Raymond Aron
Raymond Aron
À travers les Dimensions de la conscience historique, Raymond Aron s'impose comme l'un des penseurs majeurs de l'histoire au XXe siècle. Après les bouleversements issus du second conflit mondial, Raymond Aron pense le monde à l'aune de l'installation durable du communisme à l'Est de l'Europe, de la fin de la colonisation, des mutations que signale une phase de progrès technique encore inconnue dans les sociétés développées. Il prend acte du changement radical que marque pour la condition humaine l'avènement de l'ère nucléaire. Face à ces mutations, le philosophe a plus que jamais le devoir de penser l'histoire et la liberté de l'homme face à l'évènement. Dialoguant avec Thucydide, combattant l'idée d'une fin de l'histoire avancée par Spengler et Toynbee et plus encore par la téléologie marxiste, il poursuit la réflexion sur les limites de l'objectivité historique engagée au cours des années 1930. Les Dimensions de la conscience historique n'ont cessé de nourrir les débats sur l'histoire. Il demeure aujourd'hui un ouvrage indispensable pour réfléchir à notre condition historique. Raymond Aron (1905-1983) a soutenu dans son oeuvre une philosophie critique de l'histoire, relativiste et pluraliste en critiquant les explications monistes et déterministes du devenir historique. Il a contribué au développement de la sociologie et des sciences politiques. Collaborant à différents journaux (Combat, Le Figaro, L'Express), il fut professeur à l'Institut d'études politiques de Paris (1945-1954) et à l'E.N.A (1945-1947), puis titulaire de la chaire de sociologie de la Faculté des lettres de Paris (1955-1967), directeur d'études à la VIe section de l'École pratique des hautes études (1960-1978) et professeur au Collège de France (chaire de sociologie de la civilisation moderne) (1970-1978).
1960, Rheinfelden. Six intellectuels majeurs, dont Raymond Aron et Robert Oppenheimer, se réunissent pour interroger l’avenir de l’humanité face à l’essor de la société industrielle.
Le désir traverse tous les sujets, il est l'élément qui fonde l'existence de la pulsion de vie. Sa disparition signifie l'approche d'un état de déréliction et d'absence au monde. Les auteurs choisis ici (Mishima, Joyce, Beckett) marquent dans leur écriture ce débat intérieur ainsi que la recherche d'arriver à exprimer d'une façon incandescente comment atteindre une forme de la jouissance sans s'y perdre. Ce qui n'est pas toujours le cas et alors s'entrouvre l'abîme.
La politique n'est pas la continuation de la guerre par d'autres moyens. Dans ce cours professé au Collège de France en 1973, Raymond Aron prolonge sa réflexion sur l'oeuvre de Clausewitz et s'interroge sur les éléments qui distinguent l'action politique de la stratégie militaire. Il pose ainsi les bases d'une « théorie de l'action politique ». Comment penser la tension entre force et légitimité ? De quelle manière articuler les moyens et les fins ? Comment juger les interprétations cyniques du pouvoir ? Et les philosophies de la violence ? Aron appuie ses réflexions sur de grands exemples historiques : les guerres limitées du XVIIIe siècle, la naissance de la figure du soldat partisan, l'entrecroisement des conflits extérieurs et des guerres civiles, le terrorisme et les bombardements, ou encore l'action révolutionnaire de Lénine et de Mao. Ce riche parcours aide finalement à mieux comprendre pourquoi les guerres prennent sans cesse de nouveaux visages et pourquoi les régimes politiques restent si fragiles.
"Ce livre fait suite aux Dix-huit leçons sur la société industrielle et à La lutte de classes. Il traite de deux régimes typiques de la civilisation moderne, l'un que j'appelle constitutionnel-pluraliste et l'autre que je caractérise par la prétention d'un parti au monopole de l'activité politique. La comparaison entre les régimes politiques, à la différence des comparaisons entre les économies, met surtout en lumière des différences. Les régimes apparaissent comme des solutions opposées à des problèmes semblables. L'année 1957-1958, celle durant laquelle le cours fut professé, fut celle de la fin de la IVe République et du retour au pouvoir du général de Gaulle. Une préface écrite en 1965, équilibre le chapitre consacré à la République morte par une analyse critique de la République gaulliste." Raymond Aron.
