Roger Bastide
Roger Bastide
L'extase n'est pas le tout de la vie mystique ; celle-ci est progressive. La première étape, c'est l'indifférence à tout désir ; le yogi n'a plus qu'un rêve : le Nirvâna. Il sait le vrai bien, et il ne veut que lui. La seconde étape, c'est l'indifférence à tout concept ou jugement ; la vie intellectuelle a disparu, mais il reste la vie affective : il subsiste en l'âme une incomparable joie. Ceci est trop encore, car cette joie est personnelle. Un troisième échelon nous en délivrera ; il ne persiste plus dès lors qu'un vague sentiment cénesthésique, une conscience sourde de l'être, d'ordre physiologique. Enfin cette conscience même s'en va : tout a disparu, jusqu'au sentiment de l'indifférence. C'est l'impassibilité absolue. Ou déjà la mort sur la terre.
Et si la rencontre entre Freud et Durkheim pouvait révolutionner notre compréhension de l’humain ? Sociologie et Psychanalyse de Roger Bastide explore, avec une rigueur historique et critique.
L'homme a soumis à son pouvoir les forces de la nature, mais il n'est pas encore arrivé à contrôler les forces sociales, à maîtriser le changement, et à le planifier selon les lois de sa raison. L'anthropologie appliquée, qui se veut scientifique, s'est donné justement pour tâche cet élargissement du pouvoir de l'homme, de la nature physique à la nature sociale. De là son importance actuelle. Roger Bastide étudie, dans ce livre, les postulats de cette anthropologie appliquée, ses limites et ses méthodes d'action.
Roger Bastide (1898-1974) a été professeur de sociologie à São Paulo, puis à la Sorbonne. Ses recherches ont porté sur les religions afro-brésiliennes qu'il a observées à travers le Brésil, principalement à São Paulo et à Bahia. Le sacré sauvage est son dernier ouvrage, mis au point avec l'aide d'Henri Desroche, et qui reprend des articles publiés entre 1931 et 1973. Il y part à la recherche des récurrences du sacré, dans le rêve, les mythes, la prière, le millénarisme et le candomblé de Bahia. Selon lui, l'homme est une machine à fabriquer les dieux qui, lorsque le sacré devient trop froid dans l'institution des églises, recrée du sacré chaud, appelé sacré sauvage dans le dernier chapitre qui donne son titre au livre et en constitue le point d'orgue. Un ouvrage profond, ultime qui, après Rudolf Otto, Roger Caillois et Mircea Eliade, propose une réflexion fondamentale sur le sens du sacré.
Le rêve, la transe et la folieLa psychiatrie moderne et la psychanalyse ont associé le rêve, la folie et la transe mystique à des phénomènes d'hystérie. Il faut refuser une telle réduction, mais néanmoins admettre qu'avec le rêve, la transe et la folie, nous pénétrons dans un monde «autre». Les sociétés primitives ont saisi cette «altérité» et cette étrangeté, en établissant un système d'intercommunications entre les mondes et une série de relations entre le rêveur, le fou et la femme en transe, chacun d'eux étant un intermédiaire privilégié entre le monde d'ici-bas et le monde surnaturel. Nos sociétés modernes ont rompu ces communications : nos rêves ne sont plus des messages envoyés par les dieux mais des représentations de notre histoire personnelle. Le surnaturel est ainsi partout rejeté au nom des exigences d'une raison cartésienne et scientifique. Cependant, rêve, folie et transe continuent à nous surprendre : est-ce parce que nous lisons en eux la fragilité de notre raison, l'inconsistance des tabous et barrières de nos sociétés ?
Roger Bastide étudie ce qui lie les valeurs religieuses aux structures sociales. Il s'emploie à saisir la réalité brésilienne dans toute son originalité, pour en dégager seulement à la fin ce qu'elle peut apporter de nouveau à une sociologie théorique des rapports dialectiques.
Les Pélissier, personnages de légende, ont défrayé les chroniques du monde cycliste pendant près d'un demi-siècle, du règne du bon président Fallières à celui du général de Gaulle. Ils étaient trois : Henri, Francis, Charles. Turbulents, insolents, provocants, qui "forçaient l'admiration ou l'animosité". Leurs carrières ont été jalonnées d'exploits, mais aussi d'abandons et de querelles qui ne furent pas moins retentissants. Ils ont inspiré à Albert Londres, le Prince des journalistes, après leur abandon dans le Tour de France 1924, son inoubliable reportage sur les "Forçats de la route". Mais Henri et Francis refusaient précisément d'être des forçats. Ils clamaient, bien haut, que le champion cycliste est d'abord un artiste, et ils ont mené un combat impétueux pour imposer cette image. Ils se sont dressés orgueilleusement face à Henri Desgrange, tout puissant directeur du journal L'Auto, et organisateur du Tour de France, et ils l'ont souvent amené à composition. Henri Pélissier, l'aîné, a été le plus prestigieux, se construisant un palmarès qui devait rester sans égal, jusqu'à l'avènement de Fausto Coppi et Louison Bobet. Henri, le pur-sang, n'avait pas des dons exceptionnels, mais, chercheur infatigable, il fut un novateur dans les domaines de la technique : entraînement, préparation, perfectionnement du matériel. Francis, dévoué corps et âme au grand frère, s'est créé sa propre personnalité dans Bordeaux-Paris, et il devait devenir, après sa retraite de coureur, un directeur sportif d'une exceptionnelle compétence. Charles, le benjamin, de quinze ans plus jeune qu'Henri, "rappelait un tout petit peu", comme l'écrit Henri Desgrange, "l'anémie de la dynastie des Valois succédant aux rois guerriers". La subtile revanche du "Napoléon du cyclisme", si souvent tenu en échec par Henri et Francis, fut de capturer Charles et de transformer le contestataire en un champion de la courtoisie et de l'élégance. Unissant leurs tonitruants défauts et leurs superbes qualités, les Pélissier furent les créateurs de ce qu'on pourrait appeler le "nouveau cyclisme".