Suzanne Bernard
Suzanne Bernard
En 1132 Pierre Abélard, abbé de Saint-Gildas, âgé de cinquante-trois ans, n'est plus qu'un homme solitaire et désespéré, poursuivi par la haine des moines de son abbaye. Le glorieux maître Pierre, génial philosophe et fol amant d'Héloïse, livre dans une lettre à un ami le récit de ses malheurs. Écrivant, méditant, se souvenant, Abélard reconstitue sa vie ; une grande figure se dessine peu à peu, obstinée, irréductible, libre, résistant aux persécutions. Au coeur de ce récit, poétiques, érotiques et pures, ses amours avec Héloïse, dans un Moyen Âge rayonnant d'une symbolique alors à son sommet et déjà vibrant des premières lueurs de l'amour courtois. Au-delà de l'absence, au-delà même du temps, les amants se retrouveront. Abélard mourra dix ans après ce témoignage, et vingt-deux ans plus tard Héloïse le rejoindra au même tombeau.
XIVe siècle, sur les routes de l’Europe en crise : l’Ermite, Aymar le jongleur, Ameline la béguine et les lépreux des Yeux Blancs défient l’ordre et la mort.
Je ne voulais pas du monde, je ne voulais pas du mariage. L'idée d'être déflorée par un homme s'apparentait pour moi à subir un viol. Je ne voulais pas être violée. Je ne voulais pas entrer dans les tribulations, les faiblesses, les jouissances de la chair. Je ne voulais pas être forcée au plaisir ni à la fécondation. Je ne voulais pas me sentir assujettie au droit conjugal, ni assujettie aux besoins de ma propre chair. Je voulais demeurer hors du monde charnel le plus qu'il m'était possible... En 1323, une jeune Béguine écrit en secret l'histoire tourmentée de sa vie. Elle appartient à la communauté de ces persécutés qui, dans le Midi, soutiennent les Franciscains spirituels, tous déclarés hérétiques, tous condamnés au bûcher. Elle vit cachée avec l'un d'eux, Frère Vincent, et l'aime de cet amour particulier, qui mêle visions mystiques et pur amour. Fuyant de lieu en lieu l'Inquisition, elle sait son arrestation imminente et inévitable.
1347, sud de la France. La Malemort — la Peste noire — décime villes et campagnes, bouleversant destins et croyances.
Dans le contexte tourmenté du XIVe siècle - on croit imminente la fin du monde -, Delphine de Signe, à quinze ans, est mariée à Elzéar de Sabran, qui en a treize. Alors commence pour les époux une extraordinaire aventure spirituelle, qui durera près de vingt-cinq ans. Jeunes, beaux, unis l'un à l'autre par un grand amour, ils vivront sous le même toit, partageront le même lit, en restant, de leur propre volonté, vierges. Leur voeu de chasteté demeure secret, car de leur alliance, qui est celle de deux grandes et riches familles provençales, leur entourage attend un nécessaire héritier. Aussi sont-ils tenus de donner le change et, donc, d'avoir aux yeux du monde le comportement qui convient à leur rang et à leur situation. Sublimation du désir, fusion mystique, apothéose de l'amour courtois, influence, aussi, des Franciscains spirituels qui, en ces temps corrompus, préconisent le retour à la chasteté. Admirablement mise en scène par Suzanne Bernard, la pure passion de Delphine et Elzéar, qui jouèrent un grand rôle en Provence et à la cour de Naples, nous émeut et nous interroge. Elzéar, qui meurt à trente-huit ans, sera canonisé. Delphine, qui lui survit trente-sept ans, entra en pauvreté, accomplit plusieurs guérisons miraculeuses. Elle sera décrétée bienheureuse. Les époux reposent dans le même tombeau, dans la cathédrale d'Apt.