Philippe Le Guillou
Philippe Le Guillou
« Sur les étagères de la nuit qui peuplent la rêverie nocturne du vieil enfant de Combourg, l'Histoire a déposé ses crânes et ses reliquaires, et ses inscriptions à la semblance de celles qui figurent sur les petits coffres peints du royaume des brumes et des expiations... »
Arthur Rimbaud reçoit une éducation chrétienne, et son parcours et son univers poétique en garderont la trace. Mais, très vite, la révolte et l'aspiration à la liberté font voler en éclats ce que le futur poète perçoit comme un lieu de contrainte et de soumission. La médiocrité des cérémonies religieuses, l'hypocrisie des bien-pensants nourrissent son anticléricalisme et l'incitent au blasphème. Cependant, les préoccupations d'ordre spirituel ne le quittent pas, il rêve même une religion plus humaine et plus universelle. Celui qui est prêt à toutes les transgressions désire s'affranchir du sceau de son baptême : le « voyant » ne craint rien, toutes les fournaises, toutes les soifs, mais dans cette traversée infernale, Dieu, le salut, la rédemption gardent une place essentielle. Et même si Rimbaud reste sensible à la figure du Christ et aux motifs chrétiens, il serait réducteur de voir en lui un homme travaillé par un retour à la foi de l'enfance. Une légende s'est pourtant forgée : celle du prodigue revenu au bercail. C'est plutôt celle du « mystique à l'état sauvage » qui semble la plus juste, celle d'un révolté que rien n'apaise, d'un quêteur d'absolu cherchant l'harmonie et l'unité, d'un homme hanté par l'éternité, d'un mystique intermittent, réfractaire à toute doctrine, pèlerin aux semelles de vent sur les routes du monde. Philippe Le Guillou a été professeur de lettres et inspecteur général de l'éducation nationale. Écrivain, il est l'auteur d'une quarantaine d'ouvrages, romans, récits, essais, qui ont obtenu de nombreux prix, dont le Médicis en 1997 pour Les Sept Noms du peintre paru aux éditions Gallimard. Il a récemment publié, chez le même éditeur, deux autres livres remarqués : Brest, de brume et de feu et Notre-Dame de l'univers.
"Le 15 avril 2019, un terrible incendie ravageait Notre-Dame de Paris. Depuis la passerelle des Arts, j'ai vu les flammes lécher le beffroi nord de la cathédrale. Dès les premières heures du drame, l'événement a pris une dimension planétaire. Le lendemain, j'ai marché non loin du monument, dont la carcasse béante fumait encore. C'est alors que m'est venue l'idée d'un livre consacré à Notre-Dame, une sorte d'exploration de son histoire, de Maurice de Sully jusqu'à nos jours, une célébration de cette symphonie de pierre, des heures glorieuses aux moments les plus sombres, des profanations révolutionnaires aux grandes cérémonies liées à l'histoire de France. J'ai ainsi rencontré plusieurs acteurs de la reconstruction, le général chargé de diriger les opérations de relèvement de l'édifice, l'archevêque de Paris, le recteur de la cathédrale, le designer choisi pour concevoir le nouveau mobilier liturgique. C'est ce roman de la cathédrale qui se déploie, de Napoléon au général de Gaulle, de Hugo à Claudel, un récit doublé d'une enquête sur l'univers de Notre-Dame, son mystère, ses liturgies, les enjeux et les conditions de sa restauration." P. L. G.
