Sandra Boehringer
Sandra Boehringer
Les figures antiques peuplent notre imaginaire érotique et, il y a peu, l'« amour grec » désignait pudiquement l'homosexualité. L'enlèvement par Zeus du jeune Ganymède est légendaire, tout comme les vers de Sappho célébrant le désir et la beauté des femmes de Lesbos. Célèbres également sont les discussions philosophiques entre Socrate et les beaux éphèbes athéniens, à la sortie du gymnase, ou l'attachement d'Alexandre le Grand pour son amant Héphaïstion. Pourtant, au sens où nous l'entendons aujourd'hui, il n'y a pas d'homosexualité antique, pas plus qu'il n'y a d'hétérosexualité: il s'agit d'un monde où le sexe de la personne aimée ne définit pas une catégorie, un monde où les individus ne sont pas classés en fonction d'une orientation sexuelle. En circulant entre ces textes variés, drôles, émouvants, violents ou perturbants, des textes familiers mais aussi moins connus, en parcourant cette première anthologie française consacrée à l'homosexualité dans l'Antiquité, le lecteur comprend qu'en matière d'amour et d'érotisme, tout peut s'inventer.
Peut-on porter un regard neuf sur l'Antiquité ? C'est ce que montre cet ouvrage qui propose une analyse originale des sources classiques à travers la question essentielle du genre et de la sexualité. Ce volume propose un voyage dans le monde gréco-romain à travers une soixantaine de documents commentés et pose un regard différent sur les grandes figures historiques ou mythiques de l'Antiquité et plus généralement sur les hommes et les femmes du temps, leurs actions et leurs fonctions. Cette approche inédite révèle une société autrement subtile que celle que nous a léguée l'imagerie traditionnelle et démontre que le genre comme méthode d'analyse permet une extension du domaine de l'histoire. Une équipe des meilleurs spécialistes de la période nous offre une vision unique de la société antique en convoquant les plus grands auteurs et des sources de nature variée (poésie, théâtre, histoire, discours d'orateurs, images, inscriptions, etc.). Mêlant réflexion innovante et démarche méthodologique, cette synthèse des travaux récents sur la question fournit à l'étudiant, mais aussi à l'enseignant, un remarquable outil de travail, qui donne un nouveau souffle à la réflexion historienne.
Amours platoniques, erôs, lesbiennes, orgies, hétaïres, androgynes, Ganymède et gitons : autant de termes qui expriment notre rapport à un passé antique imaginaire ou fantasmé. Cet ouvrage propose une enquête sur les formes de problématisations de la vie sexuelle des Anciens, développées en Occident aux XIXe et xxe siècles. De la médecine à la philologie, de l'anthropologie à l'histoire, l'érotisme des Grecs et des Romains devient objet de savoir et d'érudition. Débats, censures, malentendus, grandes amitiés et controverses se succèdent dans le champ pourtant longtemps feutré de l'université. Alors que plus de vingt siècles nous séparent des hommes et des femmes de ['Antiquité, le sexe des Anciens ne cesse, semble-t-il, de nous concerner. Une généalogie de la « sexualité antique » était donc devenue nécessaire. Elle prend ici le sens foucaldien d'une tentative de compréhension des discours modernes sur les aphrodisia. Sandra Boehringer, maîtresse de conférences à l'Université de Strasbourg, est historienne et philologue. Ses travaux portent sur la poésie grecque archaïque et la construction des catégories sexuelles dans l'Antiquité, dans une articulation à la pensée foucaldienne.
Attraper erôs dans le filet du logos, l'Occident n'a pas attendu la psychanalyse pour s'y employer. Entre les aphrodisia grecs et le dispositif de sexualité moderne, il ne restait plus à Foucault qu'à déposer une dernière pièce au puzzle de son Histoire de la sexualité : que s'est- il passé au temps de la concupiscence chrétienne et du péché de chair ? Comment le sexe en est-il venu à polariser le rapport de soi à soi ? « Il m'a semblé, écrit Foucault, que la question qui devait servir de fil directeur était celle-ci : comment, pourquoi et sous quelle forme l'activité sexuelle a-t-elle été constituée comme domaine moral ? » À qui sont destinés les aveux ? De quoi libèrent-ils ? Quel sujet moderne l'expérience de la « chair » dans le christianisme a-t-elle contribué à construire ? Les Aveux de la chair jettent le trouble dans une « histoire de la sexualité » qui s'avère faussement linéaire et sollicite tout autant philosophes, historiens, spécialistes de la littérature et psychanalystes. Ce volume fait écho à Bien avant la sexualité. L'expérience érotique en Grèce ancienne, publié en 2019 chez Epel.
Les Presses Universitaires de France et Frémeaux & Associés proposent des cours particuliers sur l'Histoire des sexualités, racontée, expliquée et analysée par Sylvie Steinberg, Didier Lett et Sandra Boehringer, historiens. L'oeuvre de Michel Foucault a mis l'accent sur le caractère culturel de toute sexualité, variable dans l'espace et le temps, sur sa dépendance aux discours et aux enjeux religieux, scientifi ques et politiques. Cet ouvrage vise à rendre compte, de façon accessible et vivante, des évolutions historiographiques récentes. Se plaçant sur la longue durée « occidentale », il aborde l'ensemble des constructions culturelles de la sexualité, les spécificités de chaque période historique et leurs évolutions significatives. Claude COLOMBINI FRÉMEAUX
Sandra Boehringer est maîtresse de conférences en histoire grecque à l'Université de Strasbourg. Violaine Sebillotte Cuchet est professeure d'histoire grecque à l'Université Paris 1. 1. Le genre, dans et pour l'Histoire 2. Une méthode d'analyse utile : documents commentés par une vingtaine de spécialistes de l'Antiquité 3. Parcours de lecture