Le grand livre de Raymond Aron enfin accessible en format semi-poche dans une édition inédite, commentée et annotée par Perrine Simon-Nahum. Il ne suffit pas de comprendre le siècle, encore faut-il avoir le courage de s'y confronter. - Raymond Aron Témoin lucide et acteur discret des grands bouleversements du XXe siècle, Raymond Aron retrace dans ces Mémoires une vie consacrée à la pensée, au jugement, à l'engagement sans illusion. Philosophe, sociologue, journaliste, il fut à la fois l'observateur critique des idéologies et l'interlocuteur exigeant des puissants. De la République de Weimar à la Guerre froide, de Sartre à de Gaulle, Aron croise les figures majeures de son temps et dresse, avec élégance et rigueur, un portrait implacable de l'intelligentsia française. Dans ces pages, il ne s'agit pas seulement d'un itinéraire personnel, mais d'une méditation sur la liberté, la responsabilité intellectuelle et le poids des idées dans le destin des nations. Un livre essentiel pour comprendre l'histoire, mais surtout notre époque et pour apprendre à penser contre soi-même. Un livre essentiel pour quiconque cherche à comprendre notre passé, et à mieux éclairer l'avenir.
Les étapes de la pensée sociologique. Montesquieu, Comte, Marx, Tocqueville, Durkheim, Pareto, Weber
"Parti à la recherche des origines de la sociologie moderne, j'ai abouti, en fait, à une galerie de portraits intellectuels... Je me suis efforcé de saisir l'essentiel de la pensée de ces sociologues, sans méconnaître ce que nous considérons comme l'intention spécifique de la sociologie, sans oublier non plus que cette intention était inséparable, au siècle dernier, des conceptions philosophiques et d'un idéal politique." Raymond Aron.
Nés la même année 1905, condisciples à l'École normale de la rue d'Ulm, Aron et Sartre ont noué leur amitié dans l'étude des grands textes de la philosophie et l'horizon de la montée des régimes autoritaires du XXème siècle. Pourtant leurs chemins philosophiques divergent dès la fin des années 1930. Aron pressent le déclenchement de la guerre quand Sartre se projette dans la figure du grand écrivain. La rupture sera consommée au début des années 1950. Les deux philosophes s'opposent sur l'interprétation du marxisme et la question du sens de l'histoire. Si Aron reconnaît le génie de l'écrivain Sartre, il ne ménage pas ses critiques à l'égard de sa philosophie. Histoire et Dialectique de la violence, résultat du grand cours qu'il consacre treize ans après sa parution en 1960 à la Critique de la raison dialectique, le dernier grand ouvrage philosophique de Sartre, marque le point d'orgue de ce « dialogue » philosophique. Perrine Simon-Nahum, directrice de recherches au CNRS et professeure attachée au département de philosophie de l'ENS-Ulm, restitue le cadre de ces débats et éclaire toute leur actualité.
La vérité scientifique se détache de la conscience qui l'a élaborée puisque, à un certain degré d'approximation, elle vaut éternellement. En va-t-il de même pour la reconstitution historique ? La science historique, comme les sciences de la nature, se développe-t-elle selon un rythme d'accumulation et de progrès ou, au contraire, chaque société récrit-elle son histoire parce qu'elle se choisit et recrée son passé ? Cette analyse devenue classique de l'historicité conduit Raymond Aron à une philosophie historique qui, s'opposant aux synthèses spéculatives en même temps qu'au positivisme, est aussi une philosophie de l'histoire. "La philosophie de l'histoire, écrit-il, est une partie essentielle de la philosophie, elle en est à la fois l'introduction et la conclusion. Introduction, puisqu'il faut comprendre l'histoire pour penser la destinée humaine, d'un temps et de toujours, conclusion, puisqu'il n'y a pas de compréhension du devenir humain sans une doctrine de l'homme. Double caractère qui serait contradictoire si l'on se représentait la philosophie selon le schéma des théories déductives, mais qui devient intelligible dès qu'on la rattache à la dialectique de la vie et de l'esprit, qui s'achève dans la conscience de soi de l'être qui se situe dans l'histoire et se mesure à la vérité."