"Le 15 avril 2019, un terrible incendie ravageait Notre-Dame de Paris. Depuis la passerelle des Arts, j'ai vu les flammes lécher le beffroi nord de la cathédrale. Dès les premières heures du drame, l'événement a pris une dimension planétaire. Le lendemain, j'ai marché non loin du monument, dont la carcasse béante fumait encore. C'est alors que m'est venue l'idée d'un livre consacré à Notre-Dame, une sorte d'exploration de son histoire, de Maurice de Sully jusqu'à nos jours, une célébration de cette symphonie de pierre, des heures glorieuses aux moments les plus sombres, des profanations révolutionnaires aux grandes cérémonies liées à l'histoire de France. J'ai ainsi rencontré plusieurs acteurs de la reconstruction, le général chargé de diriger les opérations de relèvement de l'édifice, l'archevêque de Paris, le recteur de la cathédrale, le designer choisi pour concevoir le nouveau mobilier liturgique. C'est ce roman de la cathédrale qui se déploie, de Napoléon au général de Gaulle, de Hugo à Claudel, un récit doublé d'une enquête sur l'univers de Notre-Dame, son mystère, ses liturgies, les enjeux et les conditions de sa restauration." P. L. G.
'J'ai mesuré tout à l'heure qu'il y aura bientôt trois ans que tu es partie. Trois ans au cours desquels je n'ai pratiquement rien fait, sinon me remémorer et t'attendre.' À Londres pour y exposer ses dernières sculptures, le narrateur repense à sa soeur aînée, la pianiste Anna Horberer, qu'il vient de perdre. Inconsolable, il brosse le portrait de cette femme crainte et adulée, une artiste brillante qui savait capter les regards et qui lui a tout pris, jusqu'à son meilleur ami. À mesure que surgissent les souvenirs, on découvre la pulsation des années, les passions, les doutes et les désirs cachés, la rage de jouer, et ce lien entre eux, aussi mystérieux qu'inaltérable.
'J'ai mesuré tout à l'heure qu'il y aura bientôt trois ans que tu es partie. Trois ans au cours desquels je n'ai pratiquement rien fait, sinon me remémorer et t'attendre.' À Londres pour y exposer ses dernières sculptures, le narrateur repense à sa soeur aînée, la pianiste Anna Horberer, qu'il vient de perdre. Inconsolable, il brosse le portrait de cette femme crainte et adulée, une artiste brillante qui savait capter les regards et qui lui a tout pris, jusqu'à son meilleur ami. À mesure que surgissent les souvenirs, on découvre la pulsation des années, les passions, les doutes et les désirs cachés, la rage de jouer, et ce lien entre eux, aussi mystérieux qu'inaltérable.
Brest est ma seconde ville natale. C'est là qu'à partir de septembre 1981 j'ai vraiment commencé à vivre, sur le mode d'une intensité et d'une liberté grande auxquelles on accède, les études finies, lorsqu'on se met, pleinement, à exister et à voler de ses propres ailes. Certes cette ville m'était familière, son passé - sa destruction sous le feu des bombes faisant partie, de manière presque rituelle, de la légende familiale -, son histoire dont les grandes séquences m'avaient été tant de fois racontées : la ville ancienne, la cité des décombres, la ville provisoire de l'après-guerre et Brest la blanche qui avait surgi des ruines comme un acquiescement au progrès et à la modernité. Elle était parfois le théâtre de brèves excursions qu'on accomplissait surtout l'été, pour peu qu'un temps gris nous privât de la route de la mer et de la perspective des bains sur la plage de Telgruc. Brèves, parce que mes grands-parents, nostalgiques de la cité disparue sous la mitraille, n'aimaient pas cette ville froide et neuve qui aurait dû, disaient-ils, porter un autre nom. Ce qui me fascinait déjà, et me plairait tant dès que j'y aurais établi mes quartiers, c'était non pas l'esthétique impersonnelle d'une cité à l'américaine, mais sa situation, perchée et en pente douce, prête à glisser vers la rade. C'est ce que j'aimais et que je n'ai cessé d'aimer depuis. P. L. G.
