Philip Milburn
Philip Milburn
La justice pénale recèle une force coercitive maximale, qui lui permet d'imposer aux citoyens la privation de leurs biens ou de leur liberté. Ceci n'est possible que parce qu'elle est garante de l'un des biens collectifs considéré comme essentiel : la sécurité face aux dangers provenant des transgressions du droit qui peuvent menacer les personnes et, plus largement, l'ordre et l'harmonie de la vie sociale. À ce titre, elle est appelée à faire respecter le droit pénal, et ce en toute indépendance vis-à-vis des institutions politiques (gouvernement, parlement, collectivités locales, etc.). Qu'en est-il réellement ? La justice pénale opère-t-elle des discriminations et si oui, sur quelles caractéristiques ? Quels effets ses décisions ont-elles sur les publics concernés ? À quelles logiques les variations des décisions qu'elle prend peuvent-elles être attribuées : politiques, idéologiques, psychologiques, juridiques ou sous l'influence de pressions diverses ? Ou une combinaison de ces raisons ? S'intéressant à tous les étages et aspects du système pénal français et s'appuyant sur les recherches sociologiques majeures et les données récentes disponibles sur la question, l'ouvrage apporte des éclairages complets sur le sujet à tous ceux, étudiants, chercheurs et professionnels, qui s'intéressent au traitement adressé à la criminalité dans ses différentes dimensions.
« Les procureurs de la République constituent une figure de proue de la justice pénale contemporaine. Le grand public est assez familier avec ce personnage qu'il voit prendre la parole dans les médias au sujet des affaires en cours ou requérir lors des procès, même s'il n'est pas toujours parfaitement conscient du rôle que celui-ci endosse. Le procureur de la République, en tant que chef de parquet des tribunaux de grande instance, est en effet à un poste clé : à la tête des procureurs de son tribunal ("le parquet"), fait la jonction avec le parquet général (près la cour d'appel) et dirige la police judiciaire qui conduit des investigations à sa demande. La suppression envisagée du juge d'instruction vient renforcer cette position centrale, dans la mesure où les procureurs auront dans ce cas la charge de la conduite de l'ensemble des investigations la totalité des affaires, y compris des dossiers criminels (jugés en cour d'Assises) pris en charge par les juges d'instruction jusqu'alors. Le statut du parquet vis-à-vis des pouvoirs exécutifs devient alors un enjeu central de fonctionnement de la justice pénale : qui nomme les procureurs ? qui décide de leur promotion ? dans quel système hiérarchique évoluent-ils ? auprès de qui prennent-ils leurs instructions ? en quoi leur statut relève de celui de l'indépendance du pouvoir judiciaire? quel est leur lien avec les magistrats du siège (les juges) ? » (Extrait de l'Introduction)