Wiktor Stoczkowski
Wiktor Stoczkowski
Et si la Modernité n’était qu’un mythe fondateur ? Wiktor Stoczkowski déconstruit, avec rigueur et audace, le récit des sciences sociales et révèle les illusions de notre époque.
Le discours du Kremlin imprègne le débat public en France. En quoi sommes-nous contaminés par la vision du monde que la propagande russe cherche à nous imposer ? Comment la reconnaître ? Comment s'en protéger ? Contrairement à ses chars, les idées de Poutine ont déjà traversé nos frontières, elles s'infiltrent dans nos esprits pour nous désorienter, nous diviser, nous démobiliser. Pour résister à cette offensive, il faut d'abord la comprendre. Poutine combat sur tous les fronts et prouve chaque jour qu'il sait mener la bataille des idées. Accablant l'Europe et l'OTAN, il affirme avoir été forcé d'envahir l'Ukraine pour assurer la défense de la Russie. Les rôles sont inversés, l'agresseur devient l'agressé. Or certains, en France, reprennent cette thèse à leur compte, estimant que la responsabilité de l'invasion russe incombe à l'Occident, dont la politique hostile aurait transformé un Poutine démocrate en un dictateur belliqueux.Wiktor Stoczkowski dévoile les soubassements de la doctrine du « réalisme » géopolitique, décrypte les mécanismes de persuasion à l'oeuvre dans la guerre hybride russe et met au jour les implications pernicieuses des discours en apparence les plus respectables. L'offensive contre les démocraties occidentales a déjà commencé, et c'est dans le champ des idées que la première bataille est livrée.Voici, à l'heure des propagandes, comment nous réarmer intellectuellement. Anthropologue et directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales, Wiktor Stoczkowski est l'auteur de nombreux ouvrages dont, récemment, Délivre-nous de la Modernité. L'énigme Bruno Latour.
En vogue dans les années 1960-1970, la théorie de l'origine extraterrestre de l'humanité et des grandes civilisations antiques connaît une nouvelle popularité. Faut-il l'interpréter, suivant les archéologues, comme le simple fruit de l'ignorance ou, à l'instar des sociologues, comme le symptôme d'une crise que les sociétés occidentales traverseraient en régressant dans l'irrationnel ? Au lieu de voir dans de telles conceptions insolites un renoncement à l'usage de la raison, Wiktor Stoczkowski propose d'y découvrir un produit du fonctionnement ordinaire de notre pensée, avec pour guide cette injonction de Fontenelle : " Étudions l'esprit humain dans l'une de ses plus étranges productions : c'est là bien souvent qu'il se donne le mieux à connaître. " À travers la captivante histoire de l'invention collective de cette autre Genèse, dont la théorie des Anciens Astronautes est l'aboutissement, l'ouvrage pose les bases d'une anthropologie des savoirs occidentaux, nécessaire pour comprendre non seulement les idées " irrationnelles " qui offensent notre sens commun, mais aussi celles que nous tenons pour emblématiques de la rationalité.
Voici porté un regard inaccoutumé sur la science sociale. Depuis son émergence au XIXe siècle, celle-ci nourrit une double ambition : édifier une connaissance objective de la société ; mettre en oeuvre cette connaissance pour remédier aux déficiences de la société. Souvent tenues pour complémentaires, ces deux aspirations se révèlent parfois difficiles à concilier. Quand l'empressement à refaire la société prend le pas sur le désir de la connaître, les théories académiques se muent en grandes visions du monde, au risque de rompre le lien entre les faits avérés et les conjectures explicatives. Pour s'en convaincre il suffit de démonter les rouages méconnus de la plus puissante synthèse jamais constituée à l'origine de la science sociale et aujourd'hui encore revendiquée comme fondatrice : l'oeuvre d'Émile Durkheim. Confrontée aux données disponibles à l'époque et replacée sur le fond des grands débats qui enflammaient alors les esprits, elle révèle son principal ressort : la promesse d'un salut séculier accompli par les seules ressources de la raison. C'est que la science sociale naissante emprunta au christianisme, par l'intermédiaire de la philosophie, ses deux idées directrices : la conviction que le monde humain est affecté par un mal qui altère l'ordre légitime des choses ; l'espoir que ce mal pourra être un jour abrogé. Quelles sont les contreparties de cette aspiration rédemptrice ?
Voici porté un regard inaccoutumé sur la science sociale. Depuis son émergence au XIXe siècle, celle-ci nourrit une double ambition : édifier une connaissance objective de la société ; mettre en oeuvre cette connaissance pour remédier aux déficiences de la société. Souvent tenues pour complémentaires, ces deux aspirations se révèlent parfois difficiles à concilier. Quand l'empressement à refaire la société prend le pas sur le désir de la connaître, les théories académiques se muent en grandes visions du monde, au risque de rompre le lien entre les faits avérés et les conjectures explicatives. Pour s'en convaincre il suffit de démonter les rouages méconnus de la plus puissante synthèse jamais constituée à l'origine de la science sociale et aujourd'hui encore revendiquée comme fondatrice : l'oeuvre d'Émile Durkheim. Confrontée aux données disponibles à l'époque et replacée sur le fond des grands débats qui enflammaient alors les esprits, elle révèle son principal ressort : la promesse d'un salut séculier accompli par les seules ressources de la raison. C'est que la science sociale naissante emprunta au christianisme, par l'intermédiaire de la philosophie, ses deux idées directrices : la conviction que le monde humain est affecté par un mal qui altère l'ordre légitime des choses ; l'espoir que ce mal pourra être un jour abrogé. Quelles sont les contreparties de cette aspiration rédemptrice ?
Il y a deux siècles, les naturalistes s'emparèrent de la question de l'origine de l'homme, à laquelle seuls les mythes fournissaient jusqu'alors des réponses. Mais la science, après avoir rejeté les traditionnels récits mythiques, a-t-elle véritablement réussi à se libérer de leur influence ? A travers une analyse des principales conceptions de l'anthropogenèse proposées entre le début du xixe siècle et nos jours, Wiktor Stoczkowski montre que les travaux scientifiques, au même titre que les manuels scolaires ou les ouvrages de vulgarisation, perpétuent encore aujourd'hui la trame de croyances séculaires. Si la science rejoint souvent la pensée commune dans ses conclusions, c'est parce que l'une comme l'autre restent tributaires d'un ancien imaginaire où se reflète toute une anthropologie naïve : notre manière simpliste d'expliquer l'évolution biologique de l'Homme, les mécanismes de la Culture et les transformations de la société humaine au fil de l'histoire.