Visage Bertrand
Visage Bertrand
Un enfant qui grandit, qui apprend son métier d'homme : ce pourrait être un roman d'éducation à l'ancienne mode. Mais si, par malchance, l'enfant est nain, s'il ne grandit pas, n'apprend rien, le roman d'éducation tourne à la farce. Or, il faut savoir que le nabot est l'ultime rejeton d'une famille qui a connu jadis ses heures riches. À présent, la dynastie s'achève par ce petit hoquet final, tandis que le château se délabre, que les intrigants complotent et que la vermine ronge. Crépuscule d'un monde, à la fois somptueux et dérisoire, tragique et burlesque. Et pourtant, ce crépuscule annonce aussi l'aurore. Car il y a les Cinq (Calypso, Mandragore et compagnie), les Cinq qui sont inséparables et qui ne veulent pas rester nains. Que font-ils ? Pardi, ils apprennent à grandir. Ce n'est plus de la politique, c'est quelque chose de plus intime et plus charnel : le vécu quotidien. Au fil des expériences, et non sans fantaisie, ils élaborent les premiers fragments de leur art de vivre. Oh, pas de système ou de doctrine : simplement, dispersées dans le roman, une série de menues recettes à usage interne. Au lecteur d'y puiser. Cherchez, fouillez, prenez ce qui vous plaît et mettez-le dans votre vie.
Dans un Paris inquiétant et délabré, Gil (Gilda) et Lucas vivent comme un défi leur passion amoureuse. Aux portes des arrondissements, il y a des barrières de péage. La disette et les privations obligent à s'émerveiller de peu de chose, par exemple de quelques fruits pour un repas de noces. Et d'abord, pourquoi Gil se marie-t-elle avec le vieil Acham, si tristement attentif à elle? Et pourquoi, à la fin du banquet, entraîne-t-elle Lucas dans son lit, en lui murmurant: " Je suis célibataire ce soir "? L'état de grâce commence, malgré les miliciens, la peur et le passé. Gil a des épaules hardies, une taille juvénile, elle est la fille d'un de ces hommes qui en leur temps furent des héros. Quant à Lucas, il tient l'hôtel Atmosphère qui met à leur disposition vingt-trois chambres pour s'aimer et qui pourrait être le plus pittoresque des havres, si ce lieu ne baignait pas, comme les autres, dans une lumière fantomatique. Habitée d'un souffle haletant et visionnaire, portée par l'écriture luxuriante de Bertrand Visage, cette histoire d'un amour menacé s'achemine vers un étonnant dénouement où les trois protagonistes vont devoir assumer ensemble un acte qui illustre la force de leur lien.
Voici l'histoire de Nelson Ollala, fils de Léa la chatte tigrée et de Frankie le formidable matou noir. Couvert de puces, désespérément seul, mais se battant avec courage pour sa survie. Depuis sa naissance tourmentée jusqu'au dénouement ironique que signe son entrée dans l'âge adulte, Nelson inventera les gestes élémentaires de l'existence. Il doit nourrir son estomac et peut-être aussi son coeur, il lui faut retrouver un père et pourchasser les hirondelles. Ce récit picaresque, fortement coloré, constitue au plein sens du terme un roman d'apprentissage, et il n'y a guère de héros plus humain que ce chat sauvage évoluant de son pas silencieux dans l'ombre des hommes, recherchant leur protection et découvrant qu'on ne saurait leur accorder une confiance illimitée.