Michel Prodeau
Michel Prodeau
Châteaubriant, 1941, un camp d'internement. Des hommes et des femmes, arrêtés par la police de Vichy parce qu'ils étaient, en majorité, communistes ou syndicalistes, ou simplement épouses ou filles de ceux-ci, sont parqués dans la petite ville bretonne, en attente d'être livrés à la Gestapo. Parmi eux, bon nombre de cadres politiques et syndicaux, dont la Résistance naissante a tant besoin. La direction clandestine du PCF décide d'en faire évader. L'un des quatre premiers fugitifs, Fernand Grenier, restera près de deux mois en Loire-Atlantique, changeant six ou sept fois de planques. Il évoquera lui-même cette période, très sommairement, dans un livre qu'il consacra à son activité résistante de 1940 à 1945, "C'était ainsi", dont la première édition parut en 1959.
Vivre ? Au regard de milliers de billions de rendez-vous manqués entre ovules et spermatozoïdes, quelle aubaine ! Quelle chance unique ! D'accord, si c'est pour crever de faim, végéter dans la misère et s'éteindre dans les pires souffrances, on peut se poser la question... Mais puisqu'on est là, à l'aube du troisième millénaire, c'est que dans l'ensemble ça n'a pas mal fonctionné. L'espèce a su déjouer les pièges. Vive la vie et pourvu que ça dure ! Et profitons-en, car l'occasion ne se présentera pas une seconde fois... Encore que, dit-on, on bénéficierait de deux vies, l'une sur terre et l'autre au ciel... Affaire de conviction. Ça ne suffit pourtant pas au père Kroll qui, bien que réfutant catégoriquement le paradis ou l'enfer, revendique à lui seul quatre vies ! C'est du moins ce qu'il tente de nous faire croire, et peut-être n'a-t-il pas tort ? Va savoir... Bon, cessons là notre dissertation philosophique, ce n'est pas le but de l'histoire. Et suivons plutôt les pérégrinations du pétulant septuagénaire au fil de ses quatre vies. Quand on connaît la personnalité du compère, ça ne devrait pas être triste ! Même si cela ne fait pas le bonheur de tous à Sainte-Césarine, où vont s'affronter bonne humeur et grincements de dents, dans un joyeux délire...