Brest est ma seconde ville natale. C'est là qu'à partir de septembre 1981 j'ai vraiment commencé à vivre, sur le mode d'une intensité et d'une liberté grande auxquelles on accède, les études finies, lorsqu'on se met, pleinement, à exister et à voler de ses propres ailes. Certes cette ville m'était familière, son passé - sa destruction sous le feu des bombes faisant partie, de manière presque rituelle, de la légende familiale -, son histoire dont les grandes séquences m'avaient été tant de fois racontées : la ville ancienne, la cité des décombres, la ville provisoire de l'après-guerre et Brest la blanche qui avait surgi des ruines comme un acquiescement au progrès et à la modernité. Elle était parfois le théâtre de brèves excursions qu'on accomplissait surtout l'été, pour peu qu'un temps gris nous privât de la route de la mer et de la perspective des bains sur la plage de Telgruc. Brèves, parce que mes grands-parents, nostalgiques de la cité disparue sous la mitraille, n'aimaient pas cette ville froide et neuve qui aurait dû, disaient-ils, porter un autre nom. Ce qui me fascinait déjà, et me plairait tant dès que j'y aurais établi mes quartiers, c'était non pas l'esthétique impersonnelle d'une cité à l'américaine, mais sa situation, perchée et en pente douce, prête à glisser vers la rade. C'est ce que j'aimais et que je n'ai cessé d'aimer depuis. P. L. G.
Et la mort est arrivée en plein coeur de novembre, avec la tempête, les bourrasques qui dépouillaient les arbres, avec surtout la sauvagerie qui ensanglantait Paris. Dans sa descente vers le trépas, mon père n'aura pas pu mesurer cette barbarie, le déferlement de la violence guerrière qui, au moment où son existence s'achevait, lui aurait rappelé les heures noires de son enfance, les rafles, les assassinats aveugles de supposés résistants, la pluie de bombes, la destruction de Brest. La mort de mon père en plein mois noir, à la ligne de fracture de ce novembre historique qui dépasse largement cet événement douloureux et intime, correspond avec cette plongée dans des temps et un monde de haute incertitude. Le 13 et le 17 novembre 2015 m'ont touché comme peu de dates et d'événements auparavant. Je me sens à jamais orphelin d'une stabilité, d'une espérance définitivement perdues.
Et la mort est arrivée en plein coeur de novembre, avec la tempête, les bourrasques qui dépouillaient les arbres, avec surtout la sauvagerie qui ensanglantait Paris. Dans sa descente vers le trépas, mon père n'aura pas pu mesurer cette barbarie, le déferlement de la violence guerrière qui, au moment où son existence s'achevait, lui aurait rappelé les heures noires de son enfance, les rafles, les assassinats aveugles de supposés résistants, la pluie de bombes, la destruction de Brest. La mort de mon père en plein mois noir, à la ligne de fracture de ce novembre historique qui dépasse largement cet événement douloureux et intime, correspond avec cette plongée dans des temps et un monde de haute incertitude. Le 13 et le 17 novembre 2015 m'ont touché comme peu de dates et d'événements auparavant. Je me sens à jamais orphelin d'une stabilité, d'une espérance définitivement perdues.
Au Faou, petit village situé tout au fond de la rade de Brest, au rythme d'une scansion mystérieuse, les marées envahissent ou désertent le port. Elles remplissent le lit de la rivière qui arrive de la forêt toute proche. C'est là, entre l'océan et les bois, qu'est né le narrateur de ce récit. La maturité venue, il revisite les lieux de son enfance - les maisons familiales, l'église, les grèves, la forêt - et se souvient. Autour des grands-parents, essentiels dans son initiation légendaire et bretonne, tout un monde se met à vivre, les voisins, les gens du village, Marie-Chann, la mangeuse de grives, l'étrange Élisabeth, Annonciat dont le corps a été emporté par la mer un soir d'hiver. La guerre n'est pas loin. C'est l'époque du général de Gaulle et de Georges Pompidou. C'est aussi le temps des premiers pas de l'homme sur la lune. Une Bretagne immémoriale et perdue ressurgit soudain, avec ses légendes, ses rites, les fastes de ses pardons, la beauté singulière du christianisme celtique. Entre l'église et le port où roulent les marées venues des abîmes de la ville d'Ys, le narrateur a grandi et c'est là que son imaginaire s'est forgé. Dans la veine du Passage de l'Aulne, Les marées du Faou explore le territoire et les figures d'une enfance finistérienne, sans nostalgie, dans la ferveur des commencements.