La vérité scientifique se détache de la conscience qui l'a élaborée puisque, à un certain degré d'approximation, elle vaut éternellement. En va-t-il de même pour la reconstitution historique ? La science historique, comme les sciences de la nature, se développe-t-elle selon un rythme d'accumulation et de progrès ou, au contraire, chaque société récrit-elle son histoire parce qu'elle se choisit et recrée son passé ? Cette analyse devenue classique de l'historicité conduit Raymond Aron à une philosophie historique qui, s'opposant aux synthèses spéculatives en même temps qu'au positivisme, est aussi une philosophie de l'histoire. "La philosophie de l'histoire, écrit-il, est une partie essentielle de la philosophie, elle en est à la fois l'introduction et la conclusion. Introduction, puisqu'il faut comprendre l'histoire pour penser la destinée humaine, d'un temps et de toujours, conclusion, puisqu'il n'y a pas de compréhension du devenir humain sans une doctrine de l'homme. Double caractère qui serait contradictoire si l'on se représentait la philosophie selon le schéma des théories déductives, mais qui devient intelligible dès qu'on la rattache à la dialectique de la vie et de l'esprit, qui s'achève dans la conscience de soi de l'être qui se situe dans l'histoire et se mesure à la vérité."
"J'ai lu De la guerre pour la première fois il y a une vingtaine d'années, puis je l'ai cité comme tout le monde. En 1971-1972, j'étudiais l'ensemble des écrits militaires, politiques, personnels de Clausewitz et crus constater que la pensée du plus célèbre des stratèges restait à découvrir et à comprendre", écrit Raymond Aron en 1976. La pensée de Carl von Clausewitz retrouve ici sa dimension essentielle : être une théorie en devenir, qui jamais ne trouva sa forme définitive, puisque le général prussien, né en 1780, mourut en 1831, victime du choléra. Dans ce premier tome, Raymond Aron reconstruit, avec la rigueur qu'on lui connaît, le système intellectuel de celui qui voulut mettre à jour l'esprit, c'est-à-dire la nature et l'essence, de la guerre, "véritable caméléon". Formation du système, tendances divergentes, synthèse finale, équivoque irréductible, rapport à Montesquieu, à Kant ou à Hegel - sur tous ces sujets Aron formule ses analyses qu'il confronte aux jugements des critiques allemands. Grand prix de la Fondation de France 1976 Prix Paul-Valéry 1976
Ce tome deuxième prend l'exacte mesure de la place de Clausewitz dans le monde d'aujourd'hui. Les grandes écoles d'état-major l'enseignent, Moltke comme Foch, Lénine comme Mao Zedong l'ont lu, étudié ou appliqué. Qui d'entre tous s'y montre le plus fidèle? Clausewitz peut-il lui-même être tenu pour responsable des massacres militaires et civils de la Première Guerre mondiale ou bien pour le plus farouche procureur contre la guerre d'anéantissement menée par Hitler ? Grâce à son échec dans l'action, Clausewitz, tel Machiavel, a trouvé le loisir et la résolution d'achever au niveau de la conscience claire la théorie d'un art qu'il a imparfaitement pratiqué. Son héritage consiste en deux idées maîtresses : le principe d'anéantissement et la suprématie de l'intelligence politique sur l'instrument militaire. L'arme nucléaire confirme la deuxième et modifie le sens de la première.
Ce recueil rassemble dix articles et lettres de jeunesse de Raymond Aron, jamais ou rarement réédités, rédigés à un moment où il pressent l'arrivée de l'âge des tyrannies recouvrant l'Europe. Universitaire à Cologne en 1930 puis à Berlin entre 1931 et 1933 - où il assiste à des autodafés -, il perçoit avec une grande acuité la montée du totalitarisme nazi. De ces textes, parmi lesquels figure la célèbre conférence « États démocratiques et États totalitaires », le lecteur tire l'impression de revivre la révolution nationale en Allemagne, le basculement dans le totalitarisme des démocraties occidentales et la naissance d'une pensée résistante. En même temps, il se donne les moyens de comprendre ce passé tragique aux échos contemporains. À l'heure où l'Europe voit ressurgir ses vieux démons nationalistes et antidémocratiques, relire le jeune Raymond Aron est salutaire et éclairant.
