Sébastien Mussi
Sébastien Mussi
Hausse de la tricherie et du plagiat, perte du sens de la socialité, déficit d'attention et d'empathie, retards d'apprentissage: les preuves s'accumulent quant aux effets nocifs des technologies du numérique en classe, surtout sur les plans cognitif et social. Mais pour les promoteurs de l'enseignement à distance et de la «technopédagogie», le mot d'ordre est «adaptez-vous!». Dans une critique sans concession de l'informatisation de l'école, deux professeurs de philosophie nous alertent sur ce qui se profile à l'horizon: la destruction de la culture commune et une dissolution des institutions d'enseignement comme lieux de transmission et de formation. Bienvenue dans la machine expose comment l'offensive numérique en cours s'inscrit dans une vision technocratique et économiciste du monde qui réduit l'école à une machine à former du «capital humain». Un cri d'alarme pour préserver le métier de professeur et son autonomie, plus que jamais mis à mal.
«Je ne suis pas un expert en pédagogie. Mes questions et mes inquiétudes ne sont pas celles d'un intellectuel et encore moins celles d'un théoricien expert, mais celles d'un prof qui, tous les jours, se retrouve devant une quarantaine d'étudiants à qui il a quelque chose à raconter, responsabilité périlleuse. Je ne revendique ici aucune démonstration. Je voudrais simplement énoncer ces inquiétudes et m'interroger sur elles. J'essaie de réfléchir sur ma propre pratique. La prise de parole institutionnelle en quoi consiste le métier de professeur soulève ce problème du rôle que nous jouons, nous, enseignants, pédagogues praticiens, au sein de l'institution. Et ce problème se pose de manière particulièrement aiguë lorsque nous vivons une mutation du rôle et de la structure de cette institution, comme c'est le cas actuellement, où nous ne sommes plus ni "professeurs" ni "personnel enseignant", mais "ressource humaine dédiée à la formation". Cet essai affronte une question toute simple : qu'est-ce qu'enseigner? En quoi consiste cette parole? Peut-elle être autre chose que la reproduction des objectifs socioéconomiques dont l'institution est porteuse, et de leurs conséquences humaines? Peut-elle, et à quelles conditions, être aussi authentiquement critique, au-delà des intentions et des convictions de chacun?» S. M.