Mingarelli Hubert
Mingarelli Hubert
Au début du premier récit, il y a ce nuage atomique qui s'élève dans le Pacifique sud. Des marins regardent, sidérés, lorsque soudain le vent tourne, et le souffle tiède de cet événement sans nom passe au-dessus d'eux, les traverse. Mais ils n'en parleront pas, car le nuage nucléaire, c'est l'indicible même. Dans le second récit, un chien monté à bord depuis longtemps porte le nom d'un homme : Giovanni. C'est le nom de son ancien maître. Sa couchette appartient désormais au chien qui devient une sorte de personnage sacré sur le navire, à travers lequel se manifeste le besoin de consolation des hommes. Et c'est encore de consolation que parle la troisième nouvelle : histoire d'un père et d'un fils, qui rappelle d'autres histoires de père et de fils, dans la lignée de ces bouleversants dialogues auxquels nous a habitués Hubert Mingarelli. Hubert Mingarelli s'est engagé à dix-sept ans dans la Marine nationale. Il a servi dans le Pacifique lors des essais nucléaires français. Il est l'auteur d'une douzaine de livres parmi lesquels Une rivière verte et silencieuse, La Dernière Neige, La Beauté des loutres, Hommes sans mère. Il a obtenu le prix Médicis 2003 pour Quatre Soldats.
Voici une longue nouvelle comme aurait pu en rêver Hemingway, où les circonstances comptent moins que le désarroi moral, les tâtonnements, les dialogues de ces quatre soldats en perdition, issus de l'Armée rouge, qui sortent d'une forêt où ils viennent de passer un hiver terrible, pendant l'année 1919. Il y a la beauté des scènes muettes: réquisitions dans les villages, baignades dans un étang, embuscade. Il y a ce gamin, enrôlé volontaire, dont la présence irradie les quatre hommes car il est, semble-t-il, le seul à savoir écrire. Mais "le ciel est sans fin" et rien ne sera sauvé.
Une ferme, quelque part dans le Sud des États-Unis. Une journée torride. Samuel s'occupe de la « vieille », paralysée dans son fauteuil, muette. À Samuel de faire les questions et les réponses, de meubler de ses rêves une journée entière. Seules deux personnes passeront entre le lever et le coucher du soleil : Chester, qui ferait bien une partie de chasse, et Homer, qui raconte la mer, les bateaux... Né en 1956, Hubert Mingarelli a beaucoup voyagé et vit désormais à Grenoble. Il a écrit une quinzaine de romans dont Quatre soldats, pour lequel il a reçu le prix Médicis en 2003, disponible en Point. Un repas en hiver est son dernier roman. « Dans le paysage littéraire français, Hubert Mingarelli est un cas, un phénomène qui ne fait pas de bruit. Il a ce don de l'ellipse, de la réserve, de la pureté. » Télérama
"On entendit les pas sur la neige. On vit l'éclair d'une lampe et ils apparurent derrière le pignon de la maison. D'abord le garçon, puis l'homme. Ils dépassèrent le pignon, et l'une après l'autre leurs silhouettes se détachèrent aussi distinctement que la maison sur le ciel étoilé. Ils avançaient lentement et prudemment. Le garçon tenait une lampe électrique dans sa main. Il éclairait le chemin creusé dans la neige. Elle avait durci pendant la nuit et c'était pour eux comme de marcher sur de la glace."
La Dernière Neige. "Et soudain elle m'a dit qu'elle pensait que je ne dormais pas. Ensuite elle a sangloté très doucement, et moi aussi, mais encore plus doucement qu'elle. Je sais faire ça tout à fait silencieusement. Et lorsqu'elle a commencé à dire ces choses à propos d'elle et de moi, et dont je n'ai pas envie de me souvenir, j'ai déroulé devant mes yeux ce long et majestueux vol plané de mon milan. Quand elle s'est arrêtée de me parler, mon milan volait toujours. Il a encore plané longtemps devant mes yeux après qu'elle est allée se coucher. Il planait en regardant son reflet sur la surface du lac parce que l'eau était calme comme un miroir posé dans l'herbe. Voilà comment a fini cet automne, car le lendemain il a neigé. Pas beaucoup, mais il a neigé."
Naviguer sur un lac peut réserver des émotions tellement particulières qu'il est impossible de les partager avec qui que ce soit. D'habitude, Fedia emmène son fils avec lui, mais cette fois non. Et pourtant, Fedia ne cessera de penser à lui. Aux paroles qu'il va devoir trouver pour lui dire ses intentions, ce qu'il était parti faire sur l'eau ce jour-là. Dans le fond de sa poche, une petite boîte en carton fermée par un élastique. Le chagrin est dépassé, du moins le croit-il. La nuit s'avance, la rivière a remplacé le lac, et Fedia continue de frapper avec ses avirons la surface baignée de lune. Il était une fois deux âmes en perdition. Deux jeunes matelots qui s'étaient fait une promesse. Hubert Mingarelli est l'auteur d'une douzaine de livres, parmi lesquels Une rivière verte etsilencieuse, La Dernière neige, La Beauté des loutres. Il a obtenu le prix Médicis 2003 pour Quatre soldats.
Un groupe de guérilleros en perdition pénètre dans une maison d'un village d'Amérique centrale. Ils en sortent avec pour seul butin une paire de bottes, que leur chef enfile afin de remplacer ses chaussures usées, et qui lui font mal. Mais surgit un vieux domestique, habitant la maison voisine, Eladio, pour qui le vol des bottes d'Alvaro Cruz est un acre inacceptable, une offense à la dignité. En réponse à ses protestations, le vieux est assommé d'un coup de crosse. Une heure s'écoule, Eladio se réveille migraineux. Sa décision est prise, un choix dont il ne mesure pas encore combien il est au-dessus de ses forces : partir à pied vers les montagnes sur la trace des soldats, récupérer les bottes d'Alvaro Cruz. Acte de pure abnégation, héroiu;sme discret d'un serviteur pour son maître. Eladio se traic;ne, les montagnes sont immenses, à des jours de marche.