L'Europe politique fut une préoccupation constante de Raymond Aron. S'il la jugeait éminemment souhaitable, il la savait difficilement réalisable ; au mythe politique de l'Europe unie s'oppose la réalité historique des nations. À la différence de Jean Monnet, et des autres pères de l'Europe, il ne croyait pas que l'interdépendance des économies nationales suffirait à faire émerger une communauté de citoyens prêts à mourir pour leur patrie. Atlantiste de raison, il pensait que le salut des démocraties européennes n'était pas dans l'intégration au sein d'un ensemble supranational, mais dans leur alliance collective avec la puissance américaine. L'histoire jusqu'ici ne lui a pas donné tort. Et la guerre russo-ukrainienne rappelle tragiquement la question qu'il posait : l'Europe et son projet démocratique peuvent-ils subsister, de manière autonome, face aux empires ? Publiés de 1947 à 1983, les textes réunis dans ce volume par Joël Mouric restituent le regard critique et passionné qu'a porté Raymond Aron sur le destin politique de notre continent.
Avant d'écrire Le Temps du soupçon, commentaire de la dernière conférence de presse du Président de la République, j'ai longuement hésité. Si certaines voix s'étaient élevées, si François Mauriac ou André Malraux avaient répondu au général de Gaulle ce qu'ils auraient répondu à tout autre homme d'État tenant de pareils propos, je serais resté en dehors d'un débat dans lequel je ne puis m'engager en toute sérénité. Aucun des écrivains, honneur des lettres françaises, n'a parlé. Je me suis donc résolu ou résigné à plaider contre un réquisitoire d'autant plus insidieux qu'il demeure camouflé. J'ai pensé que ce témoignage ne prendrait sa pleine signification qu'à la condition d'y joindre les articles publiés pendant la crise du printemps 1967 et deux études sur Israël et les Juifs, écrites en 1960 et 1962, à l'époque où l'alliance franco-israélienne assurait aux Français d'origine juive une sécurité morale dont les privent, aujourd'hui, les péripéties de l'Histoire. (Raymond Aron, 1968) Ce livre a été publié à la suite de la conférence de presse du général de Gaulle du 27 novembre 1967 au cours de laquelle ce dernier s'exprima à propos des Juifs et d'Israël en un raccourci « un peuple fier, sûr de lui-même et dominateur » qui devait marquer les esprits et suscita chez Raymond Aron des réflexions restées d'actualité.
Dissuasion, subversion, persuasion. Ce sont les trois concepts qui désignent les composantes principales des diplomaties-stratégies. Au terme de son enquête, Raymond Aron tente de définir la morale de l'action diplomatique, la stratégie qui donne la meilleure chance de sauver la paix sans sacrifier la liberté. Enfin en un exercice de pensée utopique, il cherche les conditions de paix par la loi.En 1962, lorsque cet ouvrage paraît, ces conditions ne sont pas réalisées et la paix se résume à l'absence ou à la limitation des guerres. L'analyse de Raymond Aron prend place en pleine guerre froide et explicite les rapports de force qu'impose l'arme nucléaire détenue par quelques puissances militaires.C'est aussi une réflexion sur le devenir de l'humanité.
"Monsieur l'Administrateur, mes chers Collègues, Nul ne franchit sans émotion le seuil de cette illustre maison. Même si l'âge le devrait convaincre que, pour lui et pour son oeuvre, les jeux sont faits, même s'il a déjà goûté quelques-unes des satisfactions ambiguës qu'apportent les honneurs académiques, celui que vous avez, par vos suffrages, appelé parmi vous n'échappe pas à l'inquiétude. Personnellement, il me semble que je ressens les affres du candidat au moment de vous exprimer une gratitude dont je vous prie de ne pas mettre en doute la sincérité." Raymond Aron
"Monsieur l'Administrateur, mes chers Collègues, Nul ne franchit sans émotion le seuil de cette illustre maison. Même si l'âge le devrait convaincre que, pour lui et pour son oeuvre, les jeux sont faits, même s'il a déjà goûté quelques-unes des satisfactions ambiguës qu'apportent les honneurs académiques, celui que vous avez, par vos suffrages, appelé parmi vous n'échappe pas à l'inquiétude. Personnellement, il me semble que je ressens les affres du candidat au moment de vous exprimer une gratitude dont je vous prie de ne pas mettre en doute la sincérité." Raymond Aron