"J'ai écrit ces pages au Faou, dans une solitude et une réclusion totales, cet étrange printemps de 2020 où le gouvernement nous intimait l'ordre de nous claquemurer et de limiter nos sorties à l'essentiel. Oui, j'ai écrit alors qu'un virus venu de Chine se propageait en France et provoquait plusieurs dizaines de milliers de morts, avec, sous les yeux, les palmiers du jardin de Kerrod, l'église des marées, la ligne des collines qui cachent la vallée de l'Aulne, les taillis et les bois, d'un vert magnifique, et dont la prolifération incontrôlée occupera bientôt tout le paysage. C'était le mouvement même, mémoriel et sensible, qui avait donné Les marées du Faou et L'intimité de la rivière, ce retour amont qui me livrait, avec une incroyable acuité, des réminiscences enfouies, des odeurs, des anecdotes, et même des patronymes. Je devenais soudain l'enfant de Kerrod écoutant les récits de son grand-père, rêvant l'engloutissement d'Ys, se heurtant au silence de l'autre grand-père et au mystère de son bateau disparu..."
"J'ai écrit ces pages au Faou, dans une solitude et une réclusion totales, cet étrange printemps de 2020 où le gouvernement nous intimait l'ordre de nous claquemurer et de limiter nos sorties à l'essentiel. Oui, j'ai écrit alors qu'un virus venu de Chine se propageait en France et provoquait plusieurs dizaines de milliers de morts, avec, sous les yeux, les palmiers du jardin de Kerrod, l'église des marées, la ligne des collines qui cachent la vallée de l'Aulne, les taillis et les bois, d'un vert magnifique, et dont la prolifération incontrôlée occupera bientôt tout le paysage. C'était le mouvement même, mémoriel et sensible, qui avait donné Les marées du Faou et L'intimité de la rivière, ce retour amont qui me livrait, avec une incroyable acuité, des réminiscences enfouies, des odeurs, des anecdotes, et même des patronymes. Je devenais soudain l'enfant de Kerrod écoutant les récits de son grand-père, rêvant l'engloutissement d'Ys, se heurtant au silence de l'autre grand-père et au mystère de son bateau disparu..."
Au Faou, petit village situé tout au fond de la rade de Brest, au rythme d'une scansion mystérieuse, les marées envahissent ou désertent le port. Elles remplissent le lit de la rivière qui arrive de la forêt toute proche. C'est là, entre l'océan et les bois, qu'est né le narrateur de ce récit. La maturité venue, il revisite les lieux de son enfance - les maisons familiales, l'église, les grèves, la forêt - et se souvient. Autour des grands-parents, essentiels dans son initiation légendaire et bretonne, tout un monde se met à vivre, les voisins, les gens du village, Marie-Chann, la mangeuse de grives, l'étrange Élisabeth, Annonciat dont le corps a été emporté par la mer un soir d'hiver. La guerre n'est pas loin. C'est l'époque du général de Gaulle et de Georges Pompidou. C'est aussi le temps des premiers pas de l'homme sur la lune. Une Bretagne immémoriale et perdue ressurgit soudain, avec ses légendes, ses rites, les fastes de ses pardons, la beauté singulière du christianisme celtique. Entre l'église et le port où roulent les marées venues des abîmes de la ville d'Ys, le narrateur a grandi et c'est là que son imaginaire s'est forgé. Dans la veine du Passage de l'Aulne, Les marées du Faou explore le territoire et les figures d'une enfance finistérienne, sans nostalgie, dans la ferveur des commencements.
Il s'agit de se dire à travers les paysages et les villes, dans la pudeur et les intermittences de la mémoire. De faire revivre quelques présences essentielles, témoins des sutures décisives d'une existence. Passent ainsi les veilleurs ancestraux, quelques intercesseurs lus puis rencontrés - Mohrt, Gracq, Déon, Fernandez, Grainville -, défilent surtout les paysages qui, depuis L'inventaire du vitrail, ne cessent d'inspirer l'écrivain : la rivière du Faou, les grèves de l'Aulne, quelques sanctuaires élus, les berges de la Loire, les quais de la Seine et du Tibre, les tourbières d'Irlande et les proues basaltiques, Paris et son royaume intérieur.
