Panagiotis Christias
Panagiotis Christias
Quel ou qui est ce mystérieux katéchon ? Quelle force désigne ce terme capable de « retenir » la course vers l'abîme des sociétés humaines, au moins pour un certain temps ? Terme rare, présent chez Paul, et dont ce livre veut retracer l'histoire, et rechercher l'origine. Ainsi, Augustin avoue sa perplexité mais adhère à l'interprétation commune qui assimile le katéchon au pouvoir politique de Rome, identification aussi bien erronée que dangereuse. Si le mystère est resté intact jusqu'à nos jours, la raison en est la séparation radicale entre la tradition logico-philosophique et la tradition théologico-religieuse. L'hypothèse proposée dans cet ouvrage avance que ce n'est au contraire qu'en rapprochant Paul de la tradition platonicienne et de Platon lui-même que la logique katéchontique, logique de l'évitement du plus grand mal, prend sens. De la logique katéchontique à la logique constituante du corps politique, les leçons platoniciennes transparaissent dans les épîtres pauliniennes. Leo Strauss disait que pour comprendre la modernité occidentale, il faut être soit un philosophe ouvert à la théologie, soit un théologien ouvert à la philosophie. Le dialogue entre Paul et Platon est parmi les plus riches de la tradition occidentale, et ce serait une énorme perte que de s'interdire d'y voir plus clair sous prétexte que l'on ne doit pas mélanger les registres.
Ce livre revient sur le malaise du philosophe dans les cités de l'homme le long des siècles de la tradition occidentale. Dans un premier temps, l'auteur retrace l'expérience platonicienne de la philosophie chez Al-Fârâbî (872-950) et Averroès (1126-1198), au moment de l'apogée de la culture arabo-musulmane, et chez Rousseau, au siècle des Lumières. Politique, loi, éducation constituent autant d'expériences d'un malaise philosophique devant l'ordre de la cité. Ensuite, il reprend la figure du Don Quichotte de Miguel de Cervantès (1547-1616) : une figure étrange, avatar de la noblesse d'une âme philosophique à l'aube d'une modernité désenchantrice. C'est aussi l'expérience du jeune héros balzacien des Illusions perdues, Lucien Chardon. Balzac récite la corruption et l'échec d'une nature philosophe, perdue dans le nouvel ordre métropolitain, incompatible avec l'ordre de l'âme. Enfin, l'auteur analyse un jeu de volontés qui s'inscrit au programme de la réalisation philosophique des modernes dans le monde : la volonté de changer le passé, la volonté de chance, la volonté de liberté sans entraves.