Le général de Gaulle est le personnage qu'Aron évoque le plus régulièrement dans ses mémoires. De leur rencontre en 1940 à Londres, où les avait conduits leur commun refus de la défaite devant le totalitarisme nazi, jusqu'à la mort de de Gaulle, le destin des deux hommes est lié. Cet ouvrage regroupe l'essentiel des articles écrits par le philosophe sur l'homme politique dans les différents journaux et revues auxquels il a collaboré : depuis la Résistance et la Libération, jusqu'au départ de de Gaulle en 1969, en passant par la sortie du bourbier de la guerre d'Algérie et la rédaction de la Constitution. Aron approuve souvent l'action du général, notamment sur la Constitution, l'engagement contre le totalitarisme stalinien, la construction d'une défense nucléaire française indépendante ou la réforme de l'économie française. Mais le respect, voire l'admiration, de l'intellectuel pour le grand homme d'État n'éteint jamais ni le sens critique ni la liberté de l'esprit ; et Aron, quand il l'estime nécessaire, sait prendre ses distances avec de Gaulle : sur son anti-américanisme inutile, ses réticences à l'égard de la construction européenne, ou, de manière plus douloureuse en 1967, sa rupture avec Israël. La préface inédite de Jean-Claude Casanova restitue l'horizon politique et intellectuel dans lequel ces textes furent écrits, en même temps qu'elle jette un éclairage personnel sur ce que fut la relation complexe entre Aron et de Gaulle.
Paru en 1955, L'Opium des intellectuels est une condamnation sans appel de la crédulité teintée de mauvaise foi et du dogmatisme dans lesquels se drape l'intelligentsia française de l'époque.Raymond Aron interroge avec la plus süre probité intellectuelle l'évolution des mots "gauche", "révolution" et "prolétariat", ces mots qui appartiennent au mythe qu'il désacralise.Car, questionne Raymond Aron, comment accpeter l'attitude des intellectuels devenus impitoyables face aux défaillances des démocraties dites "bourgeoises", et pourtant si complaisants pour les crimes perpétrés par les démocraties "populaires", comment ne pas saisir l'absurdité des amalgames politico-idéologiques qui ne font qu'aliéner un peu plus des intellectuels en quête de religion, idolâtrant l'Histoire comme on idolâtre un dieu ?En rupture avec la famille dont il est originaire, Raymond Aron ne se livre pas pour autant à un règlement de compte stérile. Il propose une réflexion dépassionnée, un combat sans haine, invitant à le suivre "tous ceux qui refusent dans les luttes du Forum, le secret de la destination humaine".
Trois jours avant de se suicider, Romain Gary écrit à son ami : « Cher Raymond Aron, votre esprit souligne si bien ces temps obscurs que l'on en vient parfois, en vous lisant, à croire à la possibilité d'en sortir et à l'existence d'un chemin. Rares sont les cas où la force de la pensée rejoint celle d'un caractère. » « Temps obscurs », la formule fait étrangement écho aujourd'hui. Une Europe qui ne croit plus en ses valeurs. La violence, la haine, la confusion qui gagnent. L'insulte qui remplace le dialogue démocratique. Le brouhaha médiatique, la radicalité inquiétante des réseaux sociaux. Le désarroi des intellectuels. Le « petit camarade » de Sartre, qui fut son adversaire le plus intelligent, a tenté, sa vie durant, de penser le monde dans sa complexité. Son obsession : le goût de la vérité, la détestation des fake news, la défense de nos systèmes démocratiques, « les pires des régimes à l'exception de tous les autres ». Les Désillusions du progrès, Penser la guerre, L'Opium des intellectuels... Il est salutaire aujourd'hui de relire ce « professeur d'hygiène intellectuel » dont parlait Claude Lévi-Strauss, l'un des esprits les plus lucides du XXe siècle. TEXTES CHOISIS PAR DOMINIQUE SCHNAPPER ET FABRICE GARDEL
Mai 68 n'aura-t-il été qu'un psychodrame bavard, selon la formule cruelle et lapidaire de Raymond Aron ?Dans La Révolution introuvable, l'observateur perspicace de l'actualité politique montre que par-delà le brouhaha des apparences, les risques étaient faibles que Mai 68 ne constitue un danger sérieux pour les institutions de la Ve République. Les deux grandes forces qui structuraient alors la vie politique française, le Parti communiste et le mouvement gaulliste, n'y avaient aucun intérêt.Comme l'analyse Philippe Raynaud dans sa préface inédite, Raymond Aron, en héritier de la grande tradition sociologique, fut également attentif à la crise essentielle de nos sociétés modernes dont Mai 68 fut un des premiers symptômes : la tension contradictoire entre la passion de l'égalité, la demande de reconnaissance des individus, et l'interdépendance croissante de chacun à l'égard de tous.
