Sylvie Thorel
Sylvie Thorel
Zola donnait Les Origines pour le « titre scientifique » de La Fortune des Rougon: origine de l'Empire, de la famille des Rougon-Macquart, de la série des Rougon-Macquart - ainsi déclinées au pluriel « les origines » produisent un curieux effet de dispersion. Sont-elles même assignables? En faisant jouer et varier sur des plans nombreux, suivant un régime allégorique, les principes de répétition et de relance qu'il isole dans les événements de décembre 1851, l'auteur de La Fortune des Rougon met en oeuvre une philosophie de l'histoire qui doit trouver sa forme exclusive dans l'écriture romanesque.
n examine ici les paradoxes exprimés par le voisinage d'un titre poétique, Le Rouge et le Noir, avec deux sous-titres renvoyant à l'histoire contemporaine, Chronique du XIXe siècle et même Chronique de 1830. Le premier n'a certainement pas délivré encore tous ses mystères, tandis que les seconds semblent limpides, et leur coexistence intrigue. On développe l'hypothèse que Stendhal, en faisant coïncider le temps du récit avec celui de son écriture, se consacre aux conditions de possibilité même du roman lorsqu'il tend au lecteur cet étrange miroir qui, suivant la manière dont il l'oriente, tantôt « reflète l'azur des cieux, tantôt la fange des bourbiers de la route ». Tandis que la chronique se déroule dans la boue du temps historique, Le Rouge et le Noir, réalisation d'un éternel présent de l'écriture, s'en extrait - Stendhal évolue librement parmi les êtres de sa création, les fait agir et penser à mesure, sans autre justification que le rêve héroïque si mal accordé à l'esprit du temps qu'il réalise avec eux.
Si le silence, comme l'écrit Bertrand Marchal, figure parmi « les clichés qui font une escorte obligée [au nom de Mallarmé] », un survol des propositions de Mallarmé témoigne pourtant de considérations sur la dimension vocale du fait langagier. Dans Les Mots Anglais et ses Notes sur le langage, posthumes, Mallarmé évoque par exemple la nécessaire « lecture à voix haute des bons auteurs » comme critère d'appréciation. Si le vers rémunère « le défaut des langues », Mallarmé dit aussi que c'est par « des touches y répondant en coloris ou allure, lesquelles existent dans l'instrument de la voix ». En aval, la voix participerait donc à la réception plénière du langage totalisant d'un poème ; en amont, le poète aurait, selon Mallarmé, déjà conscience de cette nécessité en manipulant le langage afin que l'oeuvre soit dépositaire de cette vocalité dont elle assure l'écho. Ce dossier s'attache à la question de la restitution de la voix comme enjeu poétique chez Mallarmé mais aussi à celle des voix, en son sens pluriel, alors que les contributions réunies permettent de dessiner une topographie du « vocal » dans l'oeuvre mallarméenne et ses alentours.