Il s'agit de se dire à travers les paysages et les villes, dans la pudeur et les intermittences de la mémoire. De faire revivre quelques présences essentielles, témoins des sutures décisives d'une existence. Passent ainsi les veilleurs ancestraux, quelques intercesseurs lus puis rencontrés - Mohrt, Gracq, Déon, Fernandez, Grainville -, défilent surtout les paysages qui, depuis L'inventaire du vitrail, ne cessent d'inspirer l'écrivain : la rivière du Faou, les grèves de l'Aulne, quelques sanctuaires élus, les berges de la Loire, les quais de la Seine et du Tibre, les tourbières d'Irlande et les proues basaltiques, Paris et son royaume intérieur.
Octobre 2043. Dans le silence d'une abbaye normande, un homme parle. Il dicte à un magnétophone le récit de sa folle ascension vers le pouvoir. Il se souvient de sa jeunesse, de ses désirs et surtout de l'instant où tout a basculé. Lorsque le président d'une République usée, au soir de sa vie et du régime, lui a demandé de quitter l'anonymat pour recevoir à Reims l'ordination royale. Pendant trois ans il a été le roi Jean III. Ce roman raconte la quête, les espérances et les désillusions d
Octobre 2043. Dans le silence d'une abbaye normande, un homme parle. Il dicte à un magnétophone le récit de sa folle ascension vers le pouvoir. Il se souvient de sa jeunesse, de ses désirs et surtout de l'instant où tout a basculé. Lorsque le président d'une République usée, au soir de sa vie et du régime, lui a demandé de quitter l'anonymat pour recevoir à Reims l'ordination royale. Pendant trois ans il a été le roi Jean III. Ce roman raconte la quête, les espérances et les désillusions d
Paris, au début des années 1970. L'ancien ventre de Paris devient un immense chantier, le visage de la capitale change. Des hommes hostiles à cette défiguration s'insurgent et fondent une association, "Les Insulaires". Parmi eux, un peintre, Kerros, lui aussi attaché à la forme immémoriale de Paris. Mais il connaît bien celui que les protestataires appellent le "prince des modernes", Georges Pompidou. Dans un dialogue fictif entre l'artiste et le président, Philippe Le Guillou revient sur les années pompidoliennes, leurs contradictions et leurs mirages, leurs audaces architecturales et esthétiques.
Paris, au début des années 1970. L'ancien ventre de Paris devient un immense chantier, le visage de la capitale change. Des hommes hostiles à cette défiguration s'insurgent et fondent une association, "Les Insulaires". Parmi eux, un peintre, Kerros, lui aussi attaché à la forme immémoriale de Paris. Mais il connaît bien celui que les protestataires appellent le "prince des modernes", Georges Pompidou. Dans un dialogue fictif entre l'artiste et le président, Philippe Le Guillou revient sur les années pompidoliennes, leurs contradictions et leurs mirages, leurs audaces architecturales et esthétiques.
C'est une activité curieuse que celle à laquelle je me livre, je reviens au nimbe des commencements, comme un archiviste halluciné et maniaque, un adorateur nocturne qui voudrait capter dans la ténèbre de son chagrin l'éclat de la lumière des débuts et des seuils. L'histoire est passée, éblouissante, implacable, tragique et elle me laisse seul sur la rive. À moi à qui la littérature a tant donné il ne reste que le secours des mots. Me revient-il de donner à Hélène le tombeau qu'elle n'a pas souhaité avoir ? Elle ne repose pas auprès de son grand-père, qu'elle admirait tant, dans le petit cimetière de Logonna-Daoulas. Elle a voulu cette incinération, ce néant des flammes qui m'effraie plus que tout. Tombeau : c'est une forme, c'est un chant dont j'aimerais qu'il n'eût pas la froideur mallarméenne. Je rêverais plutôt pour elle d'un lit de lumière, d'une nef enchantée qui l'emmène loin, dans la tradition ophélienne des dérives celtiques.