Ces trois essais sur la droite, la décadence et la guerre ont été écrits, pour constituer les parties d'un seul livre. Ces études ; si accidentelle qu'en soit l'origine, se rattachent à des préoccupations constantes. L'essai sur la droite reprend la confrontation des idéologies avec la réalité, objet même de l'Opium des intellectuels. L'essai sur la décadence, comme le Grand Schisme, est une méditation sur le destin de la France. L'essai sur la guerre prolonge les analyses des Guerres en chaîne avec cinq ans de recul, alors que se dessinent les grandes lignes d'une conjoncture substantiellement autre que celle des dix premières années. L'unité de ce livre n'est pas seulement personnelle. Qu'il s'agisse de la France, des armes atomiques ou du conservatisme, je retrouve la même question : quelles sont les conséquences du fait qui commande le devenir de la civilisation moderne, le prodigieux accroissement des moyens de produire et de détruire ? Que peut-on, que veut-on conserver en un temps où le progrès de la technique interdit de stabiliser l'organisation du travail en commun ? Quel avenir est offert à des pays de dimension moyenne ? Quels caractères auront les conflits entre les États ? Avouons-le : les raisons d'espoir, pour la plus grande partie de l'humanité, sont lointaines, les raisons de crainte sont immédiates. L'accroissement de la population en Asie a précédé celui des ressources. Le confort des Européens a dès aujourd'hui, l'abondance des États-Unis aura demain pour condition l'afflux de matières premières enfouies dans le sol d'autres continents. Tous les pays trouveraient leur profit au maintien d'un système pacifique d'échanges internationaux. Mais, si la science et l'industrie bouleversent l'ordre immémorial des sociétés, ni les individus ni les collectivités n'ont pour autant changé de nature. Cette constance nous rappelle que la cause dernière de l'espoir et de la peur n'est peut-être pas la technique de l'industrie et de la guerre mais le coeur de l'homme.
Ce livre, issu de conférences à l'Université de Harvard en octobre 1957, est une tentative pour faire comprendre à des étrangers la situation diplomatique, politique et économique de la France à la fin de la IVe République et au seuil de la Ve. Comment fonctionnait le système, c'est-à-dire le parlementarisme anarchique d'hier ? Quels progrès avaient été accomplis par l'économie en dépit de l'inflation et du déficit de la balance des comptes ? Pourquoi la dissolution de l'Empire français, à tant d'égards comparable à celle de l'Empire britannique, a-t-elle été marquée par deux grandes guerres, celle d'Indochine et celle d'Algérie, qui ont finalement emporté la IVe République et amené, avec le retour du général de Gaulle, l'instauration d'un régime sas précédent dans l'histoire de France ? La Ve République respecte les formes constitutionnelles de la démocratie, mais concentre la réalité du pouvoir dans les mains d'un seul homme élu pour sept ans. Je n'ai pas dissimulé mes propres opinions mais j'ai cherché à ne pas être partisan. Les récentes vicissitudes de la politique française m'ont rappelé une formule d'Alexis de Tocqueville qui date d'un siècle à peu près : « Un peuple tellement inaltérable dans ses principaux instincts qu'on le reconnaît encore dans des portraits qui ont été faits de lui il y a deux ou trois mille ans, et, en même temps, tellement mobile dans ses passions journalières et dans ses goûts qu'il finit par se devenir un spectacle inattendu à lui-même et demeure aussi surpris que les étrangers à la vue de ce qu'il vient de faire. » Vainqueurs et vaincus d'aujourd'hui y trouveront un commentaire de leur bonne ou de leur mauvaise fortune, une leçon, pour les uns de modestie, pour les autres d'espoir.
