Xavier Bourdenet
Xavier Bourdenet
En 1829, les Promenades dans Rome, après l'Histoire de la peinture en Italie, la Vie de Rossini et les deux versions de Rome, Naples et Florence, confirment Stendhal en spécialiste ès choses ultramontaines, tout à la fois décrypteur et constructeur d'une italianité qui vire au mythe. Guide, c'est-à-dire forme ouverte, dont Stendhal exploite à fond la souplesse au point de mettre parfois en péril la lisibilité de son texte, les Promenades promeuvent de multiples et contradictoires « façons de voir » la Ville éternelle. Le regard s'attache à la Rome antique, fondatrice de valeurs en lesquelles le beyliste se reconnaît, à la Rome papale, que Stendhal dénonce tout en s'en amusant, à la patrie des arts qui fait de Rome un musée idéal et le lieu par excellence de la réflexion esthétique. Tout cela simultanément. Expérience singulière de l'espace et du temps, mêlant indissociablement politique, esthétique et érotique, la Rome que balisent les Promenades est tout aussi instable que le texte qui la met en scène. Les treize études ici réunies sont à leur tour autant de « façons de voir » les Promenades dans Rome. Elles interrogent tout spécialement le dispositif énonciatif de ce guide singulier, examinent la manière dont l'oeil stendhalien organise l'expérience sensible et conçoit la réflexion esthétique, et rendent le texte à sa brûlante actualité de 1829 en un tableau des moeurs romaines où politique et religion sont proprement consubstantielles.
En 1971, Claude Duchet publie le texte fondateur de la sociocritique, « Pour une socio-critique ou variations sur un incipit », dans le premier numéro de la revue Littérature. En 2021, ce texte a eu cinquante ans. À l'occasion de cet anniversaire, les revues Études françaises et Littérature proposent de relire l'oeuvre de Claude Duchet dans deux numéros distincts, mais dont la parution simultanée souligne la richesse et la complexité de cette pensée de la socialité de la littérature. Loin de prendre les formes traditionnelles de l'hommage ou du bilan, ce double numéro est d'abord l'occasion d'un dialogue critique qui permet d'évaluer l'apport de la sociocritique des textes à ce que l'on a coutume d'appeler la théorie littéraire, de le questionner et d'en saisir les développements et les voies d'exploration sur un demi-siècle. Certains des articles réunis dans Études françaises examinent à nouveaux frais telle notion élaborée par Claude Duchet ou la mobilisent dans le cadre d'une lecture de textes littéraires. D'autres proposent de nouveaux sociogrammes, portent la réflexion sociocritique sur la pratique de la traduction ou rendent compte du devenir historique de cette perspective de lecture. Tous donnent la mesure de la richesse théorique de l'herméneutique de la socialité des textes proposée par Claude Duchet. Celle-ci se manifeste également dans les dialogues que la sociocritique a ouverts avec d'autres disciplines comme la psychanalyse ou l'histoire, ainsi qu'avec d'autres courants théoriques tels que la poétique, la sociogénétique, la sociopoétique ou encore la sociologie de la vie et des pratiques littéraires, de la création littéraire et de la réception des oeuvres.