Swanie Potot
Swanie Potot
La présence et la visibilité des « Roms » d'Europe de l'Est dans les villes françaises sont devenues des questions politiques de premier plan depuis une dizaine d'années. Sans bien savoir qui l'on désigne par ce terme, on leur attribue la résurrection des bidonvilles et la délinquance de rue. À partir d'un travail ethnographique et d'une analyse du mouvement rom, l'auteure montre que la mise en exergue de l'appartenance ethnique tend à naturaliser et figer une frontière sociale. Avec une préface de Cécile Canut. Swanie Potot est sociologue au CNRS, affectée à l'Unité de recherche Migrations et société (URMIS). Ses travaux portent sur les migrations économiques observées tant du point de vue des sujets migrants que des sociétés occidentales ou d'origine.
La mondialisation et la construction de l'Europe des Vingt-sept ont profondément fait évoluer le monde du travail et la place qu'y tiennent les étrangers. Les pays d'accueil, faute d'avoir su affronter le problème de l'intégration des nouveaux arrivants et de leur descendance, ont désormais le souci d'organiser la précarité de la main-d'oeuvre non nationale en vue de l'empêcher de s'installer durablement. Des concepts sont ainsi apparus, pour légitimer ou pour rendre compte de ce nouvel enjeu : on parle aujourd'hui de "circulation migratoire", et de "migrations temporaires". Le détachement de salariés ou les contrats saisonniers vont jusqu'à faire disparaître la figure même de l'immigré. Parallèlement, la présence persistante de sans-papiers, officiellement combattue, est tolérée pratiquement, non seulement au sein de secteurs à forte densité de main-d'oeuvre, mais aussi dans des activités comme la prostitution ou les services domestiques.