Comment utiliser diplomatiquement des armes de manière telle que l'on n'ait jamais à les employer militairement ? Telle est la question, simple et décisive, que pose l'existence des armes thermonucléaires dont la puissance destructive est sans commune mesure avec celle de toutes les armes du passé (une seule bombe thermonucléaire recèle une puissance explosive supérieure à celle de toutes les munitions consommées pendant les deux guerres mondiales). Les analystes américains ont poursuivi depuis quinze ans recherches techniques et spéculations stratégiques afin de répondre à cette interrogation. L'administration Kennedy s'inspire d'une théorie élaborée, non par des militaires professionnels, mais par des universitaires ou des amateurs. Quoi que l'on pense de ces théories, il faut les connaître, faute de quoi on ne comprendrait ni les relations entre Union Soviétique et États-Unis, ni la querelle sino-soviétique, ni les controverses franco-américaines. Dans son livre, Raymond Aron expose et discute la théorie américaine ; il pèse avantages et inconvénients de la force française de dissuasion ; il rend intelligible l'univers étrange de la diplomatie actuelle dans laquelle les ennemis sont en quelque sorte alliés contre la guerre et les alliés incapables de s'accorder, les États possesseurs de ces armes terrifiantes voulant garder, à défaut du monopole, le commandement exclusif de la stratégie de l'alliance, et les autres refusant la dépendance et la perte de la souveraineté militaire.
L'action extérieure des États-Unis diffère profondément de celle des États européens par suite d'une situation géopolitique sans équivalent en un siècle, les treize colonies de 1776 ont acquis à la fois les avantages de l'insularité et ceux d'une unité de· dimension continentale. Assurés de leur sécurité physique, les États-Unis jouissent au xxe siècle d'une liberté de choix qui s'est traduite par des violentes oscillations entre intervention et isolement, par de perpétuelles remises en question des politiques adoptées. Depuis 1947, les États-Unis ont tenu le premier rôle dans le système interétatique cependant que leur économie constituait le centre du système commercial et monétaire. Je consacre une moitié du livre à la « grande politique », celle qui s'exprime dans les relations entre États, guerre froide et détente, l'autre moitié aux rapports économiques de l'État ou des firmes avec l'extérieur, plan Marshall, rôle du dollar en tant que monnaie transnationale, entreprises multinationales, investissements au dehors. De cette confrontation entre les relations interétatiques et les rapports entre économies se dégagent deux sortes de problèmes ; jusqu'à quel point la grande politique a-t-elle été déterminée ou influencée par les intérêts du capital ? Jusqu'à quel point les investissements à l'extérieur constituent-ils une forme nouvelle d'impérialisme ? La période 1947-1972 aboutit d'une part aux visites de Nixon à Pékin et à Moscou, d'autre part à fa crise du dollar et finalement à la réélection triomphale de l'ancien croisé de la guerre froide. Entre la diplomatie impériale des vingt-cinq dernières années et l'isolationnisme, le Président va tracer, au cours des quatre prochaines années, une voie intermédiaire, en un système que la querelle sino-soviétique et la nouvelle diplomatie de Washington ont profondément transformé.
Journaliste autant que philosophe, et comme il l'a dit lui-même « spectateur engagé » de son époque, Raymond Aron a commenté chaque semaine, dans ses éditoriaux de L'Express, pendant six ans, de 1977 à 1983, les principaux événements politiques en France et dans le monde. La lecture de ces éditoriaux nous fait revivre ces années de crise et de bouleversements, en même temps qu'elle nous permet de voir à l'oeuvre un esprit remarquable par sa faculté d'analyse, la distance immédiate qu'il prend avec les événements pour éviter de céder aux passions, et l'attitude exemplaire d'un citoyen qui cherche à comprendre plus qu'à juger sans jamais sous-estimer le devoir de responsabilité.
Raymond Aron est issu d'une famille de juifs lorrains assimilés et profondément patriotes. Comme Durkheim et Bergson, il est alors représentant de la culture à visée universelle agnostique, de la Troisième République. C'est en 1933, en Allemagne, qu'il rencontrera le problème juif en même temps que le tragique de l'histoire et la pensée philosophie allemande. Depuis lors, sa propre philosophie ne pouvait lui permettre d'écarter de sa réflexion sur l'histoire l'aventure du peuple juif. La brochure De Gaulle, Israël et les juifs, publiée en 1968, rééditée ici avec beaucoup de textes peu ou pas connus, s'inscrit dans l'interrogation et l'inquiétude de toute une vie. Dans ses conférences, ses entretiens et ses articles, Raymond Aron n'a cessé de s'interroger sur l'histoire et l'avenir incertain de l'État d'Israël et sur les liens qu'un citoyen français peut garder avec ce pays singulier.