C'est une activité curieuse que celle à laquelle je me livre, je reviens au nimbe des commencements, comme un archiviste halluciné et maniaque, un adorateur nocturne qui voudrait capter dans la ténèbre de son chagrin l'éclat de la lumière des débuts et des seuils. L'histoire est passée, éblouissante, implacable, tragique et elle me laisse seul sur la rive. À moi à qui la littérature a tant donné il ne reste que le secours des mots. Me revient-il de donner à Hélène le tombeau qu'elle n'a pas souhaité avoir ? Elle ne repose pas auprès de son grand-père, qu'elle admirait tant, dans le petit cimetière de Logonna-Daoulas. Elle a voulu cette incinération, ce néant des flammes qui m'effraie plus que tout. Tombeau : c'est une forme, c'est un chant dont j'aimerais qu'il n'eût pas la froideur mallarméenne. Je rêverais plutôt pour elle d'un lit de lumière, d'une nef enchantée qui l'emmène loin, dans la tradition ophélienne des dérives celtiques.
Le quartier du Sentier, les environs de la Bourse, l'ancien domaine de la presse et du textile, ses rues étroites, la frontière des Grands Boulevards, l'éminence du Montorgueil, la rue Poissonnière par laquelle les marées du Nord descendaient vers les Halles : ce vieux Paris, central et secret, se dévoile au coeur d'une exploration qui est bien plus qu'une cartographie nostalgique du IIe arrondissement. Paris intérieur est le carnet d'un marcheur attaché à cet espace stratégique, contigu à l'ancien "ventre de Paris". Il se déploie au rythme de promenades, de déambulations poétiques, attentives au présent, aux nouveautés, au passé aussi, toujours vivant et comme en filigrane. En une vingtaine d'années, le visage du quartier a changé, mais les fantômes, les souvenirs, les grandes figures surgissent au hasard des boutiques, des cafés, des rues, de leurs noms, de la part d'histoire qui leur est associée. Paris intérieur est le livre d'un piéton, à la suite de tant d'autres, qui chemine dans un territoire connu, habité ; c'est un certain regard aussi, personnel, porté par une émotion, un attachement à la capitale, à sa mémoire et à son imaginaire.
Le quartier du Sentier, les environs de la Bourse, l'ancien domaine de la presse et du textile, ses rues étroites, la frontière des Grands Boulevards, l'éminence du Montorgueil, la rue Poissonnière par laquelle les marées du Nord descendaient vers les Halles : ce vieux Paris, central et secret, se dévoile au coeur d'une exploration qui est bien plus qu'une cartographie nostalgique du IIe arrondissement. Paris intérieur est le carnet d'un marcheur attaché à cet espace stratégique, contigu à l'ancien "ventre de Paris". Il se déploie au rythme de promenades, de déambulations poétiques, attentives au présent, aux nouveautés, au passé aussi, toujours vivant et comme en filigrane. En une vingtaine d'années, le visage du quartier a changé, mais les fantômes, les souvenirs, les grandes figures surgissent au hasard des boutiques, des cafés, des rues, de leurs noms, de la part d'histoire qui leur est associée. Paris intérieur est le livre d'un piéton, à la suite de tant d'autres, qui chemine dans un territoire connu, habité ; c'est un certain regard aussi, personnel, porté par une émotion, un attachement à la capitale, à sa mémoire et à son imaginaire.
