui, en 1952, dans le numéro spécial de la revue Esprit sur le Canada français, avait proposé l'essai le plus profond, devient le penseur du Mouvement laïque de langue française, le promoteur d'un « humanisme d'inspiration agnostique », d'une école pour le citoyen et non pour le croyant. Sa biographie intellectuelle fait sortir les années 1950 d'un angle mort.Il est des individus sans lesquels la Loi sur la laïcité de l'État n'aurait pas été possible en 2019. Maurice Blain, qui a fait un travail critique nécessaire en amont, est de ceux-là. Ce livre fait voir comment se forme une pensée laïque chez le critique du cléricalisme dans Cité libre et chez un lecteur d'André Gide.
Bill et Marion, des voisins que tout sépare en apparence, se débattent tous deux avec la violence qui ravage leur vie. Marion est recluse dans son magnifique condo montréalais, confinée dans la peur, meurtrie dans sa chair, dans ses pensées. Sur les pages d'un carnet secret, elle déverse des mots pour remonter le cours des choses, cerner l'origine de toute cette souffrance. Cette fois où elle est restée, celle où elle est revenue alors qu'il était encore possible de partir, de dire non, cette fois où elle a accepté que l'amour de Jean-François avait tous les droits et que le sien devait pardonner. Bill, un ferrailleur itinérant, a changé de repères, d'emploi et de ville dans l'espoir de semer son passé et d'être transformé. De se tenir loin du trouble, surtout. Mais lorsque sa route croise celle de Marion, il reconnaît sur le visage de la jeune femme une peur familière qui ne lui laissera ni quiétude ni repos. Dès lors, il cherchera à tout prix à aider cette voisine qu'il connaît pourtant à peine.
Dans cette synthèse, l'historien Yvan Lamonde traverse plus de deux cents ans d'histoire civique, intellectuelle et politique. Tout en décrivant les grands courants d'idées et les mouvements sociaux qui ont animé le Québec, il réussit à rendre compte du parcours de grandes figures de notre histoire, de Fleury de Mesplet à Wilfrid Laurier en passant par Pierre-Stanislas Bédard et Louis-Joseph Papineau, de Joséphine Marchand à Pierre Vadeboncoeur en passant par Henri Bourassa et Thérèse Casgrain.Historien soucieux de parler aux citoyens, de faire le pont entre les idées et les préoccupations de la société civile, Yvan Lamonde cherche à restituer et à transmettre le souffle qui a animé les débats publics de la Conquête jusqu'à 1965. Au Québec, trois idées ont traversé le XIXe et le XXe siècle : le catholicisme, le libéralisme - au sens des libertés - et le nationalisme. À partir de ces grandes trames, un ensemble de thèmes sont abordés : monarchie, république, démocratie, régime colonial, réformisme, pouvoir religieux, féminisme, modernité. On découvre à la fois ce que le Québec a de singulier et ce qu'il a de semblable aux autres sociétés occidentales. Non seulement l'auteur a résumé son Histoire sociale des idées au Québec, cette entreprise unique dans notre vie intellectuelle, mais il l'a considérablement enrichie, pour notre plus grand plaisir.
Louis-Joseph Papineau, figure majeure du Québec, incarne encore aujourd’hui les espoirs et les contradictions d’un peuple en quête d’identité.
Dans le Québec d'aujourd'hui, la figure de Papineau est évoquée par les politiciens de tous horizons. D'un côté, des fédéralistes croient que les revendications de Papineau - qu'ils résument à l'exigence d'un gouvernement responsable - ont trouvé leur réponse dans la conciliation et la collaboration de Louis-Hippolyte La Fontaine. De l'autre côté, des souverainistes soucieux de ne pas réveiller les épouvantails de la violence donnent à penser que Papineau tenait aux liens de la colonie avec l'Angleterre. Pourtant, contrairement à la croyance presque universellement répandue, Papineau n'a jamais réclamé
Dans l'histoire du Québec, les événements de 1837 et 1838 tiennent une place d'une importance indiscutable. Révolution manquée, l'ombre de cet échec plane sur l'imaginaire politique jusqu'aux référendums de la fin du xxe siècle. Mais ces événements sont aussi un moment fondateur d'une importance insurpassée pour une idéologie qui a pourtant connu plusieurs mutations : le républicanisme québécois. Pour Yvan Lamonde, ce moment, source d'une ambivalence identitaire profonde, se représente d'abord par deux personnages complémentaires mais opposés, comme les deux hémisphères d'un cerveau : Louis-Joseph Papineau, le « Grand Libérateur » qui exprime avec constance son opposition au régime colonial et son adhésion au projet républicain américain, et Étienne Parent, journaliste nationaliste et populiste avant la lettre, réformiste et modéré de la « famille de Québec ». Ce dernier est aussi le maître à penser de Louis-Hyppolite La Fontaine, ce Patriote convaincu devenu, après la défaite de Saint-Charles, le contempteur de Papineau et qui réussit bien à ostraciser celui-ci. S'ajoute à cette distribution le Dr Cyrille-Hector-Octave Côté, au sang chaud, figure plutôt rare du révolutionnaire anticlérical. C'est au croisement de ces quatre chemins que se sont trouvés les femmes et les hommes de l'époque. Cet ouvrage, d'une remarquable richesse et d'une grande clarté, présente pour la première fois la topographie des idées et des voies politiques proposées en 1837 et en 1838.