Le présent ouvrage est le texte des leçons professées par Raymond Aron à l'École Nationale d'Administration en 1952. Il ne constitue pas un exposé de faits ou de doctrines mais une analyse conceptuelle de la démocratie moderne dans ses deux versions antithétiques : institutions représentatives des grands pays occidentaux d'une part, démocraties populaires de l'autre. Il s'attache à définir, au-delà de leurs idéaux proclamés (égalité, liberté, souveraineté populaire, avènement d'une société sans classe), leur réalité essentielle, leur logique interne, en un mot leur principe. La conquête du pouvoir résulte pour les premières d'une compétition pacifique ; son exercice fait appel à l'art du compromis : l'expression des mécontentements catégoriels nés d'un état social naturellement imparfait peut s'y donner libre cours. Dans les secondes les gouvernants tirent leur légitimité d'un processus révolutionnaire mené au nom d'une doctrine millénariste qui justifie l'élimination des opposants et l'emprise d'un parti unique sur l'ensemble de la vie sociale. Comment, à partir de ces prémisses, discerner leur évolution comme leur devenir ? Telle est, dans la lignée de la pensée politique classique, la question centrale de ce livre où Raymond Aron enseigne avec une rigueur méthodique exemplaire l'art de soumettre à la raison les passions politiques de notre temps.
Par le plus grand analyste et philosophe politique français du XXe siècle, l'étude approfondie de la formation de la pensée et des oeuvres de Karl Marx, si souvent déformées par ses interprètes, est présentée ici pour la première fois de manière claire et strictement fidèle à ce que voulait faire Marx. C'est une « lecture » de l'ensemble des oeuvres de Marx, depuis les manuscrits de 1844 du « jeune Marx » jusqu'à la systématisation de sa pensée par Engels, en passant bien sûr par Le Capital. Le livre regroupe la lecture et les commentaires de Raymond Aron, donnés dans ses cours de la Sorbonne (1962-63).
Raymond Aron est inclassable. Intellectuel anticonformiste, il est allé à contre-courant des idées dominantes de l'intelligentsia de gauche. Il a eu raison avant les autres sur la nature du régime soviétique, du stalinisme. Et dans les années 1950, il a eu le courage de tenir sa position, tout en accomplissant une oeuvre scientifique indiscutée. À la fois journaliste, sociologue, historien, philosophe, Raymond Aron retrace, dans ces entretiens avec Jean-Louis Missika et Dominique Wolton, son itinéraire politique et intellectuel. Dans ce dialogue vif, stimulant, il analyse les grands événements qu'il a vécus en un demi-siècle. La montée de Hitler au pouvoir, le Front populaire, Munich, la débâcle, Vichy et la Résistance, le génocide, la guerre froide, ses polémiques avec Jean-Paul Sartre et Maurice Merleau-Ponty, la construction européenne, la stratégie nucléaire, l'Algérie et la décolonisation, le gaullisme, Mai 68, l'Union de la gauche... On découvre dans cette réédition du Spectateur engagé une conception de l'Histoire qui laisse sa part à la liberté des hommes, un plaidoyer pour la démocratie occidentale, mais aussi une personnalité complexe, lucide et passionnée.
De 1947 à 1977, par ses articles, Raymond Aron informa et fit réfléchir les lecteurs du Figaro. Il le fit à propos de la politique intérieure française mais aussi et surtout à propos des questions internationales comprises au sens large, comme il les entendait lui-même. C'est-à-dire en incluant la politique étrangère de notre pays, les rapports entre l'Est et l'Ouest, le mouvement communiste, la reconstruction et l'unification de l'Europe, le rôle central dans l'équilibre mondial de l'Amérique et de l'OTAN, l'évolution de l'économie et des échanges. Ainsi, pendant trente ans, il publia plus de 1 400 articles sur ces sujets. L'ensemble offre le tableau le plus complet, le plus lucide et le plus profond du monde de l'après-guerre, tel qu'il s'achève en 1990. Chaque article est accompagné de notes destinées à éclairer, pour le lecteur d'aujourd'hui, les allusions à l'actualité et les polémiques de l'époque.