Rome, dans la seconde moitié du XXIe siècle : le pontificat du premier pape africain, Miltiade, s'achève dans le sang et les attentats. Les sanctuaires flambent, l'Église universelle est déchirée et secouée de toutes parts. Julius, un dramaturge immobilisé par la maladie, reçoit, après avoir publié une lettre virulente à la suite de la mort du pape, la visite d'un cardinal bénédictin venu d'Irlande qui, quelques jours plus tard, accède, contre toute attente, à la succession de Miltiade sous le nom de Clément XV. Un peintre, Simon Viarmes, amateur des quais du Tibre et des sujets religieux, rôde aussi par là. Un compagnonnage singulier va se nouer très vite entre les trois hommes et, sur fond de coulisses et de splendeurs vaticanes, le pape irlandais, le dramaturge couché et le peintre, lointain héritier du Caravage, seront les véritables piliers du Pont des anges. Philippe Le Guillou ne nous cache rien des manoeuvres du conclave et des mystères du gouvernement de l'Église. Mais surtout il nous fait vivre l'itinéraire spirituel de Clément XV, un homme épris de méditation qui, au fur et à mesure de ses voyages et rencontres, va rénover l'Église catholique.
Rome, dans la seconde moitié du XXIe siècle : le pontificat du premier pape africain, Miltiade, s'achève dans le sang et les attentats. Les sanctuaires flambent, l'Église universelle est déchirée et secouée de toutes parts. Julius, un dramaturge immobilisé par la maladie, reçoit, après avoir publié une lettre virulente à la suite de la mort du pape, la visite d'un cardinal bénédictin venu d'Irlande qui, quelques jours plus tard, accède, contre toute attente, à la succession de Miltiade sous le nom de Clément XV. Un peintre, Simon Viarmes, amateur des quais du Tibre et des sujets religieux, rôde aussi par là. Un compagnonnage singulier va se nouer très vite entre les trois hommes et, sur fond de coulisses et de splendeurs vaticanes, le pape irlandais, le dramaturge couché et le peintre, lointain héritier du Caravage, seront les véritables piliers du Pont des anges. Philippe Le Guillou ne nous cache rien des manoeuvres du conclave et des mystères du gouvernement de l'Église. Mais surtout il nous fait vivre l'itinéraire spirituel de Clément XV, un homme épris de méditation qui, au fur et à mesure de ses voyages et rencontres, va rénover l'Église catholique.
Erich Sebastian Berg naît à Munich en 1940. Après des études au collège bavarois d'Ettal, il entreprend son initiation de peintre chez un vieux maître d'Anvers. Il arrive à Paris et connaît un succès immédiat. Mais Erich Sebastian Berg est l'homme des passions, des emballements, des ruptures, des départs. Il disparaît, erre du côté de la Bretagne et de l'Irlande, continue de peindre, sous d'autres noms. Il aime, désire, peint des corps, des triptyques. Caché sous ses hétéronymes, il ne cesse de voyager et de produire, malgré les deuils, la solitude, la folie. Ce livre rassemble les cheminements de ce peintre imaginaire, ses rencontres, ses fascinations, ses oeuvres, sa double vie, affective et créatrice. C'est l'histoire d'un homme immergé dans l'histoire et la création - des années 50 au début du nouveau millénaire, on voit, en effet, passer de Paris à Rome événements et figures qui auront marqué leur temps -, l'aventure d'un homme en quête du secret de son identité et de son art. Prix Médicis 1997
"La Reine d'Irlande avait deux fils... La Grande Reine, celle qui portait toujours une armure d'or, celle qui enfantait debout... Le Royaume était indivisible. À sa mort, la terre est revenue à Fern le brutal, tandis que l'autre roi partait, Luin Gor, le roi des eaux, des vents, des rivages et des îles... On ne sait rien de Luin Gor. Son histoire sommeille quelque part dans les tourbières. Dans une carène naufragée peut-être. Aux temps immémoriaux, quelqu'un a eu la folie d'inventer cette histoire, une reine qui enfantait debout, une reine qui eut deux fils. À mon tour, j'ai cédé au charme du roi errant, du roi vierge et blond. Je rêvais d'un roman qui me permît de voyager par les mers celtiques, entre Irlande et Bretagne, d'une fable dans laquelle on retrouverait Merlin, Arthur, les sortilèges de Brocéliande, les druides du commencement et les bâtisseurs de cathédrales. Je rêvais de chevaliers en manteaux de sel et de feuilles, de rivages chaotiques, de châteaux et de chapelles, d'épée et de coupe d'émeraude. Comme dans le monde enluminé des romans bretons, comme dans les songes de Tolkien, de Gracq et de Boorman." Philippe Le Guillou.
