Nicolas Dodier
Nicolas Dodier
En quoi les objets méritent-ils la sollicitude dont ils bénéficient aujourd'hui de la part des sciences sociales et des sciences cognitives ? Longtemps, l'analyse sociale et l'analyse psychologique ont été peu disposées à leur concéder les titres qu'elles conféraient à des entités plus distinguées - les personnes, l'esprit, les systèmes symboliques, les structures sociales, la culture, etc. Elles les ont traités sous les catégories de l'instrumentalité, de la contrainte naturelle ou de la symbolisation, sous-estimant ainsi leur potentiel cognitif et pratique. Ces dernières années, la situation s'est modifiée. Le renouvellement des approches de l'action, le développement de la recherche sur la « cognition située », l'application, par l'anthropologie des sciences, d'un principe de symétrie dans l'étude des associations entre humains et non-humains, l'esquisse d'une pragmatique du jugement... toutes ces démarches contribuent à faire découvrir l'importance du rôle médiateur des objets et invitent à renouveler les catégories de leur analyse. C'est de cette évolution que les auteurs de ce volume ont cherché à rendre compte.
Dis-moi comment tu t'habilles, je te dirai qui tu es. La mode est le reflet de nos états d'âme. La longueur des robes ou la largeur des cravates en disent long sur notre société. Ces 100 dernières années, la mode a connu un véritable bouleversement. Elle s'est démocratisée, industrialisée, libérée. Elle a osé provoquer, amuser mais aussi troubler. Voici un livre documenté, bourré d'anecdotes et de références sur les temps forts de la mode de ces 100 dernières années. Une grande rétrospective abondamment illustrée où vous découvrirez, année par année, ce que fut la mode du XXe siècle.
À quelles conditions le fonctionnement des techniques reste-t-il compatible avec les exigences d'une vie en société ? Cette question a habité les débats qui ont accompagné la naissance, et le développement, des sociétés industrielles modernes. Elle est, par là même, au coeur de la tradition sociologique. Est-ce à dire qu'elle serait résolue ou épuisée ? Dans Les hommes et les machines, Nicolas Dodier la pose, à nouveaux frais, en se tenant éloigné aussi bien des critiques de la modernité et de leur vision irréaliste de la technique, que de l'enthousiasme naïf des prophètes de la troisième révolution industrielle. En prenant appui sur une enquête de terrain, dans une entreprise industrielle acquise aux nouveaux modes d'organisation du travail (dits "flexibles" par opposition à la planification taylorienne), l'auteur analyse la condition sociale de ceux qui - des ingénieurs aux ouvriers spécialisés - font agir les machines car, aujourd'hui pas plus qu'hier, les dispositifs techniques ne peuvent rien sans l'effort constant des êtres humains qui, souvent au prix de leur souffrance, interagissent avec eux. Menée selon une méthode qui s'inspire des développements récents de la pragmatique sociologique, l'étude part d'une analyse des réseaux socio-techniques pour poser des questions qui relèvent de la morale sociale : celles, par exemple, de la responsabilité, de la reconnaissance de soi, ou encore de la violence qui est loin d'avoir déserté les arènes du travail.
L'hétérogénéité profonde des réalités dont les sciences sociales ont à se saisir crée du trouble, mais elle laisse surtout entrevoir de nouvelles lignes de recherche. Ce que nous pointons, ce n'est pas la variabilité qui émerge nécessairement d'une enquête empirique, et qu'un chercheur s'attache en partie à réduire. Ce ne sont pas non plus les interdépendances entre des formes de matérialité non sociales et les objets que les sciences sociales ont placés au coeur de leur investigation (cultures, groupes, institutions, interactions sociales, dispositions). Par hétérogénéité profonde nous entendons cette consistance particulière des objets qui, associant les unes aux autres des entités aux capacités modulables relevant de catégories différentes, parfois au-delà de dualités fortement établies (matière et langage, nature et culture, technique et politique), obligent les chercheurs à imaginer les notions et les méthodes propres à les appréhender. En somme, des objets « composés ». Pointer cette hétérogénéité et s'y affronter a été une préoccupation de Michel Foucault, Gilles Deleuze et Félix Guattari, puis de la théorie de l'acteur-réseau, de la sociologie des régimes d'engagement, et plus récemment de l'anthropologie des agencements globaux. Mais les fronts aujourd'hui se déplacent. Venant de différents horizons de l'anthropologie et de la sociologie, issus des mondes anglophones et francophones, des chercheurs éprouvent le besoin de re-conceptualiser les notions et de redéfinir les enquêtes qui leur sont associées. Trois directions s'en dégagent, autour de trois concepts clefs - agencements, dispositifs, assemblages -, qui forgent un regard inédit sur les lieux où règnent les objets composés : des expériences de la vulnérabilité aux lieux d'énonciation du droit, des laboratoires scientifiques à l'expression des impératifs religieux, des milieux urbains, industriels et agricoles à l'exercice du pouvoir politique. Ainsi émerge un espace de recherches, dont ce numéro met en évidence les choix, les éclairages et les manières de faire.