Deux destins entrelacés. Deux frères, Gilles et Guillaume Vègh. L'un est attiré par l'histoire et l'action politique, l'autre dessine et peint. Des bords de l'Élorn, la rivière finistérienne auprès de laquelle ils grandissent, à Paris, du Périgord à Rome, de Dublin à Bologne et du Marais breton à Shanghai, on suit, dans la seconde moitié du XXe siècle et au début du suivant, leurs itinéraires, leurs passions, leurs éclipses et leurs passages douloureux, parce que si les chemins bifurquent, si les vies en apparence se séparent, la force d'un lien et d'un amour hors du commun fait que jamais ils ne se perdront. Plus que le mystère de la gémellité, Le bateau Brume explore la singularité sensible de ces deux vies en miroir.
Deux destins entrelacés. Deux frères, Gilles et Guillaume Vègh. L'un est attiré par l'histoire et l'action politique, l'autre dessine et peint. Des bords de l'Élorn, la rivière finistérienne auprès de laquelle ils grandissent, à Paris, du Périgord à Rome, de Dublin à Bologne et du Marais breton à Shanghai, on suit, dans la seconde moitié du XXe siècle et au début du suivant, leurs itinéraires, leurs passions, leurs éclipses et leurs passages douloureux, parce que si les chemins bifurquent, si les vies en apparence se séparent, la force d'un lien et d'un amour hors du commun fait que jamais ils ne se perdront. Plus que le mystère de la gémellité, Le bateau Brume explore la singularité sensible de ces deux vies en miroir.
C'est une vieille histoire, une fascination originelle, ancrée - indestructible. Philippe Le Guillou est encore enfant lorsqu'il découvre le célèbre portrait du cardinal de Richelieu peint par Philippe de Champaigne. C'est un éblouissement.Qui ne serait impressionné par ce prélat de campagne, évêque de Luçon devenu député aux États Généraux, cardinal au service de l'État, aumônier et surintendant de la maison de Marie de Médicis, principal ministre de Louis XIII pour qui il oeuvra aussi comme chef des opérations militaires ?D'un tableau à l'autre, de livres d'histoire en promenades en Touraine, l'auteur cerne cet homme intransigeant. D'une plume qui se fait pinceau, il rappelle son intelligence redoutable, son ambition insatiable, son obsession de l'unité de l'État. Un homme d'ombre et de lumière, de complots et de coups d'éclat, que son corps malade ne laissa jamais en paix.Irrésistiblement, une fascination nous gagne. La même que celle qui foudroya l'auteur enfant devant la cappa magna du tableau de Champaigne, la main décharnée, osseuse, et la barrette, rouge comme une fleur de sang.
Tout romancier, à un moment ou à un autre de son parcours, s'interroge sur les raisons, les sources, les influences qui l'ont poussé vers la fiction. Il se souvient de ses premières lectures, de ses premières explorations du domaine romanesque. L'auteur du Dieu noir, des Sept noms du peintre et de La route de la mer traverse ici, de Chrétien de Troyes aux romanciers les plus contemporains, l'histoire du roman français dans sa diversité et sa richesse. On y retrouve les plus grands - Mme de Lafayette, Laclos, Balzac, Stendhal, Hugo, Proust, Gide, Tournier - et de nombreux autres, plus confidentiels ou parfois totalement oubliés. Le roman inépuisable propose une sorte d'histoire et de cartographie subjective du roman : on découvre le regard d'un lecteur qui nous ouvre sa bibliothèque ; on entend la voix d'un conteur fou de personnages, de paysages et d'intrigues. Tour à tour panorama littéraire et autoportrait d'un critique et d'un romancier, Le roman inépuisable célèbre avec ferveur un genre foisonnant, protéiforme et en perpétuel devenir.